DE U É IU EL
11 se- pourrait?...
D* A VENAY.
H se peut. — Oui, elle est partie, et sans me laisser un mot d’adieu, encore!
DE MÉRIEL.
Et tu ignores quelle route elle a prise ?
d’avenay.
Tout à fait... L’ingrate ! me quitter ainsi !
DE MÉRIEL, riant, et s'asseyant sur le fauteuil à droite.
Ah ! tu devais t’y attendre. — Tu n’as pas voulu adhérer à son ultimatum, qui est le mariage.
d’avenay.
En effet.
DE MÉRIEL.
Eh bien, ce départ est une punition ; elle met ton cœur en pénitence. Que veux-tu ! Elle a juré de devenir comtesse, et, j’en réponds, tu n’obtiendras rien d elle qu’en échange de ton nom. — C’est à toi de voir si tu veux faire cette folie.
d’avenay.
Eh, mon Dieu,, j’aurais assurément beaucoup de peine à m’y décider; mais, je te l’avoue, cette femme a pris un tel empire sur moi, qu’en vérité je n’oserais jurer de rien. — Ah l je fais cependant, tu le sais, tout ce que je puis pour me guérir de cette sotte passion.
DE MÉRIEL, souriant.
Oui, oui, il faut être juste; tu suis un régime très-sévère. £cttenuit encore, une consultation... en robes! Oh! les médecins ne te manquent pas !
d’avenay.
Et cependant je viens d’en prendre un nouveau.
DE MÉRIEL, gravement et se levant.
Une grande réputation ?
Comme cela.
d’a venaï.
UE MÉRIEL.
Qui est-ce ?
d’avenay.
C’est Antonia... Je te l’ai déjà dit.
Mais quelle est donc cette Antonia ? Ah ! je me la rappelle : des cheveux d'or, une lèvre hautaine, des narines indiscrètes!... Le tout, gardé par un grand monsieur couleur de suie, avec des yeux comme des pistolets. — Un Brésilien, je crois?
d’avenay.
C’est bien cela.
de mériel.
Et alors, c’était pour la rejoindre que...
d’avenay.
Oui. — Elle m’avait donné avis qu’elle serait cette nuit à ce bal ; mais permets-moi d’abréger, et d’en arriver tout de suite à ce <Jui te concerne. — Je me bats aujourd’hui avec le Brésilien.
DE MÉRIEL, riant.
Bah!
d’avenay.
Et je voulais te prier de me servir de témoin.
DE MÉRIEL.
Ah! par exemple!... Mais comment donc se fait-il ?... d’avenay.
Ma foi! je n’en sais trop rien. Il faut croire qu’en traversant ur. petit salon assez mal éclairé et que nous croyions déseri, noti'e cœur et nos lèvres auront rêvé tout haut. Le fait est que
le Brésilien, qu’on n’espérait pas si tôt, atout entendu, et un quart d’heure après, comme Antonia valsait, M. de Limarens, — c’est ainsi que se nomme mon adversaire, — m’a rejoint pour me prier le plus poliment du monde de vouloir bien échanger ma carte contre la sienne, me prévenant que ses témoins auraient l’honneur de se présenter chez moi ce matin, à midi ; étant forcé de partir demain de bonne heure pour Un petit voyage, il désire que l’affaire soit vidée aujourd’hui même. Voilà, mon ami, le premier chapitre de mes amours avec la belle Antonia.'
UE MÉRIEL.
Et... à quand le second?
d’avenay.
A ce soir, dix heures.
DE MÉRIEL.
Bah !...
d’avenay.
Je vais chez Antonia comme cela était convenu avant ce petit incident, qu’elle ignore, bien entendu. — Notre homme sera loin, alors, car je ne veux pas le blesser pour qu’il parte.
DE MÉRIEL.
Fort bien. — Mais... s’il te blesse, lui?...
d’avenay.
S’il me blesse? il n’en partira pas moins, — et quant à Antonia, je n’irai pas chez elle, elle viendra chez moi. — Voilà tout. Allons, séparons-nous, mon ami, et occupe-toi tout de suite de mon second.
Mais je vais le trouver parmi ces messieurs...
Il se dirige vers la gauche.
JEAN, qui entrait.
Ces messieurs ne sont plus ici, monsieur. — 11 ne reste que M. d’Illoy, qui m’a ordonné de prévenir M. de Mériel qu'il allait partir.
DE MÉRIEL.
Pites à M. d’Illov que je l’attends.
J «an sort par la gauche.
d’aven A Y.
Jules, je ne me soucie pas de mêler Fortunien à tout ceci. — Avec cet esprit taquin que nous lui connaissons, il serait capable de nous faire quelque nouvelle frasque de sa façon, et...
DE MÉRIEL.
C’est entendu. — Raoul devait venir me reprendre ici, je vais l’attendre quelques instants, et s’il ne vient pas, je...
Chut! voici Fortunien.
Il va s’asseoir sur le canapé ; de Mériel est debout à la cheminée.