LA VOIX
Ce n'est pas commencé.
LE COLONEL
Âhl (Bn se retournant, il Toit Louis q«i entre.) VOQS Veniez
dans la même espérance que moi. Porte close. J'auraia • pourtant bien voulu la voir une dernière fois pendant qu'elle est encore ma fille.
ACTË DEUXIÈME. 43 LOUIS.
£Ue le sera toujours.
LE COLONEL
Elle ne va même plus porter mon nom !
LOUIS
Elle viendra, ou vous viendrez, tous les jours.
LE COLONEL
Oui. Mafiile me fera des visites, et je lui en rendrai*
Ah! vous saurez plus tard ce que c'est que d'élever une fille pour la donner au premier. •• Pardon, mais vous pouvez bien permettre un mot de regret à celui qui vous donne tout ce qu'il .aime au monde. Et, puisque nous sommes seuls,' je vous dois une explication.
LOUIS
Une explication ?
LE COLONEL
Vous avez dû me trouver bien exigeant et bien chicanier au contrat.
LOUIS
Mais non.
LE COLONEL
Si fait. Il m'a lallu la preuve que vous possédiez légalement la moitié de Théritage de votre père, et j'ai discuté chiffre à chiffre. Je vous ai dit que, si je calculais tant, c'était parce que je voulais à ma fille toutes les facilités .et toute3 les joies de la vie, et c'était vrai. Je vous ai dit que c'était parce que l'argent c'est l'indépendance et qu'il me convenait que mon gendre fut maître de ne plaider que des causes justes, et c'était
encore vrai. xMais ce qui était plus vrai que tout, c est que je ne pouvais me résigner à me séparer de ma fiilc. Quand plus tard la iiièiiie ciiose vous anivera... — Non, ce ne sera pas la même chose. Moi, je n'avais qu'elle. Sa naissance avait tué sa mère. Pauvre femme! elle avait voulu me suivre en Afrique où j'étais alors colonel. Le climat et les changements de garnison l'avaient épuisée. Ça n'aurait [)a.s été meilleur pour Fen- ' faut. Je la ramenai eu 'France, et, ue voulant pas la quitter, je donnai ma démission. C'était un mauvais moyen (le lui l'aire une dot : je me nus dans l'industrie. Son cher sourire me consolait de tout. Mon avancement a été de la voir grandir. Elle m*a connu tout de suite ; à un an , elle ne voulait pas marcher, mais je me plaçais à l'autre bout xlu salon, et elle essayait pour moi. Elle avait sa chambre à coté de la mienne: av^int de me coucher, j'y entrais et je la regardais dormir ; je ramenais sa couverture sur ses pauvres petits bras nus, et je restais longtemps penché sur son berceau, m'enivrant de ses doux yeux fermés, de sa bouche entr' ouverte et de sa respiration égale. J'étais souvent bien fatigué de ma journée , et , quand elle me réveillait la nuit, j'étais très-coatent. Le dimanche, je me levais tard pour qu'on me l'apportât sur mon lit , et nous jouions ensemble. Et puiâ, elle a parlé. Je faisais tout ce qu'elle voulait, c'était gros comme le poing. Moi qui avais commandé, je vous assure que j'apprenais à obéir. J'étais plus bète qu'une mère! Quelquefois on me. cherchait depuis une heure , et on nous trouvait tous les deux dans un coin, habillant une poupée. J'avais des fureurs de l'embrasser; sa nourrice disait que je lui usais la peau et l'appelait mon souffre-caresses. Lorsqu'elle a été grande, je