‹ Le filleul d'un marquisChapitre 4 sur 4 · LE FILLEUL VZS MAK(|U1S · texte numérisé non relu

LE FILLEUL VZS MAK(|U1S

ruminant ses pensées, — dlkODoéies penàées, coortes et méthodiques , Men tore â terre €t p^jîot tr«:ip absorbantes, comme il en peut loger sous le crâne d'un huissier dlmmeur douce et m«>utonniêre. — Tous ses exploits avaient-îls été inscrits dans l'ordre sur son répertoire? Lucrèce avait -elle envoyé les protêts de la veille a Fenregistrement? Sa flûte étaitelle serrée de foçon à échapper aux recherches d'Amaury, qui avait la rage de flùter ni plus ni moins que son père?«. Se& courses seraient-elles achevées à temps pour le dîner de midi?..

Comme il se posait cette dernière interrogation, il releva le nez et aperçut le long du talus deux jambes pendantes et un corps d*homme couché dans Therbe. — Bonté divine ! un homme assassiné ! s'écria le brave Eustache, dont Timagination nourrie de jugements correctionnels ne voyait partout que coups et blessures. — n s'approcha avec précaution, écarta d'une main tremblante les millepertuis et les folles avoines qui masquaient la tète de la victime, et poussa un cri en reconnaissant le pâle visage de Laurent Husson. L'exclamation d'Eustache s'échappa de son long gosier avec un son de petite flûte, si aigu et si perçant qu'elle imprima une secousse aux nerfs auditifs du docteur et le tira de son évanouissement. Il ouvrit les yeux, desserra les lèvres, et, se soulevant sur son coude : — Ah! soupira-t-il, où suis-je donc ?

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— Dans la tranchée de Robert-Espagne, monsieur HuBSon, répondit Thulssier, et me voici, moi, Eustache Lapasque, pour vous servir... Que Vous est-il arrivé? Avez-vous été attaqué par des malfaiteurs?

Laurent ouvrit les yeux tout à fait, reconnut son interlocuteur et revint peu à peîi à lui. ^ Non, murmura-t-il, cette nuit j'ai été pris d'une faiblesse, je n'ai pas eu la force de bouger d'ici et j'y suià resté.

— Quoi! par cette pluie battante?.. Mon pautre monsieur, vos habits sont traversés, et il y avait de quoi attraper le coup de la mort... Attendez !

Eustache fouilla dans son carnier , déboucha sa gourde, et l'approchant des lèvres de Laurent : — C'est de Teau-de-vie, dit-il, avalez-en une gorgée, cela vous réchauffera. •:

Laurent obéit et essaya de se lever. -^ Je suis rompu, flt-il, et il me semble que ma tête se ffend.

^— Vous ne pouvez pas rester ici, continua Eustache, et il n*y a pas à songer à regagner Seritialze... Prenez mon bras et essayez de marcher jusqu*â Robert-Espagne ; je vous mènerai chez nous et vous vous sécherez.

Laurent fit un signe afflrmatif et avec le secours d'Eustache parvint à se mettre sur ses jambes. L'eau^ de-vie quHl avait avalée lui avait redonné du ton, et, appuyé sur le bras de l'huissier, il put se traîner. — Ils descendirent lentement et gagnèrent les prés

LE FILLBDL D'UN NARQUIS. 1T9

étiDcelanla do rosée et de lumière. Le trajet, bien qu'assez court, se fit péniblement et leur prit presque une heure. Laurent grelottait toujours, et le violent mal de tète qu'il éprouvait le rendait quasi aveugle, kùa d'éviter la curiosité des gens du village, Lapasque le conduisit chez lui par les jardins. Quand ils arrivèrent clopin-clopant dans la cuisine, la maison était déserte, et la paysanne qui faisait le ménage de l'huisBier lui apprit que Lucrèce et les enfants étaient partis pour le Jardin du percepteur. Lapasque installa son malade dans un grand fauteuil, alluma une elatre flambée et, le confiant à la garde de la femme de ménage, courut à la recherche ât Lucrèce.

II la trouva en effet au fond du jardin de M. MaU' rin, où elle aidait Valentjne et ses sœurs à la récolte des prunes destinées aux confitures. M"'" Lapasque ot les jeunes sœurs, armées de grandes gaules,, secouaient violemment les branches dos pruniers ; les mirabelles dorées, les perdrions rouges et violets tombaient dru comme grêle et s'éparpillaient sur la terre noire, à la grande joie des enfants Lapasque, qui poussaient des piaulements de jeunes poussins, en se bousculant pour ramasser les fruits et les porter dans les paniers où Valentine faiRnit 1a triage. Depuis le soir de la Saint-Jean, I de vigne > avait pâli, ses clairs yeux bi limpides étaient cernés, et sa physionoi

remeot si vive, avait une expression pensive et alanguie.

— Madame Lapasque I héla Eustache, dès qu'il fut sous les pruniers.

— Sainte Vierge, Lapasque I s'exclama Lucrèce, tu m'as fait peur... Te voilà blanc comme un linge.... qu'y a-t-il ? Pourquoi es-tu revenu ?

— Il y a, répondit-il essoufflé, que j'ai trouvé le docteur Husson évanoui dans la tranchée de Robert- Espagne, et que je l'ai ramené chez nous.

— Ah ! mon Dieu I

— Au nom de Laurent, Valentine s'était levée. Elle avait tour à tour rougi et pâli, et maintenant, avec ses beaux yeux agrandis par l'anxiété, elle se tenait près de Lucrèce et d'Eustache. Celui-ci raconta brièvement comment les choses s'étaient passées. — Je le crois très-malade, continua-t-il, pensez donci coucher dehors par le temps de cette nuit. . . On a beau être médecin, ça ne vous empêche pas d'attraper une maladie. Il a la tête et les mains brûlantes et il grelotte comme en plein cœur d'hiver... Maintenant qu'allons-nous faire? Dois-je le reconduire à Sermaize ou le garder chez nous?

Les yeux de Valentine se tournèrent vers ceux de Lucrèce avec une expression si suppliante et si éloquente, que celle-ci comprit immédiatement, et, comme elle avait bon cœur, elle répondit d'un ton décidé : — Il faut le garder.

— Mais, objecta le prudent Eustache, si c'était d'aventure quelque mauvaise fièvrè... Songe aux enfants I

— Il faut le garder, répéta péremptoirement Lucrèce; les enfants coucheront en bas, et nous mettrons M. Laurent dans la chambre haute... If y aurait conscience de lui faire faire la roule dans l'état où il est, et nous lui devons bien cela pour les soins qu'il a donnés à notre Gaétan. Allons vite chez nous!... Je vous laisse les enfants, Valentine; vous me les ramènerez tantôt.

Les yeux de M"° Maurin, devenus humides, envoyèrent un ardent remerciment à Lucrèce, et le couple Lapasque s'éloigna.

li retrouvèrent Laurent assoupi et enfiévré dans son fauteuil : la pauvre Lucrèce poussa un gémissement à la vue des traits tirés et des vêtements trempés du docteur; sans perdre de temps, elle courut à la chambre haute et disposa tout pour y installer le malade, tandis que, sur son ordre, Eustache étendait du linge devant le feu de la cuisine et emplissait de braises chaudes la vieille bassinoire de cui\Te jaune. Une fois lé lit prêt et bien bassiné, Lucrèce et Eustache tirèrent Laurent de sa paroles affectueuses, et lui a lier. Sans parler, la tête flott^ Laurent se contentait de répo^N lèvres essayaient un faible J

déshabilla, lui passa une chemise bien chaude et le mit au lit.

— A présent, dit Lucrèce lorsque Thuissier fut redescendu, tu vas prendre une voiture à Tauberge et tu iras à Sermaize prévenir sa tante.

— Et mes exploits? s'écria Eustache inquiet.

— Tu feras ta tournée Taprès-midl... Moi, pendant ce temps. J'enverrai quérir le vieux médecin de Jeand'heurs.

Eustache était un modèle d'obéissance. Il endossa de nouveau son carnier, embrassa Lucrèce, reprit sa canne de buis et partit, non sans soupirer un peu à la pensée de son diner de midi, qui devenait de plus en plus problématique.

M"*® Lapasque demeura au chevet de LaureQt.

Celui-ci, encore tout frissonnant, mais heureux de la douce chaleur du lit, semblait respirer plus à l'aise. Sa figure exprimait une sorte de lassitude béate. Il aspirait longuement l'odeur des draps qui fleuraient l'iris; ses yeux considéraient avec une curiosité enfantine les rideaux jaunes à bordure rouge, le papier .gris semé de bouquets roses , la couronne de fleurs d'oranger de Lucrèce, posée sous un globe au milieu de la cheminée ; les petits ronds en mosaïque de drap multicolore placés devant chaque chaise ; puis ses paupières se refermaient sous la lourdeur du mal de tête. Sa pensée était comme son corps, à la fois enfiévrée et engourdie. Il songeait par

moments : i Je suis très-malade; > mais sa lassitude d'esprit était telle qu'il dc s'en inquiétait pas. Il feimait les yeux sans se demander s'il les rouvrirait jamais ; il ne pensait qu'à une chose, c'est qu'après le cauchemar de la nuit précédente il faisait bon se reposer dans ce grand lit tiède et y oublier tout...

— Êtes-vous bien? murmura Lucrèce en posant amicalement sa main fraîcbe sur le front brûlant du jeune homme.

