‹ Le filleul de BeaumarchaisChapitre 3 sur 6 · octobre · texte numérisé non relu

octobre

».... Xavaisdeviaé juste: tes . obsessions redoubtont, et, .cette fois, les promesses.s'Bntrem61ent de menaces.... Ces hommes-là sont capables de tout ; ils ont leurs avibtkues^ comme r<aacien régime. — Ah! cpieUe amère plaisanterie que les révx)Uitions! — Qui me dit que, si je persiste dans mies rafus^ Pierre ne h^tsl

pas oublié dans cette forteresse lointaine?... A vingt <«asl,.. une rsi belle i&t(eUigence, une Ame exquise, un cœur d'or, une nche nature cultivée par un mattre admirable, des taients, des aptitudes, un ^rand courage, desmaniàres dignes de la cour de nos rois, tout cela .â^oufifé, perdu, enfoui dans .uie pKisan d'État, «dus la garde des poete^tefs 4e JBonapatte 1 Non, ce u'est.pM posBiUe.i.Je:n'«â qutanmot àdire«... Le diraiie?...

"20 octoJ^e.

» .... Enfin, enfin, dans cette cohue de gen-

tilshommes énervés par le malheur, de solliciteurs faméliques, de parvenus odieux ou grotesques, de flatteurs méprisables, de héros de caserne, de séides prêts à vendre leur corps et leur âme sur un signe de leur idole, j'ai trouvé un cœur énergique et loyal, capable de dévouement, unissant une noble franchise à une éclatante .bravoure, plein de bonté sous une écorce un peu rude, tel enfin que je pouvais le désirer.... ou le craindre.

y> C'est le général Gruchot.... Eh bien! oui, Gruchot; je veux écrire et répéter ce nom, pour m'y acclimater et pour me punir. N'ai-je pas dit que rien ne devait manquer à Texpiation, à la leçon?...

i> Poussée à bout par une situation que rendaient de plus en plus insupportable les in* stances et les alarmes du marquis, mes propres craintes, Tinflexible persistance du ministre à dire que le sort de Pierre dépendait de moi, je me suis décidée a faire un grand pas de plus ;

j'ai demandé qu'on me présentât le général, et qu'on me laissât seule avec lui.

3» A la bonne heure I au moins, avec celui-là, je n'étais plus forcée d'abaisser mes regards pour rencontrer une figure, et de prendre un microscope pour découvrir une âme. Je^lui ai tout dit, tout raconté, comme à un ami.... Il semblait que nous nous connaissions depuis dix ans.... Ah! par exemple, il y a eu des moments critiques. Quand je lui ai parlé de la brutale arrestation de Pierre, il a murmuré entre ses dents : « Ces gens de police font un f.... un vilain métier. » U s'est repris â temps, mais tout juste. Un instant après, comme je vantais le courage de Pierre, son intrépide protestation contre un attentat impardonnable, il a dit â demi-voix : « Oui, c'est un bon b.... un brave garçon 1... » Eh bien ! encore une humiliation! encore un châtiment!... je crois, en vérité, qu'on s'y accoutume 1

9 Hélas! oui, je suis humiliée, punie.. i. Si

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j'avais rêvé d'être snpérieare aux autres femmes, me voici bien prè0 d'expier eette orgueilleuse chimère. L'ardente émotion du général m'alltô au cœur.... Je n'étaie pas insensible à ce contraste. Un homme dont les actions d'éclat se eomiAent par douzaines^ qui a été vingt fois mis à Tordre du jour de Tarmée, qui a bravé les périls les plus fcMinidables, dont la joue est sillonnée d'une magnifi<;ue balafre, cet homme tremblait comme un enfant; il me briserait d'un coup de poing, et je devinais qu'il mourait d'envie de (^^agenouiller devant moi I » — Mademoiselle, m'a-t>-il dit d'une voix mal assurée, je suis bien fier de la marque de confiance que vous me donnez. Je ne suis qu'un soldat, mais je tâcherai de m'ennoblir en vous aimant. Ce jeune homme mérite, en effet, toute votre amitié. L'Empereur, je le sais, est inexorable pour tout ce qui se rattache A un épisode.... quMI ne m'est pas permis de ju** ger, mais qui a dû consterner on irriter la no-

LE FILLBUL Dfi BEAUMARCHAIS 291

blesse de France..^ Peut-être est-U d'aatani plus irascible sur ce points q^e sa coQscience. ... enân suffit I... Je vais demain le rejoindre au camp de Boulogne ; je le verrai tous les jours.... je pourrai guetter un moment favorable.... il se prépare, vous le savez sans doute, de grandes choses pour le mois de décembre.... Le couronnement, le sacre» le pape, toutes les cérémonies de la vieille monarchie dans la basilique de Notre-Dame.... Ces témoignages de sa grandeur disposeront sans doute l'Empereur à rindulgence.... Il tientà notre mariage.... Oh! rassurez-vous et pardonnez-moi... . si je vous en parle, c'est parce que votre consentement me . rendrait à la fois meilleur pour vous mériter, et plus fort pour obtenir la grâce de ce jeune bonmie.... Vous avez demandé, je ne Tignore pas, qu'on ne vous parlât de rien avant la fin de votre deuil, avant qu'un an se soit écoulé depuis la mort de votre seconde mère. ... Je me résigne ;. ma résignation serait presque du bonheur, si...

