‹ Le filleul de BeaumarchaisChapitre 4 sur 6 · IT · texte numérisé non relu

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S98 L6 FILLEUL DE B£AUMARGHAX&

roulement des tamboura* On reconnaissait, i travers l'eii^^ace, le fameux air de Méhul : « la victoirt en chantura,... » G'âtait un régiment de ligne qui rentrait par la barrière et se dirigeait vers le Luxembourg, A mesure qu'il se rapprochait et que l'on entendait plus distinctement la mélodie guerrière, le visage de Pierre se ranimait; une flamme généreuse brillait dans son regard; à la fin il s'écria :

— Ce qui me reste à faire ? je le sais maintenant!... M' engager, être soldat, me battre/ mourir, non pas pour cet homme, mais pour la France I

— Eh bien, mon ami» dit Tabbé Dermont, électrisé par cet élan irrésistible, j'approuve votre idée et je puis vous être bon à quelque chose. J'ai un parent assez proche, colonel du 15* de ligne.... Je vous donnerai une lettre pour lui. Les hommes tels que vous sont rares; il aplanira toutes les difficultés.

— J'accepte avec reconnaissance, ô mon cher

consolateur 1... mais je vous adresserai une autre demande....

— Laquelle?

— Je désirerais.... pardon! c'est peut-être une superstition, un caprice.... je désirerais, en m'engageant, prendre le nom de ma mère. Il y a probablement beaucoup de Goudard dans l'armée française.... Que sait- on pourtant? La police de ce.... ministre poursuivrait peut-être sous l'uniforme le factieux du café Bellone, le ^iâonnier du fort de Joux.... Si vous avez la bonté de me donner ime lettre pour votre parent, jFoulez-Tou8 me reconmiander à lui sou» le nom de Pierre Darbel?

-» Qu'à cela ne tienne, mon ch«r enfant !

Le colonel est un ex(fellent homme \ franc comme l'or ; il aime les brates gens et dé^ teste la police. Dites-loi tout... si ToapapierS' m sont pas Um en règle, il y suppléera.

Un pur et noble poète, Alfred de Vigny, a peint, dans son beau livre de Servitude et Gran^ deur militaires^ le sentiment d'abnégatiou qui pousse quelques âmes d'élite à n'accepter de la vie de soldat que ses fatigues, ses devoirs et ses périls^ à garder une sorte ûUncognito au milieu de ces scènes terribles où il semble natu* rel et juste que Textrème bravoure soit payée par un peu de gloire. — « Je me cachai dans les rangs inconnus de l'infanterie de ligne, dit le capitaine Renaud, comme un chartreux dans

son cloître. » — Nous pourrions en dire autant de Pierre Goudard, devenu Pierre Darbel. Pendant les magnifiques et meurtrières campagnes gui commencèrent en septembre 1805 pour ne plus finir, il fit des prodiges de valeur sans avoir Tair, ni de se douter du danger, ni de chercher une récompense. Ce qu'il cherchait peut-être» c'était la mort; en pareil cas, on ne la rencontre pas toujours.

Cependant, quoiqu'il fît pour se dérober à l'attention de ses chefs autant d'efforts que d'autres en font pour attirer les regards, il était impossible que ce beau jeune homme, au visage triste et fier, au cœur intrépide, exposant sa vie sans ostentation et sans emphase, constamment prêt à courir aux postis les plus périlleux, ne finit pas par être remarqué.

Quelques officiers, plus instruits que leurs camarades, eurent occasion de causer avec lui; quand ils découvrirent qu'il en savait, à lui tout seul, autant que la plupart de ses supé-

soi LE FILLEUL DE BEAUBCARGHAIS-

rieuFB, leur étonnement et loir estime redMH blèreat; ce fut presque 4a rm^ftcL Ceux qm apparteDsient i des femiUas dîitiiifl^ées et qu étaient capables d'apprécia* eertaines délicatesses, furent également frappés de la noblesse de son langage, de Télégance de ses manières. Bref, son avancement fut aseei raqside. ▲ la fin de 180^, trois ans après son entrée an régiment, il était capitaine*

Fins briilsnt encore avait été, pendant ce temps, Favancement do généml Oruchot. Vers la même époque, à la suite de denx on trois nouvelles victoires et de roj^anissUnn de la noblesse fknpâriale^ il était maréchal de Flimpire et duc de R.. ^Toutes knprévîaiQns se réûrlisaient IHine après l'efntre; le CmicnoT aisaiL dispara.