11 remua lea paupières, répondit faiblement : — Oui... merci! — Puis sa tète se renversa sur l'oreiller, et il glissa de nouveau dans un assoupissement profond.

— Corbleu ! s'exclama M. de Rosières, vous aussi, marraine I II parait que c'est la soirée aux rencontres... Et que diantre faites-vous à Sermaize?

— Bonsoir ! répondit W^^ Bastienne de sa grosse voix; tu le vois bien, j'attends Laurent... Pendaat deux mois, il m'a corné aux oreilles qu'il allait se marier, et puis plus rien. Alors Je me suis rappelé tes rêveries de l'autre soir; cela m'a mis la puce à Toreille, et comme je m'intéresse à ce garçon, comme ma cuisson est terminée et que la verrerie chôme pour quinze jours, je suis tombée ce soir, sans crier gare, chez mon neveu Noirel, et me voici... Ah ça, voyons, où est Laurent î Que se passe-t-il?

— Ce qui se passe? répliqua le marquis en se 1mssant choir dans un fauteuil, préparez vos vertueuses oreilles, ma pauvre marraine, vous allez en apprendre de belles I . . . Ce garnement de Laurent ne songe pas plus à se marier que moi a devenir capucin; j'avais deviné juste, et il fait l'amour avec ma nièce de Brieulles.

— En as-tu la preuve? demanda M"® de Fierbois en haussant les épaules et en piquant son aiguille dans ses cheveux ébouriffés.

— La preuve!... Marraine, vous êtes aussi incrédule que saint Thomas... La preuve, c'est que je viens de voir le camarade entrer nuitamment chez ma nièce par la porte du jardin, — un vrai chemin d'amoureux. — J'ai essayé de l'arrêter au passage

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avec un sermon... Ah! ouiche, le gaillard était enragé!... Il a le sang chaud, je vous le promets !... Mon sermon et moi, nous sommes restés à la porte, tandis que votre Benjamin courait à son rendez-vous.

Il conta rapidement à M"° Bastienne ce qui s'était passé depuis son arrivée à Sermaize. La vieille fille fronçait les sourcils, roulait de gros yeux et poussait de sourds grognements à mesure que s'accentuait le scandaleux récit de M. de Rosières. Quant à lui, l'aventure lui paraissait si amusante que, tout en la na^^ant, il avait repris sa bonne humeur et ses façons étourdies. — Eh bien! marraine, demandat-il à la fin, en croisant les bras et en étendant les jambes d'un air triomphant, qu'en dites-vous?

—Je dis que les hommes sont tous de fieffés polissonsf, grommela M"^ de Fierbois, et que ton Laurent ne vaut pas mieux que ^toi... Ah ! il a de quoi tenir, le mauvais sujet, et tu ne peux pas le renier, celui-là !

— C'est lui qui me renie, au contraire ; il m'a même jeté au nez des vérités assez dures, là-bas, entre la haie de sureaux et cette damnée petite porte.

— Cette Berthe Fontenille ! poursuivait M"® Bastienne furieuse, fiez-vous donc à ces mijaurées avec leurs airs d'hermines confites dans de la neige!... Mais qu'ont-elles donc dans le corps, ces créatures, pour ensorceler les honnêtes gens ? Cela devrait être fouetté et brûlé en place publique !

— Mazette, comme vous y allez! interrompit le

marquis, et que deviendrait le pauvre inonde !.. Voyez-vous, marraine, vous n'y entendez rien... Celte mignarde Berthe est séduisante et chatte jusqu'au fin bout de ses petits doigts. C'est une embobelineuse, je vous en réponds, et je m'y connais... Les femmes aux prunelles bleues, à la peau blanche et aux cheveux noirs, continua-t-il en clignant de l'œil et en taisant claquer sa langue, il n'y a rien de plus... Suffit, je m'entends... Âhl Laurent est un heureux coquin, et, entre nous, marraine, tandis que je le rabrouais, je vous assuré qu'il m'intéressait, ce gamin-là!... Je me tenais à quatre pour ne pas l'embrasser, et je regrettais d'avoir prévenu ce benêt de Sainte-Marie... — Onze heures! fit-il en s'arrêtant pour écouter l'horloge de Sermaize, et pas de Laurent!... Savez-vous que cela devient inquiétant? Si seulement j'étais sûr que mon neveu fût resté en route.

En ce moment, la servante entre-bailla la porte du salon. Elle commençait, elle aussi, à se'préoccuper de l'absence <le son maître et de la persistance de ces deux étrangers à l'attendre à cette heure indue.

— M. Husson ne revient pas, dit-elle, et voilà qu'il est tard... Monsieur et madame devraient s'en retourner à leur hôtel, ou sinon ils trouveront les portes fermées.

— Ma fille, répondit M"^' Bastienne en reprenant

son tricot, nous sommes des amis ^e votre maître et nous Tattendrons jusqu'à demain matin... Prévenez mon neveu, M. de Noirel, que je passerai la nuit ici.

Cette réponse, articulée d'une voix, virile, intimida la servante ; elle ouvrait tout grands les yeux et la bouche en considérant cette maîtresse femme qui agissait comme si elle eût été chez elle.

— Oui, mon enfant, reprit le marquis, faites ce qu'on vous dit et couchez-vous ensuite. Nous attendrons le docteur, étendus chacun dans un fauteuil... Une mauvaise nuit est bientôt passée.

Une heure après, la maison était devenue silencieuse. M. de Rosières, qui ne supportait pas les lumières trop vives, avait baissé la mèche de la lampe, et M"® Bastienne , la tête enveloppée d'un fichu, essayait de s'endormir. De temps à autre ils s'éveillaient tous deux, écoutaient la pluie fouetter les vitres et le vent geindre dans les arbres, puis retombaient dans une vague somnolence. Le marquis, qui ne goûtait guère cette façon de dormir, était le plus agité ; il avait des fourmis dans les pieds et remuait sur son fauteuil comme une carpe sur l'herbe. Vers le petit matin, un coq chanta dans la bassecour, et M. de Rosières tressauta en poussant un juron. La lampe s'était éteinte en répandant une odeur nauséabonde qui fit éternuer M"® Bastienne. — Quelle heure est-il? demanda-i-elle en s'étirant et en bâillant. — Le marquis fit sonner sa montre.

•^ Trois heures ! . . . Allons, le dfôle y aura pris goût. . . A son âge on ftiit durer longtemps l'heure du berger...

— C'est dégoûtant ! grogna W^^ Bastlenne ; oh ! les hommes, quelle triste denrée!

^-- Oe n^est pas Tavis de M"** Berlhe...

— Tu m'agaces, laisse-moi en paix !

Tous deUîc se replongèrent dans leur teuteuil, et cette fois, vaincus par la fatigué, s'endormirent pour tout de bon.

Il était grand jour quand l'Arrivée de la servante les éveilla en Sursaut. -^ Votre maître est-il rentré? demanda M^** de Fierbols en se débarrassant de son fichu. — Hélas 1 non, madame, je n'y comprends rien, répondît la pauvre fille ahurie.

Quand elle ftit sortie : ^ C'est étrange I murmura le marquis; ma foi! je me risque et Je vais pousser une reconnaissance jusqu^à TEspailleraie.

tl se secoua, s'ébroua, défripa ses habits et courut chez M"*® de Brieulles. Il revînt au bout d'une demiheurè, là mine moitié penaude et moitié contente. Sa physionomie compliquée présentait un aspect Insblîte; tandis que rteîl narquois pétillait et souriait, la lèvre inférieure, allongée et boudeuse, annonçait quelque déconvenue.

— Ëh bien 1 s'écria M*^« Bastlenne.

— Je n'en reviens pas, ce serait à mourir de rire S'il n'y avait là^dessous quelque mystère. Figurez-

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VOUS, marraine, que Sainte^Marie était déjà à TEa^ pailleraie quand Laurent y est entré. Mon beau neveu est arrivé par la grille, tandis que je sermonnais notre amoureux à la petite porte. La femme de chambre, qui est une rusée, m'a tout conté... Le pauvre Laurent, qui se pourléchait en songeant à Theure du berger, n'a entendu sonner que Theure du mari. Il n'a pas fait long feu à TEspailleraie, oomme voua penses^.., A neuf heures, il avait tiré sa révérence aux deux époux. Et savez-vous, marraine, oommeat s'est terminée la comédie?,,

Lt figure du marquis prit un air égrillard, s^s lèvres s'approchèrent de Toreille de W^^ Bastienne et il lui chuQhota tout bas )e reste de l'aventure de M«'« BQrthe,

•^ Ella n'a fait que son devoir! dit M^^^.de Fierbois d'un ton sec,

— Peste ! marraine, si vous n'étiez pas novice en certaines matières, vous sauriez qu'il y a des circonstances où faire son devoir est un acte héroïque.,. N'importe, quand je songe que c'est moi qui ai opéré ce raccommodement, je me sens tout fier,.. Si au ciel on a tenu note de mes péchés, j^espère qu'on me portera en compte cette belle action et que cela balancera le reste,

^ Mais Laurent, Laurent I qu'est-il devenu ? s'écria la vieille fllte impatientée.

— Ahl dame, voilà où commence le mystère...

Voulez-vous que je vous dise?.. Je crois que le gaillard avait plusieurs cordes à son arc et qu*il sera allé se consoler ailleurs, avec quelque jolie cliente moins bien gardée... Faute de grives, on. mange des merles; c'est ce que j'aurais fait, moi, à son âge!