» D était si ému, qu'il n'a pu continuer, n s'est levé, il se retirait sans mot dire.... Je lui ai tendu la main....

ta

34 décembre^

» .... Mon oncle a repris possession du château de Trévières. Tous les séquestres sont levés«... le magicien, — car c'est de la magie, — a ajouté une somme ronde pour aider le marquis à racheter les terres vendues en 93. Ses transports de reconnaissance et de joie me consolent et m'attristent tout ensemble.... il m'appelle sa bienfaitrice,... tant d'allégresse en l'honneur des biens de ce monde I... Pauvre nature humaine 1

» On me promet que Pierre sortira de prison dès que j'aurai dit oui,... et j'ai cessé de dire non.... Seulement, on me demande de fixer l'époque, et je réponds invariablement : pas avant le Amèbre anniversaire I Pas avant le 28 mars I...

» .... J'.ai assisté aux fêtes du couronnement, au sacre de l'Empereur.... Je me suis agenouillée sur le passage de notre Saint-Père.... Gomment la France ne serait-elle pas éblouie de tous ces prodiges? comment Thomme pour qui et par qui s'opèrent tant de merveilles, n'arriverait-il pas à se croire tout permis et tout possible ? que peut faire un effort de volonté ou de conscience au milieu de l'ivresse universelle, dans cette gigantesque débauche de puissance et de gloire? Adieu cette fierté que je regardais comme invincible ! il faut se soumettre, il faut céder.... Faible créature que je suisi céderais-je si facilement, si le général n'existait pas?... Mais non, je me trompe, humilionsnous sans nous calomnier.... Si je cède, c'est pour que mon oncle ne retombe pas dans cette détresse qui l'effrayait tant;... c'est pour que Pierre sorte* de cette prison qui m'irrite et me désespère.... Je n'ai pas d'autre motif, pas d'autre excuse.... En suis-je bien sûre?

» Le général est revenu avec un grade de plus.... général de division à trente-un ansL.» il a sa part de VaYiréole9... il communique à ceux qu'il apie un reflet de ces rayons qui f éblouissent.... Une seconde fois, j'ai laissé tomber ma main dans la sienne.... Uais cette tw..., mon jburnal est fini. Que le frère pardoone i sa sœur l ce sera son dernier bienfait. «•

Fiancée i un autj*e, je serais coupable, si j'%-^ joutais une ligne de plus....

kprès avoir lu oes pages et deviné ce qu'elles ne disaient pas, Pierre se tourna vers Tabbé Dermont, qui le regardait avec une douloureuse sympathie. Par un énergique effort de volonté^ les muscles de son visage se détendirent; il parvint à maîtriser sa douleur» et ce fut d'une voix asseï ferme qu'il dit au vieux prêtre, aussi ému que lui :

— Et le mariage?...

— A été célélnré te mardi 16 avril ; mademoiselle Jeanne d'Erlnge était trop pieuse poor consentir à se marier à la fin du carême. Après la cérémonie, les mariés sont*partis pour le château de Trônères; ils y resteront jua«i'à ce que l'Empereur rappelle le génial, ce qui ne tardera pas, si j'en crois les rumeurs pu* bliques.... Hélas I l'Empire, c'est la guerre I

— Mais, reprit le jeo&e homme avec une certaine amertume, si j'ai bien lu k dernière page de ce journal, c'est à la fin de^décembre que.... mademoiselle d'Brlmge a donné aoii consentement; comment se fait-il que Ton m'ait laissé en prison jusqu'à la fin d'avril?

— Ah i mon ami, dest que toutes les âœea ne sont pas ausiri loyales, aussri nobles que la vôtre.... Je doie rendre cette justice au gêné rai.... il était à la fois navré, fiineux et hoa teux de cee retards. Je l'ai entendu, ici même, me dire les kurmet an yeux, dana sa langue un peu trop martidie : « C'est alBBreux I made*

moiselle d'Erlange va me mépriser. Ce.... gredia de ministre juge des autres par lui-même...» Sacrebleu I Est-ce que la parole d'une honnête fille ne vaut pas tous les contrats du monde? » On a été inflexible; on a craint....

— Quoi donc?

— Que, si vous reveniez à Paris avant la célébration du mariage, si mademoiselle Jeanne vous revoyait, ses souvenirs, sa tendresse pour votre mère^ votre fraternelle amitié, votre malheur, n; la fissent retomber dans ses hésitations.... car son journal ne vous dit pas tout.... Même après cette espèce d'engagement qu'elle date de la fin de décembre, elle a eu de rudes assauts à soutenir contre sa conscience et contre elle-même. J'avais toutes ses confidences.. •. Je vous assure^ mon ami, que vous auriez été désarmé par les déchirements de ce noble cœur. Un jour, c'était le 21 janvier, elle était allée au cimetière prier pour maman Ge* neviève, et, en même temps, pour les martyrs

de la Révolution. Elle en revint dans nn état à faire pitié. — « Non, non, me disait-elle en pleurant, ce n'est pas possible] c'est une lâcheté, une impiété, une apostasie I... » — Mais la situation était impérieuse, terrible, implacable.... Et puis....

— Et puis.... elle l'aimait! dit Pierre à bou de force et de courage.

L'abbé Dermont ne répondit pas ; le jeune homme poursuivit d'un air sombre :

-^ Je m'attendais à tous ces malheurs. Encore une fois, je suis résigné.... mais ma vie est finie, et je n'ai pas vingt-un ans I Seul, absolument seul, sans famille, sans affections, sans liens, que me reste-t-il à faire en ce monde ?

L'abbé cherchait une réponse. En ce ma* ment, Pierre était debout, adossé à une des fe-^ nètres, qui ouvrait sur la rue de Yaugirard.

Tout à coup retentirent, dans le lointain, les sons d'une musique militaire, alternant avec le

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