DE M £ RI E
Qu’écris-tu là?
d’aven AY.
Tu le sauras tout à l’heure. (Reprenant.) Dans un instant, je vais partir ; Dieu seul sait si je reviendrai.
DE MÉRIEL.
Oh! Paul!
d’aven A Y.
Eh! mon cher, on se bat mal dans les dispositions où je suis... D’ailleurs, sans mettre les choses au pire, je puis être blessé grièvement; et, je te l’ai dit, je n’ai pas de parents, pas de famille. Mon Adrienne ne peut pourtant pas rester sans protecteur, sans appui; en supposant même que le sort me favorise tout à fait, je ne veux pas qu’elle soit complètement seule pendant le temps que durera mon absence. Tu vas donc rester ici; c’est à toi que je la confie.
DE UÉRIEI. , surpris.
A moi ?
AD RI K N NE, s'arrêtant»
Trouvez-vous cela joli? Écoutez-vous un peu?
DE MÉRIEI..
Oui, mademoiselle.
d’aven AY.
Oui, oui, mon enfant; continue. •
DE MÉRIEL, à voix basse, (il est allé s'asseoir sur le canapé et parle dans l'oreille de d’Atenay, qui écrit toujours.)
Tu veux me confier ta fille? à moi? Mais... es-tu fou? que dira le monde?
d’ave N AY.
Le monde !... Est-ce lui qui protégera Adrienne?
DE MÉRIEL.
Mais réfléchis donc, ai-je le droit, aurai-je fa force de m’ériger en gardien de l’innocence d’une jeune fille? Moi, ton compagnon de folies, et qui, quoique plus jeune, .serais presque ton maître.
d’aven AY.
Ce qui n’empêche pas que tu sois un honlme d’honneur; je te connais, tu rempliras dignement la mission que je te confie.
D E M ÉRIEL , roulant encore refuser.
D’AvenayL.. •
d’ave N AY.
Quant à ton cœur, que tu crois complètement desséché, il n’en est rien, et la preuve (lui prenant ia mm), liens, la voilà : malgré les railleries impies, tu as toujours gardé à ton doigt les cheveux de ta mère, parce que cette humble petite bague, c’était ta mère elle-même qui, en mourant, l’avait placée là.
DE MÉRIEL, riremeni.
Et elle y restera toujours.
d’ave N AY.
Tu crois donc encore à quelque chose? (un prenant la main.) Eh bien ! mon ami, jure-moi sur cette relique de protéger et de défendre Adrienne...
DE MÉRIEL, ému.
Je le jure; mais...
D AVEN AY , lui donnant le papier sur lequel il écrivait.
Lis maintenant.
DE MÉRIEL, lisant i îiemi-roil.
« En cas de malheur, et si le sort m’était contraire dans le « duel que je ne puis éviter, je lègue à mademoiselle Ga- « brielle de Serney, institutrice de ma fille , la somme de « cent mille francs pour les soins qu’elle voudra bien, je « l’espère, lui continuer jusqu’au jour de son mariage avec
« l’homme qu’elle aura choisi. Et je nomme mon exécuteur « testamentaire M. Jules de Mériel, le tuteur de ma fille « Adrienne. » (s'interrompant.) Oh ! pour le coup c’est de la déraison .
Trois heures commencent à sonner. — Adrienne, tout en riant, reprend forté pour couvrir le bruit des pendules.
D’AVE N AY , se levant.
Trois heures l Allons, il faut partir.
ADB IENNE, à part.
J’espérais lui faire oublier l’heure!
DE MÉRIEL , m levant et bas à d’Àvenay.
Écoute-moi !
d’aVENAY, bas.
Prends garde !
ADRIENNE, à son père.
Ne sois pas longtemps.
d’avenay.
Non, non.
DE MERIEL, ba? à d’Avena^.
Encore une fois, je t’en supplie...
d’avenay.
Ne me refuse pas, je serai plus tranquille, (sonnant.) Je me battrai mieux. (Haut.) Adrienne, Monsieur attend un de nos amis qui doit venir le prendre ici ; il reste donc. Tu es la maîtresse de la maison, tu lui en feras les honneurs.
ADRIENNE, qui est venue à son père*
Je ferai de mon mieux. (Eue a pris u main de «on père.) Tu as encore la fièvre, et plus fortement que tantôt môme; ne sors pas.
d’avenay.
Oh ! il le faut, Adrienne.
adrienne.
Je vais être inquiète.
d’avenay,
Enfant!
s'efforçant de rue.
ADRIENNE
Demeure... je t’en prie!
d’ave N AT, très-agité.
C’est impossible, te dis-je... Allons, adieu; au revoir!...
(il l’embrasse en affectant toujours la gaieté.) A bientôt ! à bientôt!...
U serre furtivement la main de de Mérïel, puis, sur le point de partir, il saisit de nouveau Adrienne, l’embrasse longuement sur le front et sort très -vite. — Adrienne, qui depuis un instant est devenue triste et sérieuse, ie suit longtemps des yeux.