— Toi ! s'exclama M"^ Bastienne indignée, tu as toujours été un dévergondé, sans foi ni loi, mais Laurent n'a pas ta légèreté, Dieu merci I et j'ai grand'peur qu'il n'ait pris la chose plus à cœur que tu ne penses.

— Bah I [répliqua le marquis dont la figure mobile redevint inquiète, vous voyez toujours tout en noir...

Ils en étaient là de leurs coi^ectures, quand une voiture s'arrêta devant la porte ; un coup de sonnette retentit, et tous deux tressaillirent en même temps, agités par un pressentiment identique, tandis que la servante introduisait Eustache Lapasque et annonçait qu'il apportait des nouvelles du docteur.

— Vous l'avez vu? où est-il? s'écria impétueusement M"^ de Fierbois.

— Chez nous, à Robert-Espagne... Nous l'avons mis au lit, ma femme et moi, répondit Eustache fort intimidé. — Et il conta dans quel état piteux il avait trouvé Laurent.

— Qu'est-ce que je te disais? fit sévèrement W^^ Bastienne en se tournant vers le marquis, dont la figure s'était allongée pendant le récit de l'huissier; vous avez une voiture, n'est-ce pas? Nous

allons partir avec vous... Mon neveu Noirel enverra une dépêche à M^^® Sophie... Pauvre fille, elle ne se doute guère de ce qui l'attend !.. Allons, leste, /î//^, secoue-toi 1 . . Dans dix minutes, je serai harnachée, et nous décamperons.

Avec sa vivacité habituelle, elle eut vite gagné la' verrerie. M. de Noirel se chargea de courir à la station et d'envoyer un télégramme à Sophie pour la rappeler à Sermaize, sans mentionner la maladie de Laurent; puis M"® de Fierbois, affublée de son grand chapeau de paille et d'un parapluie énorme qui lui servait d'ombrelle, se jucha sur la voiture à côté de M. de Rosières. Eustàche Lapasque, dont les longues jambes dépassaient le marchepied du siège et frôlaient la croupe du cheval, fouetta vigoureusement sa bête, et le char à bancs roula dans la direction de la forêt.

Djig ! Djig I Lo char a bano8 ne brillait paa par rélasticité de ses ressorts ; étant quasi suspendu sur l'essieu^ il tressautait avec un bruit de ferraille, et à chaque tour de roue le marquis et M"® Bastienne &e trémoussaient sur la banquette commodes billes sur un tambour. Le mouvement de trépidation était tel qu'il rendait toute conversation impossible. Chacun des voyageurs était absorbé par ses propres pensées. La vieille fille contemplait d'un air rêveur le scintillement des avoines au soleil ; le marquis regardait le nez et le menton barbu de M"** Bastienne tressaillir au moindre cahot de la voiture, puis il poussait un soupir et s'accrochait à la ridelle pour ne pas perdre lui-même son centre de gravité... Djig! le char à bancs enfila la grande tranchée de Trois-Fontaines. Il faisait beau temps, un temps à souhait pour les gens qui n'étaient pas malades. Le ciel était d'un

ble« pup, kpelm marbré au loin de quelques; RUBgep chiffonaéÊi, l.» pluie fivait rafraîchi les bois, et tes verdures lavée» éti^çelaient plus vigoureuses au soleil Toute la nature avait uu air de sauté eicubérante. t§s betre» élauçaieut glorieusement leurs opulentes ramures, les talus étaient rouges de digitales richement fleuries, et dans réloignement les grelots des bannes à charbon tintaient aveQ un son d'argent clair. ^ Un beau temps pour ceux qui se portent bien! se répétait maobinalement le marquis, ■^ et sa pensée anxieuse faisait un retour vers ce garçon de vingt-buit ans qu'il avait vu la veille plein de vie et de passion fougueuse, et .qui aujourd'hui, par ce beau soleil, gisait malade" phez des étrangers. En dépit de sa légèreté et de sa forte dose d'égoïsma, la nouvelle de la maladie de Laurent lui avait porté un coup. Il était rentré en lui-même et avait senti remuer sa fibre paternelle. Laurent était son fils, après tout, et méritait d'être mieux traité. M, de Rosières se rappelait le soir oii il avait reçu au Poisd^S"Penses ce bel adolescent tout pétillant d'intelligence et de jeunesse, et il s'accusait do ne s'être pas conjporté avec lui comme il aurait du. Si, au lieu de l'accueillir comme un enfant qu'on héberge par charité, il l'avait courageusement avoué pour son fils, les choses auraient certes tourné autrement, Il se sentait responsable de cet enchaînement d'épreuves, de déboires et de guignons qui avaient abouti pour

Laurent à cette dernière nuit, passée à errer ainsi qu'une âme en peine à travers la forêt pluvieuse. Le marquis ne comprenait pas trop cette grande douleur à la suite d'une fantaisie amoureuse contrariée, mais enfin le fait était là ; Laurent avait dû cruellement soufn*ir pour s'abandonner à un pareil désespoir; il était gravement malade, et si, par un malheur, cette maladie devenait mortelle, M. de Rosières se disait que ce serait par sa faute, à lui, par sa très-grande faute... Alors sa lèvre inférieure s'allongeait démesurément, ses sourcils se rejoignaient, et il regardait M^^® Bastienne d'un aii* humble et contrit. — Celle-ci, abritée sous son vaste parapluie de cotonnade bleue, s'agitait, trouvait le chemin long et à chaque instant frappait sur l'épaule d'Eustache en criant : — Cette route n'en finit pas... Sommes-nous bientôt arrivés?

— Oui, madame, répondit enfin Lapasque, nous attrapons le rain de la forêt... Tenez, voici Robert- Espagne! .

Il indiqua du bout de son fouet le fond de la vallée et les peupliers entre lesquels blanchissaient les maisons. Tout au milieu du village, on distinguait les deux gros noyers du percepteur, puis le Jardin avec sa double rangée de tilleuls et son pavillon surplombant au-dessus de la Saulx. L'écluse bouillonnait; une vivante rumeur composée des ronflements des batteuses, du frais tapage des lavoirs, du chant

des coqs et du mugissement des vaches, montait du creux de la valltJe. — Djigl djig! le char à bancs se mit à descendre la cdte avec son bruit de ferraille. 11 y avait comme une joie répandue dans l'air; les bûcherons qui s'en allaient au bois, la c<^nëe sur l'épaule, les enfants qui abattaient des noix à coups de pierres, les ménagères qui étendaient des toiles blanches dans la prairie, avaient la mine heureuse et allègre. Les pruniers pliant sous les fruits, les haies pleines de senelles rouges, d'où partaient bruyamment des volées d'étourneaux, tout — choses, bétes et gens, — formait comme un concert pour célébrer le clair soleil, la bonne humeur et la santé...

Un mauvais temps pour ceux qui sont malades 1.. Le soleil flambe au dehors et, malgré les volets clos, la chaleur de la chambre parait accablante aux gens que la fièvre retient dans leur lit. La joie et le tumulte de la rue les irritent et les fatiguent. Tout leur devient un objet de trouble et de malaise : depuis le filet de lumière qui passe à travers les volets et où dansent des poussières dorées, jusqu'au bourdonnement des mouches dans les plis des rideaux. Pendant cette période envahissante de la fièvre, où les sens restent éveillés, où le cet n'est qu'à demi pris et où l'esprit a encore science des choses extérieures, l'attention se j sur les phénomènes les plus insignifiants ave<

iDM m FlLl.eU|4 D UN MARQUIS^

ténacité enfantine. Lesmoindres détails, lea dessins du papier de tenture, le tic-tac de Thorloge, le grincement d'une scie dans la rue prennent une importance anomale à mesure qu'ils sont perdus par le malade. II se passe alors dans le cerveau d'étranges phénomènes de grossissement et d'hallucination. Les sons, les couleurs, les odeurs semblent se matérialiser et peser d'un poids insupportable sur les sens afTaiblis,

Laurent, étendu dans «on lit, là peau sèche, le gosier brûlant, la tête en désordre, était en proie à cette troublante oppression. Les sensations s'appesantissaient sur son cerveau comme de lourds rouleaux compresseurs; les idées qu'elles y éveillaient semblaient passer au laminoir et se dérouler successivement avec une lenteur et une persistance irritantes. Elles lui faisaient Feffet d'interminables rubans de plomb se prolongeant à l'inûni. Aux impressions du moment se mêlaient les souvenirs dé la veille : la lutte avec le marquis devant le jardin de l'Espailleraie, l'apparition de Sainte-Marie dans le boudoir de M°*® de BrieuUes, l'averse ruisselante au milieu de la forêt. Son attention impuissante s'acharnait à suivre ces lents et uniformes déroulements d'idées fixes ; elle s'y fatiguait, elle s'y perdait, et tout à coup il lui semblait que ces longs fils parallèles s'emmêlaient lourdement et se brouillaient comme un écheveau désordonné où son esprit se

trouvait prisoriniei*... En effet, c'était le délire qui prenait possession de son cerveau.

Le vieux médecin de Jeand*heurs était venu. Il avait examiné la langue du malade, palpé le ventre en approchant Topeille comme pour y saisir de mystérieux bruits intérieurs, puis, faisant une moue énigmatique, il avait murmuré avec un hochement de tête que ce serait long et qu'on ne pouvait rien dire encore. Il s'était retiré, après awir ordonné quelques remèdes expectants, que Lucrèce était allée quérir chee le pharmacien du bourg.