S'il y ent, à cette dat* an. d^mis lors, des» généraux qni, pamns» à l'Bi>09ée de leur JEar^ tune mâîtaiffe, Jngèsent & .propos de se ménar^ ger nn peu,, le maréchii dsc de A.... ne fot j^

de ceux-là; il s'exposait comme un jeune souslieutenant.

Quelques mois plus tard, à la sanglante bataille d'£..., le maréchal, avec une' partie de son état-major, était accouru, àla tête de deux, régiments de cavalerie, pour soutenir laile gauche de T armée française, qui commençait à plier. Dans ce mouvement rtpide, cédant à son impétuosité naturelle, il se laissa entraîner trop vite et trop loin. Pendant dix minutes, il se trouva seul, avec une poignée de braves,, séparé du gros de ses troupes. L'ennemi en profita pour faire un retour offensif; un moment, le maréchal se vit enveloppé. Déjà deux ou trois de ses compagnons d'armes étaient tombés autour de lui ; son cheval, criblé de balles, venait de s'abattre. Les Autrichiens se précipitaient le sabre à la main, et son bras^ engourdi par sa chute., ne lui permettait pas de parer le coup qui le menaçait. Il se croyait perdu ou pris; mais soudain les choses chan-

gèrent de face. Un bataillon d'infanterie, dont le commandant, tué dès le début de l'action, avait été momentanément remplacé par un capitaine, s'était élancé comme la foudre et se trouva au milieu des assaillants avant qu'ils pussent savoir comment et d'où il était venu.

Après une mêlée aussi courte que terrible, les Autrichiens furent taillés en pièces ; le maréchal fut dégagé ; mais Théroïque bataillon était décimé, et le capitaine avait reçu une blessure mortelle.

Le soir, à l'hôpital de Landshut, pendant que les chirurgiens pansaient les blessés et que l'on emportait les morts sur des civières, le maréchal vint en personne visiter les héros obscurs auxquels il déclarait devoir la vie et peut-être le gain de la bataille. Quand il apprit, de la bouche du chhnirgien-majori que le capitaine n'avait plus que quelques instants i vivre, il exprima son chagrin dans un langage

qui faisftit moins d'honneur à son éducation qu'à la bonté de son cœur.

— Pauvre Jeanne ! murmura le blessé.

Le maréchal s'approcha de son lit :

— Mon ami, mon sauveuri mon brave, lui dit*il avec une émotion très-sincère, voulez-* vous me dire votre nom?

— Pierre DarbeL

— Eh bien, mon cher Pierre, Je ne suis pas ingrat.... qpe pourrais-je faire pour vous prouver ma reconnaissance?

— Je vais mourir.

— Mais.... une commission d'amitié, de confiance?... Vous avez peut-être, l&-bas, au pays, un père, une mère ?

— Je suis orphelin.

— Vous n'êtes pas du moins sans avoir une famille?

— Aucune.

— Gomment I je ne puis rien pour vous I...

absolument rien?...

Le moribond s WaibliMait visi&lement.

Pourtant, à ces dermera mots du maréchal, il fit un effort, et d'une voix éteinte :

— Pardon^ maréchal l Puia^ie.*,. vous tenez & faire.... quelque chose pour moi» veuillez» je vous prie.... dire à madame la maréchale..*, que Figaj*o s*est fait tuer.... en vous sauvant.

Le maréchal duc de R..,. eut un moment de profonde surprise. Puis, se ravisant» et jetant un dernier regard sur le capitaine^ qui venait

d'expirer :

— Pauvre diaible 1 murmura-t-il) — il se servit d'un autre mot; — ces blessures à la tète n'en font jamais d'autres I On eztr&vâgue avant de mourir.

Après quoi, se retournant vers le groupe qui l'accompagnait^ il s'écria d'un ton de commandement :

— Messieurs I... j... f... qui ne dirait pas

comme moi : Le capitaine Darbel était un brave I

Telle fut Voraison funèbre du filleul db Beaumahchm3«

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p. Anrean. — Imprimerie de Lagny.

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