IX
Il ne peut entrer dans notre plan de suivre désormais pas à pas M. et M™« de Chères jusqu'à leur mort. Nous voici arrivé à des temps trop rapprochés du nôtre, pour mettre en scène des personnes qui ont vécu, pour ainsi dire, de nos jours.
Nous nous bornerons à quelques notes rapides. Citons d'abord un tableau, dressé au plus tard en 1808, pour montrer quels progrès l'ancien surnuméraire aux Aides avait faits dans le chemin de la fortune. Le père et la mère de Louise - Jacquine étaient morts : son flrère Louis
était également décédé depuis deux ans, et lui avait laissé la moitié de ses biens.
En tête du tableau, on lit : Revenu annuel. Puis viennent les détails suivants :
€ La métairie de Beauvais, en Neuville-sur-Sarthe ,
afTermée 4,100 livres.
Le lieu des Bussonnières, en Savigné. 400 Le lieu du Grand-Montchevrier , même
commune 550
Le lieu du Petit -Montchevrier, ditte
commune 300
Le lieu de Longlée , id 300
Le lieu des Gk)islardière8 , id. . 900
Le lieu du Marais, id 450
Le petit domaine de Chères , id. . . 250
La métairie de Chères, id. . . . 400
Le lieu de la Pierre, id 350
Le lieu de la Brière, id 425
La métairie de Beaufeu , id 900
Terres détachées de Beaufeu, id. . 420
Le lieu de TOrme, en Torcé. . . . 300
Le lieu du Petit-Chesnay , id. . . 250
Le lieu de la Brosse, id 450
La métairie de la Grande -Taille, en
Bonnétable 4,400
Terres détachées de la Grande-Taille. 490
Le lieu du Chansonnay, id. . . . 300
La Coudrette, à Nogent-le-Bernard. . 300 Le lieu du Grand-Crenas , en la Chapelle-
Souef. 700
Le lieu de la Drouinière, id. . . 400
Le lieu de La Forest , id 700
A reporter 40,535 livres.
Report 10,535 livres.
Maison de la butte Montbarbet, au Mans. 350
Maison, rue de la Tannerie, id., n« 64. 150 Maison que nous occupons , môme rue ,
numéro 63 500
Rentes constituées. . . . . 688
Produit des vins, cidre et bois. . . 1,200
Subsides fournis par nos fermiers. 1,000 Maisons de Chères et de la Brière,
jardins, etc. » 600
15,023 Au-dessous, il est question d'un oncle qui est garçon et dont on espère bien la fortune: ses rentes se montent à 9,000
L'auteur de ce compte ajoute : c Cela fait
un total de 24,023 livres.
à partager en six. >
L'oncle à succession était l'aîné des Belin : il s'appelait Joseph-Jacques. Il habitait rue des Chanoines et possédait , entre autres biens, le Gué et la Pilletière en Nogent-le- Bernard. Les espérances , si naïvement exprimées à la fin de notre tableau, ne furent point trompées: Louise -Jacquine hérita de son frère en 1822.
Quant aux six enfants appelés à partager une si belle fortune, qui devait encore grandir, ils étaient en effet pleins de vie en 1808. Il y avait trois garçons, nommés Joseph- Charles, Jean-Zacharie et Charles-Louis: l'atnée des filles s'appelait Charlotte-Louise, ses puînées étaient Louise-Marie et Marie-Eléonore.
Mais, dès 1809, cette famille si florissante fut cruellement frappée dans l'un de ses membres. Jean-Zacharie, appelé « sous les drapeaux i, mourait, le 6 juillet, à l'hôpital d'Elsberdoff des suites de ses blessures.
Louise-Marie, qui avait épousé Victor-François Poulain de Nenille, commis dans les contributions indirectes, décédait sans enfants à La Châtre en 4844.
Après cette nouvelle perte, l'ancien seigneur de Chères vit sa santé décliner promptement. Il tomba infirme de bonne heure, et termina sa carrière au mois de janvier 4825.
Les deux fils, qui lui restaient, ne s'étaient point mariés. Le nom de Crespin, porté par une famille du Maine pendant quatre cents ans, sinon avec gloire, du moins avec honneur, était donc destiné à s'éteindre , et toute la succession devait, un jour ou l'autre , revenir aux sœurs de M"»® de Nerville ou à leurs enfants.
Charlotte-Louise et Marie-Eléonore étaient établies, lors du décès de Imir père. La première avait épousé, dès l'an XIII, François- Auguste Potier; la seconde, beaucoup plus jeune, avait été mariée, en 4846, avec Jean -Baptiste Hodebourg de Verbois.
Madame de Chères, à l'époque où elle était devenue veuve , n'habitait plus l'antique Ecole de Saint-Benoît. Elle demeurait dans une maison de la rue Saint-Vincent , qui lui appartenait depuis quelque temps. C'était un des riches hôtels bâtis du côté de la belle vue. Les jardins s'étendaient jusqu'au bas du coteau , que la rue de Ballon n'avait pas encore bouleversé.
Louise-Jacquine Belin passa les treize dernières années de sa vie dans cette agréable retraite : elle y mourut, en 1838, âgée de quatre-vingt-cinq ans. L'École Normale primaire ne tarda pas à être installée dans les bâtiments , achetés par le Département avec la partie haute des jardins. Le reste de la propriété avait été vendu à des spéculateurs.