Valentine avait gardé les enfants Lapasque et les avait fait dîner. Après midi, elle prit le prétexte de les ramener pour se rendre chez Lucrèce. Depuis le matin, l'inquiétude la rongeait. Elle voulait savoir Comment se trouvait Laurent et ce qu'avait dit le médecin., M"*« Lucrèce, qui était une bonne âme, savait compatir aux inquiétudes des autres et deviner leurs pensées sans qu'on eût besoin de lui mettre les points sur les t. — Puisque vous voici, ditelle à Valentine, je vais en profiter pour courir chez le pharmacien ; nous conduirons les enfants sous la tonnelle afin que leur tintamarre ne fatigue pas notre malade, et vous me rendrez le service de rcs^ ter près de lui jusqu'à mon retour... Cela ne vous effrayera point, n'est-ce pas? ajouta-t-elle en lançant à la jeune fille un regard presque malicieux. -- Puis, ayant honte de sa petite méchanceté, la bonne

Lucrèce sauta au cou de son amie et Tembrassa avec effusion.

Dès que Valentine fut seule, elle n'eut pas un moment d'hésitation ni de fausse pruderie ; elle alla droit à la chambre de Laurent. — Elle n'avait rien oublié, elle, et son amour était vivace et profond comme au premier jour. Elle était de cette forte race de TEst qUi prend dans Tair forestier natal une trempe pareille à celle que Teau des rivières -donne aux fers qu'on y forge. Curieuses natures que ces filles de la Meuse 1 DifFiciles à entamer, mais gardant jusqu'à la mort l'empreinte une fois reçue ; peu sentimentales, peu nerveuses, ayant plus de volonté que d'imagination, mais saines, vaillantes, sensées et, une fois touchées par l'amour, capables de grands efforts, d'héroïques dévouements. — Quand M. Maurin lui avait signifié qu'elle ne pouvait épouser Laurent, Valentine s'était inclinée silencieusement parce qu'elie rangeait parmi ses devoirs l'obéissance à l'autorité paternelle, mais intérieurement elle s'était juré de rester fidèle à celui auquel son cœur s'était donné. Elle avait enfermé sou amour au fond de sa poitrine, mais elle ne l'y avait pas étouffé. Il était toujours bien vivant, il brûlait comme une lampe souterraine. Dès qu'elle avait su Laurent malade et peut-être en danger, elle s'était dit qu'aucune puissance au monde ne l'empêcherait d'aller à lui et de lui donner des soins. Aucun faux respect

humain, aucune crainte du qu'en dira-t-on villageois ne faisait hésiter sa volontéi De même qu'elle avait considéré comme une obligation de ne pas discuter les ordres de son père, de même maintenant elle s'acheminait vers le lit du malade avec le sentiment qu'elle accomplissait un devoir.

La chambre où se trouvait Laurent était précédée d'une grande salle dont Eustache avait fait son étude. Une sorte de cabinet noir séparait les deux ^ pièces, dont Lucrèce avait laissé les portes ouvertes afin que l'air pût se renouveler plus facilement. Valentine s'avança sur la pointe des pieds jusqu'au seuil de la chambre à coucher et, dans la pénombre où les volets clos plongeaient l'appartement, chercha à distinguer la figure de celui qu'elle aimait. — La tête de Laurent était renversée sur l'oreiller ; ses yeux étaient entr'ouverts, et son visage empourpré par la fièvre, encadré par sa barbe et ses cheveux noirs, se détachait fortement sur la blancheur du lit. Le délire commençait à l'agiter, et ses lèvres articulaient des paroles incohérentes. En s'avançant avec précaution dans la pièce obscure et silencieuse, la jeune fille distingua ces mots que le malade chuchotait lentement avec un accent inexprimable d'angoisse: — Abandonné!... abandonné!... — Valentine sentit son cœur se serrer, ses yeux se mouillèrent, elle se glissa au chevet du lit et s'y agenouilla.

Une des mains de Laurent pendait sur les couvertures ; elle la prit doucement dans les siennes, puis, rendue plus hardie par Tobscurité de la chambre, elle inclina la tête, pressa contre sa joue fraîche cette main brûlante et resta ainsi courbée dans une pose pleine de chaste càlinerie et de tendre abandon. On sait quelle magnétique influence exercent sur Torganlsme d*un malade-^ l*âpproche et la cordiale caresse d'une personne aimée ; il s'en exhale un mystérieux fluide qui enveloppe et apaise. Dès que la main du Jeune docteur ftit en contact avec les mains et la joue de Valentine, son agitation diminua, les images obsédantes qui opprimaient son cerveau s'évanouirent. Un calme relatif remplaça le cauchemar; ce fut comme une musique lente et mélodieuse succédant à un tumulte de sons discordants. A la fin le malade ouvrit les yeux et aperçut la figure agenouillée à son chevet. Était-il encore le jouet d'un rôve ou était-ce bien réellement la jolie « fleur de vigne » qui se tenait à ses côtés et répandait autour de lui son virginal et suave parïîim?

— Valentine 1 murmura-t-il faiblement.

Elle souleva sa mignonne tète couronnée par les légers frisons de ses cheveux châtains et mit un doigt sur ses lèvres.

— Chutl fit-elle, ne vous agitez pas... Comment vous trouvez-vous ?

— Mieux , bien mieux 1

LEl FII.LEU14 D'UN VARQUIS. 30a

Il Id contempla avec Texpressioa égarée de quelqu'un qui s'éveille d'un songe pénible et ne comprend pas bien où il e^t, puis ses yeux se refermèrent et ses lèvres remuèrent imperceptiblement . Il murmurait des syllabes confuses où, seuls commQ de mélancoliques sons de cloobe se détacbant du bourdonnement d'une sonnerie lointaine, certains mots étaient articulés aveo un accent de tristesse navrante : «- Pardon 1,,, Faute 1.,. Oubli!

Tout à coup sa tête se souleva, ses yeux regardèrent Valentine avec leurs pupilles fixes et dilatées, et il dit avec plus de force ; ^ Combien je suis indigne de vous !... voua ne saveas pas K..

-*• Calmez-vous 1 répliqua-t-elle, alarmée de cette soudaine exaltation. -^ Elle crut comprendre que Laurent, faisant allusion à sa naissance, voulait parler du secret qu'il avait confié a M. Maurin, le soir de la Saint-Jean, et d'une voix tendre elle reprit : — Si, je sais tout, mon père m'a tout appris; mais ne vous tourmentez pas, ce qu'il m'a dit ne m'empêche pas de vous bien aimer. Je n'ai qu'une parole comme je n'ai qu'un cœur, Laurent; je vous les ai donnés et je ne les reprendrai plus.,.

Tandis qu'elle s'efforçait de le rassurer, le mar* quis et M"* Baslienne, qui venaient de descendre de voiture, montaient l'escalier avec les délicates précautions qu'on prend pour marcher dans l'appartement d'un malade, Quand ils furent au milieu de la

première pièce, iis distinguèrent un bruft de voix au chevet de Laurent. M"*» Bastienne, qui était en avant, entendit les dernières paroles de Valentine, et, saisissant brusquement le bras du marquis, elle s'arrêta net et le força de s'arrêter avec elle... Dans la chambre à coucher, les voix continuaient leur murmure tantôt distinct, tantôt confus. Le marquis et M"« de Fierbois, immobiles au milieu de Tétude d'Eustache Lapasque, tendaient Toreille d'un air stupéfait pour saisir les exclamations du malade et les paroles plus nettes de la jeune fille.

— Pardon ! pardon 1 s'obstinait à répéter Laurent, toujours poursuivi par son idée fixe.

— Vous n'avez pas besoin d'être pardonné, reprenait Valentine, parlant avec de câlines inflexions de voix comme lorsqu'on veut faire entendre raison à un enfant; vous n'avez rien à vous reprocher... Vous n'êtes pas plus responsable des fautes des autres que je ne le suis des idées de mon père... Je vous ^ime tel que vous êtes, avec le nom que vous portez, et. je resterai fille toute ma vie plutôt que d'être la femme d'un autre.

Avec un délicieux élan de tendresse, elle prît la main de Laurent et la serra contre sa poitrine : — Sachez-le bien, fit-elle, je ne puis aimer que vous... Avant ce qui vient d'arriver, je ne me serais jamais permis de vous dire toutes ces choses ; mais vous souffrez, et, si elles peuvent vous faire du bien, je

sens que je dois voub les dire. Je vous ai aimé tout de suite, dès le premier soir où je vous ai vu, à Trbis-FoDtsines... Vous vous souvenez, n'est-ce pas?... Le soir des devinettes?..:

Il parut comprendre et sourit faiblement. — Oui, soupira-t-il, les devioettesl... je me souviens! » Je SUIS tout habilU de blanc, ma mère m'a fait en chantant... » Dans ce temps-là, il y avait du soleil dans les bois de Trois-Fontaines, et j'étais heureux... — Ah 1 s'écria-t-il en se soulevant d'un air inquiet, — si je pouvais!... mais on ne peut pas!...

— Que voudriez-vous? murmura Valentine avec la voix pleine de larmes, dites, dites, bien-aimé!

— Si je pouvais... changer ma viel...

Il s'^ita plus violemment dans ses couvertures, et posant sa tête sur son coude, il jeta autour de lui un regard chercheur. Son exaltation croissait, il ne paraissait plus s'apercevoir de la présence de Valentine ni des elTorts qu'elle faisait pour le calmer. — Écoutez, poursuivit-il en s'adressant à je ne sais quels personnages imaginaires, il faut qu'on me chaîne ma vie! Je veux devenir un enfant comme les autres, et alors j'épouserai ' Valentine... Vous dites qu'autrefois j'éta marquis? — Il se mit filleul, non, vous vou:

marquis... Sophie n'es pouvons parler tout 1

106 LE FILLEUL D'UN MAaQUIS.

bâtard,.. Cest une honte qui a gftté ma vie et la sienne, pauvre tante Sophie !••«

Il s'arrêta épuisé. Sea paroles de^nrent moins distinctes ; peu à peu» ce ne fut plua qu'un murmure inintelligibio, un vague bredouiilement enfantin, et sa tête retomba sur Toreiller. M""" Bastieane, dana la pièce voisine, serrait toujours énergiquement le bras du marquis, mais eelui*ci ne bougeait plus. Son nez et son menton seuls tremblaient, sea yeux étaient humides, et on devinait à certaines contractions de ses lèvres qu'un combat intérieur se livrait en lui,

W^^ de Fierbois le regarda dans le blanc des yeux en secouant la tète.

-» Marraine, murmura-t-il, ce pauvre garçon me navre... Je m'en vais,

— Où va«"tu î chuchota M^*" Bastienne,

»«^ Eh ! répliqua-t^il avec un brusque mouvement d'épaules et d'un air à la fois furieux et attendri, Je vais chercher Sophie, parbleu I

Étandu dana up fauteuil au fond du cabinet de Laurent, le marquis de Ro^ière^ attendait M"" Hueson. Il avait calculé qu'elle arriverait par le train de huit heures. Encore qu'il fût d'une nature peu impressionnable, il se sentait tout remué à l'idée de revoir Sophie api>ès un intervalle de dix-huit années, et à la pensée de ce qu'il avait à lui dire, Il avait envoyé la servante au-devant de sa maîtresse, avec ordre de ne pas lui loucher mot de là maladie de Laurent. Maintenant, seul dans la petite maison aileneteus^, il attendait, le cœur ému, le moment où un long sifflement venu du fond de la vallée annonperait l'approche du train. — Le erépuacule tombait; dans les branches des marronniers du Jardin, des moineaux, pépiaient bruyamment, et le marquis, fermant les yeux, songeait su ter bouillant d'amour et d

chamjbrette pareille à celle-ci la venue de Sophie au rendez-vous du soir.

Tous ses souvenirs de jeunesse, évoqués mélancoliquement, défilaient dans sa mémoire. — Il revoyait la fête de Saint-Hould et le bal campagnard où il avait pour la première fois rencontré M"^ Husson. Elle avait vingt ans alors. On dansait dans une grange, et la grand'porte charretière laissait apercevoir la prairie verdoyante et les coteaux tout blancs de pruniers en fleur, car on était au lundi de Pâques. Sophie avait une robe de mousseline de laine, une écharpe blanche et un bonnet couvert de rubans roses. Toute la journée ils avaient dansé ensemble, et le soir ils étaient revenus à pied par les bois où les feuilles ne poussaient pas encore et où Jes rossignols chantaient déjà. A la nuit close, à l'entrée de la ville, quand on s'était séparé, la jeune fille avait laissé le marquis lui baiser les mains... Ce baiser-là avait eu des successeurs, et des successeurs hardis, insatiables, qui ne se contentaient plus d'une main effleurée, mais qui s'égaraient sur les yeux, sur les cheveux et jusque sur les lèvres de la tremblante Sophie. Puis le marquis avait loué une petite chambre dans une rue peu fréquentée, donnant sur des jardins; après bien des résistances, Sophie s'y était laissé conduire, et elle y était revenue... Quelle Joie c'était alors de guetter son arrivée, à la brune, de distinguer de loin son pas rapide faisant crier le gra-

vier de la rue, de Tentendre dans Fescalier tousser d'une petite toux nerveuse de femme timide, et de la voir tout d'un coup entrer, essoufflée, frissonnante, et se figurant toujours qu'on l'avait suivie!...

Le marquis était si profondément absorbé par cette évocation du passé qu'il n'avait entendu ni le sifflet de la locomotive ni la cloche de la station signalant l'arrivée du train. Il ne fut tiré de sa rêverie que par le bruit d'un pas léger sur le sable du jardin et par le son bien connu de cette même petite toux nerveuse qui annonçait jadis l'approche de Sophie. Il tressauta dans son fauteuil et se leva. La douce voix inquiète de W^^ Husson résonnait déjà dans le vestibule. — Et vous dites que ce monsieur attend dans le cabinet de Laurent?... Allumez vite la lampe, Catherine, et donnez-la-moi !

Encore une minute, qui parut durer une heure, et la porte du cabinet s'ouvrit.

Sophie entra, portant la lampe dont la blanche lueur éclaira de bas en haut le marquis. A la vue de M. de Rosières, qu'elle reconnut immédiatement, la pauvre tante Sophie reçut un coup en plein cœur. Ses genoux et ses mains tremblaient; elle n'eut que le* temps de poser la lampe sur le bureau et de s'appuyer au dossier d'un fauteuil. — M. de Rosières! murmura-t-elle... Ah ! i©on Dieu, que se passe-t-il? Ouest Laurent?

-r- Rassurez-vous, Sophie, répondit le marquis

m Le FILLEUL D'UN mauqui^

d'un ton qui voulait être amieal, mais qu*uu mélange d*appréhenaion et d'embarras rendait saccadé et presque bourru : — Remettez-vous I Laurent est à Robert-Espagne avec ma vieille amie M^^® de Fier*boia... Si je voua ai fait revenir un peu brusquement ce soir, c'est que je déaûrais causer seul avec vous.

•^ Avec moi,.., vous, monsieur de Rosières?

Elle s'était assise, La lumière tombait en plein sur elle, et ses mains appuyées aux bras du fauteuil continuaient à trembler. Le marquis, tout en marchant a travers la chambre^ contemplait curieusement le visage de son ancienne maîtresse ; l'ovale pur et allongé dans l'encadrement des bandeaux gris, les lèvres pâlies et les yeux brillants sous les franges des cils. Ce n'était plus la Sophie d'autrefois, mais tout autour de sa personne quelque chose de la beauté passée flottait encore. Sous les bandeaux gris, le marquis revoyait les brunes torsades de cette chevelure abondante où le peigne mordait jadis à grand'peine; à travers les cils baissés, il surprenait le rayonnement de ces yeux si tendres, qui l'avalent si puissamment charmé. -- Les visages de nos contemporains sont de mélancoliques et fidèles miroirs où noua pouvons deviner les changements qu'ont subis nos propres traita. — Tout en constatant ce que trente années de plus avaient fait de la bj^uté de Sophie Husaon, M. de Rosières réfléchissait que lui aussi avait changé, et il était forcé de reconnaître que la comparaison ne

tournait pas à son avantage. Son pas s'était alourdi, ses traits avaient grossi , sa taille s*était épaissie, tandis qu'avec l'âge Sophie semblait s'être assouplie et affinée. De tout temps elle avait eu les manières et les goûts d'une fille supérieure à sa condition; mais depuis son séjour à Sermaize auprès de Laurent, le milieu plus cultivé dans lequel elle vivait lui avait donné un accent de dignité et de distinction qui émerveillait le marquis. Il admirait avec quelle facilité l'ouvrière de Juvlgny était devenue presque une dame ; il se disait qu'après tout elle n'eût pas déjà été si déplacée dans sa maison du Bois-des- Penses, et qu'il eût peut-être mieux valu la prendre pour femme que de s« condamner à un perpétuel tête-à-tête avec sa gouvernante Ambroisine. Fort embarrassé du discours quil jallait tenir, il continuait à arpenter la chambre, quand un mouvement de Sophie le rappela à la question ; elle avait relevé la tête et l'interrogeait du regard.

-=* Vous vous demandez, n'est-ce pas, commençat-il, pourquoi je suis venu?... Eh bien! en deux mots, voici : je suis Inquiet de l'avenir de Laurent et ennuyé de la situation fausse où nous sommes... 3'ai eu des torts envers vous, Sophie, et je veux les réparer.

En entendant ce préambule, Sophie était devenue rouge. — Ne parlons pas de cela, monsieur le marquis, répliqua-t-elle; si vous avez eu des torts, je les

3ti LE FILLEUL D'UN MARQUIS.

ai oubliés... Je crois vous l'avoir déjà dit et écrit, je n'ai aucune réparation à exiger.

— Je sais, je sais... Vous avez toujours été avec moi d'une réserve et d'une délicatesse exagérées;... mais il s'agit de Laurent. Je l'aime, ce garçon, et je ne suis pas aussi égoïste que j'en ai l'air. Je lui ai créé une situation pénible et je suis prêt a tous les sacrifices pour...

Sophie s'était levée, et ses yeux enhardis, illuminés par un éclair de fierté, s'étaient fixés sévèrement sur son interlocuteur. — Pardon, interrompitelle, permettez-moi de répondre pour Laurent et pour moi. . . Nous vous remercions, monsieur le marquis, mais nous n'acceptons pas vos sacrifices.

— Vous êtes une orgueilleuse, Sophie 1 s'écria-t-il en rougissant à son tour, et moi je suis un maladroit... Je vous ai blessée en m'expliquant mal et je vais me faire mieux comprendre... Savez-vous que Laurent est amoureux fou d'une jeune fille qu'on lui a refusée sous prétexta qu'il était enfant naturel"? Savez-vous que ce refus l'a cruellement peiné ?

Des larmes montèrent aux yeux de Sophie. — Oui, murmura-t-elle, et ce chagrin de mon fils est la plus lourde croix que le ciel pouvait m'imposer en punition de ma faute.

— Cette faute est autant la mienne que la vôtre, et nous devons la réparer tous deux... On lui objecte qu'il n'a pas de nom, eh bien ! je lui en donnerai un,

moil... Voilà pourquoi je suis venu vous trouver. Sophie avait pâli, et l'émotion Tavait forcée à se rasseoir. — Quoil balbutia-t-elle, tandis qu'une joyeuse lueur éclairait tout à coup sa figure, vous voudriez I... Vous m'offririez?.., — Elle ne put achever tant elle était saisie.

— Oui, fit-il brusquement, je veux vous donner mon nom, à vous et à lui, si vous y consentez.

Elle tourna vers lui ses yeux humides et répondit avec une simplicité digne qui charma son interlocuteur : — Puisqu'il s'agit de l'avenir de mon fils, je ferai ce que voudrez, monsieur de Rosières. — Elle réfléchit un moment, les yeux baissés, puis ajouta d'une voix grave : — Mais Laurent est-il informé de vos intentions ? êtes- vous sûr qu'il consente aujourd'hui à prendre un autre nom que celui sous lequel il est connu ?

— Pourquoi hésiterait-il? d'ailleurs la chose ne regarde que nous deux, et il n'a pas voix au chapitre.

Elle secoua la tête. — Vous ne connaissez pas Laurent, répliqua-t-elle; il est plus fier et plus obstiné que moi, et, s'il refuse votre proposition, je me conformerai à sa volonté... Voyez-le dès ce soir, il ne peut tarder à rentrer.

— Il est possible qu'il ne rentre pas, murmura le marquis d'un air embarrassé.

— Pourquoi? reprit -elle en fixant sur M. de

Rosières un regard étonné et inquiet, Il n*a pas l'habitude de découcher.., D*ailleurs ce soir ou demain il faut, que vous lui parliez et je ne déciderai rien sans lui.

— Vit-on jamais famille plus entêtée que celle-là ! s'exclama le marquis avec humeur ; croyez-vous donc que, si j'avais eu le loisir de causer avec lui, je ne l'aurais pas ftilt?.- Mais je n'ai pas pu, parce que...

Il s'arrêta, ne sachant trop comment annoncer la fâcheuse nouvelle. Sophie ne le quittait pas des yeux, et à mesure qu*elle l'examinait, sa mine perplexe, son attitude gênée la frappaient davantage. Un douloureux soupçon lui vint tout à coup à Tesprit. Elle s'élança vers M. de Rosières, et lui saisissant le bras : — Pourquoi n'avez-vous pas pu? s'écriat-elle, pourquoi ne rentre-t-il pas?... Tout cela n'est pas naturel, et vous me cachez quelque chose... Il est arrivé un malheur... Mais parlez donc, vous me faites mourir 1

— Voyons, balbutia-t-il, ne vous alarmez pas, ce ne sera rien... Il est resté à Robert-Espagne parce qu'il s'est trouvé un peu malade.

— Malade!... Sophie lança au marquis deux regards courroucés. — Laurent est malade, et vous ne me le dites pas avant tout!... Nous perdons du temps ici, tandis qu'il est là-bas, chez des étrangers, et qu'il peut mourir, faute des soins de sa mère... Je veux partir sur-le-champ.

LE FILLEUL h'im MAI^QUIS.

Elle était superbe et touchante dans son indignatioo. Cet emportement de tendresse maternelle lui donnait une grandeur sauvage et une beauté éloquente qui frappèrent M. de Rosières d'admiration , et de surprise. Ce n'était plus la douce Sophie aux façons discrètes et réservées, aux yeux baissés, à la voix timide ; ses traits étaient devenus énergiques ; il y avait de la véhémence dans son regard, du commandement dans son geste et dans son accent. La pensée du danger de son fils avait réveillé en elle toute la passion et toutes les hardiesses qu'elle avait eues jadis lorsqu'elle adorait le marquis. — Celui-ci lui avait pris les mains et il essayait de l'apaiser.

— Pardonnez-moi, lui disait-il , et calmez-vous ! Laurent a une grosse fièvre, c'est vrai, mais il est chez des gens qui lui sont dévoués ; il a auprès de lui pour le soigner W^"" de Fierbois, et cette jeune fille, cette demoiselle Valentine qu'il devait épouser...

— Il ne m'a pas, moi qui aurais dû être là la première, s'écria Sophie avec désespoir, — Partons !

— La voiture qui m'a amené est à l'auberge voisine, reprit humblement le marquis, je vais faire atteler et dans une heure nous serons près de lui... Ma chère Sophie, ne m'en veuillez pas 1 Je croyais agir pour le mieux.., La maladie de Laurent vient précisément des obstacles opposés à son mariage ; une fois le percepteur mis à la raison, la fièvre s'en ira vite... Voilà pourquoi j'ai voulu assurer le remède

avant de vous parler de la maladie... Pardonnez-moi . et dites-moi que vous consentez à tout pour Tamour de notre fils.

Il lui baisait les mains. Encore un peu il se serait jeté à ses genoux. Tout à coup les larmes de Sophie roulèrent sur les doigts du marquis.

— Partons! répétait-elle d'une voix suppliante, guérissons-le d'abord, après je ferai ce que vous voudrez.

La voiture fut vite attelée, et vingt minutes plus tard elle roulait dé nouveau dans la direction de Robert-Espagne. En chemin, M. de Rosières raconta tout ce qu'il savait de la maladie de Laurent. Quand ils arrivèrent au village, la maison Lapasque était encore sur pied. Lucrèce conduisit M"® Husson dans la chambre du malade, dont M^^ Bastienne n'avait pas quitté le chevet. Droite sur sa chaise, elle tricotait silencieusement et n'abandonnait ses aiguilles que pour renouveler les compresses d'eau fraîche sur le front de Laurent ou pour lui faire avaler quelques gorgées de limonade. A l'approche de la nuit, la fièvre avait redoublé et le délire s'était reproduit plus violemment. A l'aspect de son fils dont la tête allait et venait sur l'oreiller, dont les lèvres murmuraient des paroles confuses et dont les pupilles dilatées semblaient poursuivre une étrange vision à travers Ja chambre, la pauvre Sophie ne put retenir un sanglot et se jeta à genoux au pied du lit. M*^® Bas-

tienne laissa son tricot, s'agenouilla près de la mère de Laurent et la baisa gravement sa front. — Du courage, ma chère, murmura-t-elle, il y a ici trop de gens qui l'aiment pour que le bon Dieu n'ait pas pitié de lui.

Il fut convenu que Sophie et M"" de Fierbois veilleraient ensemble près du malade. Après avoir tourné autour du fit avec ce zèle maladroit et bruyant qui distingue les hommes en général et les célibataires en particulier, le marquis, se sentant plus embarrassant qu'utile,. avait pris le parti d'aller coucher à l'auberge. H y dormit mal, et le lendemain matin, dès l'aube, il était levé et retournait au logis Lapasque. Laurent avait passé une nuit mauvaise et agitée. Vers huit heures, le mcdecin arriva, examina le patient, plissa les lèvres avec un hochement de tête et prescrivit des sinapismes pour vaincre l'assoupissement comateux qui avait succédé au délire. Après avoir écrit son ordonnance, il se retirait, quand le marquis le suivit dans l'escalier et lui barra le chemin.

— Voyons, docteur , demanda-t-il avec un frémissement dans la voix, est-ce oue c'est crave?

Les lèvres du vieux médecin \ veau et ébauchèrent une moue afïectjons-là sont toiyours grav le cas du docteur Husson, qui e guin, la fièvre a pris un can

318 LE FIliLEUL DUN MARQUIS.

alarmant, •. Je ne puis me prononcer avant le buitièmc jour, dUci là rien n'est désespéré... Un incident imprévu, un hasard, une influence extérieure peuvent déterminer une crise salutaire ou funeste..* Je reviendrai ce soir.

— Ouf I grommela le marquis, ces esculapes parlent tous le même langage d'oracle,. • — Il n'avait retenu qu'une chose du discours du médecin, c est qu'une crise salutaire pouvait survenir , et il se demandait s'il n'était pas en son pouvoir de faire naître l'incident heureux qui devait la provoquer. M. de Rosières n'avait pas beaucoup d'idées, mais, quand il en tenait une, il s'y accrochait et ne la lâchait plus. Le sujet de son entretien de la veille lui trottait toujours dans l'esprit* Il descendit dans la rue, prit le vent comme un sanglier qui va au gagnage, et, après avoir interrogé un paysan qui baguenaudait sur sa porte, il se dirigea vers la maison du percepteur.

Au tap^e qu'il fit en agitant la sonnette de la grille, le? rideaux d'une fenêtre se soulevèreat et deux jeunes têtes blondes se montrèrent un moment à la vitre, épiant curieusement ce visiteur matinaux et inconnu. La servante vint ouvrir, et le marquis fut reçu dans le vestibule par Valentine ellemême.

— Mademoiselle, dit M. de Eosières, je suis un ami du docteur Hueson, et je désirerais parler à 'M. Maurin. Voudriez^vous avoir la bonté de lui remettre ma carte? ■

Au nom de Laurent Husson, Valentine, qui était irès-pàle, rougit visiblement; elle tourne vers le marquis ses limpides yeux bruns pleins d'inquiétude, puis, rassurée par l'air avenant et ouvert du

visiteur, elle osa rifimaml^r ^'nna irniv frainhlanlo

comment se trouv

— Toujours dans le même état... Le médecin ne peut rien dire encore.

Les yeux de Valentine devinrent humides, ses lèvres furent agitées par un imperceptible frémissement, et une larme perla à la pointe de ses cils.

— Vous êtes une bonne fille 1 reprit' M. de Rosières en s'emparant de Tune des mains de HP'' Maurin; rassurez-vous, les choses tourneront bien, et j'espère que mon entretien avec monsieur votre père aura pour résultat de hâter la guérison.

Valentine jeta de nouveau un regard craintif sur cet étranger qui semblait la connaître et connaître son secret, puis elle rougit plus fort et s'enfUit vers le bureau de son père.

Le percepteur était carrément assis dans son fauteuil de cuir. Devant lui, méthodiquement rangés dans d'étroits casiers, s'étalaient ses registres à souche, ses fiches et ses dossiers; derrière, sur la tablette de la cheminée et se faisant vis-à-vis, il y avait un groupe d'écureuils empaillés, — offrande propitiatoire de quelque contribuable menacé des garnisaires, — et un grand l^actus, dont les opulentes fleurs aux étamines frissonnantes égayaient de leurs tons écarlates l'ensemble grisâtre du bureau. Le percepteur, rasé de frais, procédait avec la lenteur et la majesté d'un homme d'État au dépouillement de son courrier. Quand sa fille aînée entra dans son sanctuaire, il se détourna à peine et fronça

LE FILLEUL D'CN HAHQl'IS. 32t

le sourcil comme un pontife qu'on viendrait déranger au beau milieu d'un sacrifice. Dès que Valeotine lui eut annoncé une visite, il s'écria qu'il était accabié d'affaires et ne pouvait recevoir' personne. H prit néanmoins la carte qu'elle lui présentait, l'approcha de ses yeux de myope, et soudain les muscles de sa flgure se détendirent en lisant sur le vélin : s Le Marquis de Rosières. »

Tout en ayant pour principe que chacun doit rester dans sa sphère, M. Maurin ne trouvait pas mauvais que les habitants des sphères supérieures sortissent de leur habitacle pour visiter le sien. Son amour-propre boui^eois se gonfla doucement à l'idée de recevoir un marquis; il Qt un geste de condescendance, posa celte carte aristocratique au plus bel endroit de son pupitre et dit à Valentioe d'introduire M. le marquis de Rosières. Puis il se mit à enlever lentement les bandes de ses paquets, afin qu'en entrant le noble visiteur pût avoir le spectacle d'un agent de l'État dans l'exercice de ses fonctions. La porte se rouvrit, et M. de Rosières se présenta. Il jeta un coup d'œil indifTérent sur toutes ces paperasses, flaira avec une grimace cette atmosphère spéciale aux bureaux encombrés de dossiers et dévisagea sans émotion le cérémonieux percepteur qui s'était levé pour lui of^'ir une chaise.

— Veuillez prer sieur )e marquis, t

nt LE FILLEUL B'UN MARQUIS.

moi de vous avoir fait attendre, mais c'est Theuie où arrive mou courrier» — il s'essuya le firent avec son mouchoir, — et ce matin il est plus volumiaoui que d'ordinaire.

M. de Rosières murmura quelques mots d'excuae, s'assit, et il y eut entre les deux personnagea m silence que le percepteur rompit le premier ea sHi^ formant du motif qui lui valait l'honneur, ,.

— Monsieur Maurin, répondit le marquis, je viens vous parler d'un jeune homme auquel je m'intéresse t^ut particulièrement et qui déaire épouser M^^« Valoir tine, votre fille.

Le percepteur prit un air digne et, d'un bras mi^jestueusement arrondi, fit signe qu'il était tout oreilles.

— Ce jeune homme, continua M. de Rosières, vous le connaissez du reste, c'est M. Laurent Husson.

Le sourire indulgent qui commençait à voltiger, sur les lèvres de M. Maurin s'envola comme un papil* Ion effrayé; la bouche se pinça, le nés s'allongea avec une majesté sévère, et le percepteur, étendant la main, l'agita d'une façon théâtrale, comme pour indiquer qu'il n'en pouvait entendre davantage*

— * Monsieur le marquis, dit-il de sa voix la plus solennelle, excusez-moi, mais M. Husson» dont j'es* time d'ailleurs le caractère , n'épouser^ jamais ma fille.

— - Et pourquoi, monsieur? demanda M. de Rosiè-

LE FILLEUL D'UN MARQUIS. 3ï3

res, Bans oourciUer, dô i'oir d'un homme qui avait prévu cette première rësistaDce.

— Parce que cette union n'est pas convenable. Le docteur Husson, —peut-être ne devraia-je pas vous livrer un seoret qui m'a été confié, mais votre insistance me ftit un devoir de vous espliquer mon refus, — le docteur Husson, dis-je, a le malheur d'être un enfant naturel.

— Je le sais, monsieur.

— Vous le saviez I s'écrie le percepteur qa'uo bouillonnement de pudeur cfferouchée rendit cramoisi. — Il croisa ses mains sur sa poitrine et répéta : — Vous' le saviee, monsieur le marquis, et vous o'hésitieE pas à me proposer à moi, fonctionnaire public, de donner un pareil exemple de dérogation aux convenances les plus respectables 1

M. de Rosières, qui détestait les longues harangues, interrompit brusquement ce jet d'éloquence verbeuse. — Vous n'ignorez pas probablement, dit- Il, qu'à la suite de votre refus Laurent est tombé dangereusement malade... Une bonne parole venant de vous pourrait contribuer à le guérir.

N. Maurin ferma les yeux et arrondit les épaules comme pour mieux résister aux arguments du marquis : — Je ne suis pas médecin, monsieur, soupirat-il ; je déplore ce qui est airivé, mais ma résolution est inébranlable, homme d'une hoi

— Halte là 1 monsieur Maurio, s'écria le marquis, Laurent est aussi honorable que qui que ce soit... Les enfants ne sont pas responsables des fautes de leurs parents.

— Oui, je sais que cela se dit, répliqua d'une voix austère le percepteur, mais cette morale n'est pas la mienne. Je ne veux pas avoir a rougir de la famille de mon genre.

— Hé I où prenez-vous que vous auriez à en rougir? riposta M. de Rosières dont les oreilles commen-

* çaient à s'échauffer ; la mère de Laurent est la plus honnête des femmes, et quant au père...

— Vous allez me dire aussi que c'est le plu^ respectable des hommes, interrompit M. Maurin en retroussant ses lèvres pleines de sarcasmes; je ne connais pas le personnage, mais, à le juger par sa conduite, j'ai la plus triste opinion de lui, et je ne me soucie pas d'être exposé à me trouver en relation avec un pareil'dévergondé.

Le marquis fit la grimace. Encore qu'il se fût préparé a avaler bien des choses désagréables, le langage du percepteur mettait sa patience à une rude épreuve... Être le beau-frère du boulanger Husson, soit, mais s'entendre en outre morigéner par cet obscur collecteur de village, c'était dur.

— Vous êtes sévère, monsieur le percepteur!

grommela-t-il en mordant sa moustache ; le père de Laurent a pu commettre des fautes, mais que celui

qui est sans péché lui jette la première pierre... Je le connais, moi, et je réponds que c'est un galant homme, parfaitement posé dans le monde, ayant une fortune solide et un nom honorable.

Le percepteur hocha la tête. — Ce galant homme n'en a pas moins fait un bâtard auquel il refuse de donner son nom.

— Le mal est réparable, et le père peut légitimer son fils.

— Allons doncl S'il avait eu l'intention de réparer ses torts, il n'aurait pas attendu jusqu'à ce jour... Ce père est sans doute un de ces viveurs riches et sans moralité qui se croient quittes de tout en faisant une pension à la fille qu'ils ont mise à mal... Nous voyons cela malheureusement tous les jours dans nos campagnes. — La belle apparence qu'il aille maintenant sortir de sa sphère pour épouser une <îréature compromise par lui il y a quelque trente ans? Voyons, est-ce croyable?

— Je le crois, moil

— C'est plus facile à dire qu'à faire, murmura le percepteur avec un sourire sceptique.

— Je le dis parce que je le ferai I s'écria impétueusement le marquis en se levant ; je le ferai morbleu I moi qui suis le père de Laurent.

— Vous, monsieur le marquis?.. Ahl pardon...

croyez bien que... — Le percepteur, abasourdi, avait abandonné ses poses solennelles, et ses bras ballants

3ft> LE F4LL£UL D'IM MAKQtlS.

pendaient le long de son corps ; en mêise temps ii regardait avec un air effaré M. de Rosières, qui lui paraissait grandi de deux coudées.

— Oui, monsieur, rqwrit ce dernier, je vous donne ma parole de gentilhomme que d*iei à quinze jours on publiera les bans de mon mariage avec BP^ Sophie Husson, et que par l'acte de 4)élébratio» je reconnaîtrai pour mon fils lé^me le dodeur Laurent. El maintenant persisterez-vous à refuser votre fille à cet enfant q«n Taime et qu'elle aime?.. J'attends votre réponse.

Le percepteur, se remettant peu à peu de son ahurissement, avait pris un air méditatif. Le liront penché, il avait ramené l'une de ses mains sur ses yeux, et il essayait de rassembler ses idées un peu troublées par la brusque conclusion de ^tte aventure -étrange. — Assurément il était toujours intimement convaincu qu'on ne devait se marier que dems m sphère.,. Pourtant, si M. de Rosières, le riche propriétaire des Islettes, reconnaissait son fils naturel et le légitimait par un mariage , 'Laurent devenant l'héritier de la fortune et dulHre, Vaflentine serait marquise... Pour être percepteur, «on -n'en est pas moins homme, et il y a des circonstance» où les principes peuvent fléchir... D'ailleurs, il ferait beau voir que quelqu'un de la commune se permît de gloser là^ dessus?..

Pendant ce temps, M. de 'Rosières étudiait avec

LE FILLEUL »'UN MARftUIS. 327

inquiétude les moiâdres^ mouvein«at& de M. Mauiûn, et, songeant que le sort det LaujreBt dépendait d'un oui ou d'ua Boa de cet (^^ioé sermcN^neur il sentait iiQ frisson lui passer da«s> le dos à mesure que se prolongeait la méditaticm du pereepteur. Enûa ee dernier daigna démasquer ses paupières et desserrer

. les lèvres- — Monsieur le marquis, dit-il en se frappant sotennellein^t la poitrine, je ne suis pas de pierre^, et puisque ees enfants s'adorent, puisque vous me promettez de régulariser ce que la situation

. a d'incorrect, je consens à tcmt.

— C'est bien heureux ! murmura le marquis m petto. ^- Le percept^r avait ouvert la porte de son bureau : — Valentinel s'écria4-il, — et il se trouva que, — par hasard, — Valentine passait précisément dans te vestibule.

Elle entra, très-intimidée, regardant alternativement 900 père qui redressait ms^es^tuettsement la tète, et le marquis qui souriait.

— MùBk enfant, commença M. Maurin, M. le marquis de Rosières me fait l'honneur de solliciter ta main pour le docteur Laurent, son fikj — il accentua ces derniers mots en arrondissant pompeusement les lèrvres, — et je la lui ai aeec^dée... Deniande à ton futur beau-père la permission de l'embrasser.

Elle était d^à dans les bras du marquis, et M. de Rosières, redevenu lui-même, se rattrapait des ennuyeux discours de M. Maurin en appliquant deux

3ih LE FILLEUL D UN MARQUIS.

bons baisers sur les joues fraîches de cette mignonne fille qui allait être sa bru. — Itfaintenant, dit-il en passant le bras de Yalentine sous le sien, je vais porter la bonne nouvelle à notre pauvre malade, et j'emmène mademoiselle avec moi.

C'était encore un accroc aux convenances, mais le percepteur venait de sauter à pieds joints pardessus tant de beaux principes qu'il ne savait plus rien refuser, et Yalentine fut autorisée à accompagner le marquis.

Dans la chambre du malade, les fenêtres et les volets, entre-bâillés pour renouveler Tair, laissaient entrer, avec la gaie lumière du matin, les joyeuses rumeurs du \illage. Par moments même, on entendait par-dessus les toits le chant d'une alouette à l'essor ; les notes allègres tantôt éclataient en fusée et tantôt s'atténuaient comme si le chanteur aérien se fût perdu dans l'azur. La violence des sinapismes avait tiré Laurent de la torpeur dans laquelle il était plongé au départ du marquis. Il semblait que le clair sourire du soleil, la fraîcheur matinale et ce lointain chant d'alouette eussent ramené un peu de lucidité dans son esprit. Sa physionomie moins accablée et son regard plus limpide indiquaient qu'il avait repris momentanément possession de lui-même ; mais en même temps une navrante expression de la bouche et une amère tristesse du regard révélaient à Sophie et à M"« Rastienne qu'à mesure que Tintelligence du ma-

lade devenait plus nette, il commençait à se rendre compte de la gravité de sa situation. Il épiait avec un6 vague inquiétude les gestes des deux excellentes femmes, assises de chaque côté du lit. On eût dit qu'il cherchait à lire sur leurs lèvres et dans leurs yeiïx ce qu'elles pensaient de son état et quel avait été l'arrêt du médecin... Lui qui avait tant aimé la vie, allait-il être forcé de la quitter si vite ? Il attachait des regards chargés de regrets sur la cime verte d'un peuplier qu'on apercevait dans le soleil du dehors, et sur les figures aimées de Bastienne et de Sophie. Il tendit sa main brûlante à sa mère, qui la couvrit de baisers, un sourire fatigué glissa sur ses lèvres, et il se replongea dans sa somnolence.

Le marquis et Valentine entrèrent peu de temps après. La jeune fille était allée s'agenouiller près de M"® Bastienne. — Eh bien? demanda M. de Rosières d'une voix craintive.

— Il a moins de fièvre, mais il est plus accablé, répondit W^^ de Fierbois.

Le marquis se pencha vers son fils, lui prit la main et adoucissant sa voix : — Laurent 1 murmurat-il, Laurent, me reconnais-tu?

Le malade rouvrit les yeux, regarda vaguement celui qu'il appelait jadis son parrain et fit un signe des paupières.

— Voyons, continua M. de Rosières qui se sentai empoigné par l'émotion, réveille-toi, mon cama-

sao LE FILLEUL B'CN MARQUIS.

rade ; voiei W^*^ Vateiiliiie qui vieirt t'a|^]^endf e «ne bonne nouvelle*, une BouveUe qui va te r^atieltre s»r pied mieux que toute» les dfogne» de les cottfirères... Tu ni*entends bien, n'esiree pas ?.. Dans q«nzeisi»rs, Vatentine sera ta femmes et i'éfoaserai So|»hîd !

Laurent tressaillit, il jeta ttn regard ^sespéré sur Valentine, sa mère et le iiiarqMÉ»y puis ses paupières lourdes retombèrent sur ses yeitau..

Était-il doue trop tafd?.. Non. Les ntédeeias, heureusement, sont mauvais jv^e» <itens leur propre cause, et la nature, eette grande et éternelle faiseuse de rairaeles, a des mystères et des imprévus 8«ir lesquels la Faculté eUe-même compte beaucoup, smis Tavouer trop haut. — Pendant quinze jours, la vie du malade fut semUable à la lueur d'une lampe exposée à un grand vent; elfe menaçait à chi^iue instant de s'évanouir, et cependant elle eonserrait UQ soupçon de flamme bleuâtre, totQOurs tremUo^ tdnte et persistant toujours. Vers la fin de la quinzième nuit, la lumière devint moins vadllante; la stupeur se dissipa, Tassoupissement comateux fit place à un sommeil paisible, le pouls battit avec un rhytiime plus régulier, et les traits du patient reprirent leur expression naturelle. Laurent était sauvé, et tP^ Bastienne avait eu raison de dire que trop de gens Taimaient pour que ce faisceau de volontés aimantes îie fit pas contre-poids à la violence brutale de la fièvre. Avec la convalescence, Laurent

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goûta de nouveau à la savoureuse coupe de la vie ; il salua le soleil, les fleurs et les arbres avec la joyeuse sus^pme d*un enfant qui les admire pour la pre»ièpe fois. Quand, tout chancelant encore etsoutemi p«r S^pUe et ValentiAe, il s'ap^prooba de la fenêtre d4i jardin, (fuand il revit au loin la forêt empourprée, la rivière scintillante et les prés semés de veilleuses, ses yeux se mouillèrent et il embrassa en pleurant de tendresse les deux femmes c^u'il aimait le plus au monde.

On avait publié les bms de Sophie ei du marquis. Dès que le jeune docteur fut sur pied, le mariage eut lieu à Sermaize, et huit jours après, à Robert-- Espagne, «e fut le tour de Lawent et de Valentine. La noce fut pompeuse et bruyante. Les cinq enfants Lapasque y assistèrent, et 4e soir, dans le salon de M. Maurin, Eusiache, ajustant sa flûte, flt danser toute la compagnie, y compris M^^® Bastienne et le solennel percepteur...

Le marquis et Sophie vivent paisiblement au Boisdes-Penses, mais, malgré les instances de son père, Laurent n'a pas consenti à s'y fixer. Pour le ramener aux Islettes, M. de Rosières a eu beau lui dire qu'il n'y retrouverait plus les Brieulles, — M™® Berthe ayant fini par décider Sainte-Marie à habiter Paris ; — la résolution du jeune docteur a été inébranlable. Il regarde comme une profanation de tran&planter sa

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chère « (leur de vigne » dans un pays hanté par le souvenir importun de Berthe Fonteniile. Les nouveaux époux se sont établis à Sermaize, où Laurent continue à exercer la médecine. Cette détermination a été un véritable crève-cœuf pour le marquis.. Hélas ! en ce monde, comme dit le vieux don Diègue,

Jamais doub ne goûtons de parfaite allégresse...

Le percepteur de Robert-Espagne en sait quelque chose. Il s'était flatté de Tespoir que sa fille serait marquise, mais il a en vain lâché la bonde à son éloquence des grands jours, il n'a pu convaincre son gendre. Le jeune médecin regarde son titre comme un de ces vieux habits de parade, incommodes et démodés, qu'on enferme par curiosité derrière une vitrine, mais qu'on ne porte plus; — et ce qui met le comble au désespoir de M. Maurin, c'est que les clients de Laurent, c'est-à-dire tous les gens du pays, s'entêtent encore aujourd'hui à ne l'appeler que <( le docteur Husson. »

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