‹ Le fils Auguste VacquerieChapitre 28 sur 73 · ACTE DEUXIÈME. 54 LE DOMESTIQUE · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIÈME. 54 LE DOMESTIQUE

Oh! non, monsieur. Us l'appellent madeuioiselle Gertrude.

UAUVERGNAT.

Merci. Allez. (Le domestique surt.) J'ai eu, ma foi, une véritable idée, de mettre un habit et des gants. Les domestiques me croient de la noce et me laissent circuler dans la maison. — D'abord, l'argent. Si j'avais le malheur que la fortune fût du cl^ef de la mère? Alors, rien de possible. — Gonniient raborder, cellc-la ? Lèvres minces, regard mal baissé; envieuse, (uaut.) C'est un bien beau jour, n* est-ce pas, madame ?

MADEMOISELLE GERTRUOE, modeste.

Mademoiselle seulement.

HAUVÉRGNAT, à part.

Sourire sans conviciion. t Galant.) C'est donc que vous l'avez voulu?

MADEMOISELLE G i: H T RUDE.

Oh! monsieur, je n'ai jamais été belle. £t d'ailleurs, ce

n'est pas la beâuté qu'on épouse.

MAUYERGNAT.

C'est la dot. Il est vrai qu'on ne connaît plus que l'argent. C'est une pitié. Les plus solides mérites, la vertu, la

douceur, l'acharnement au travail, ne sont pas ce qu'on aime dans l'être auquel on s'associe pourtant à perpétuité.

31ADEM()1SELL.E GERTRUDE.

Monsieur est célibataire ?

. MAUVERGNAT.

Je Fai été. — Ohî la richesse, quelle Injustice 1 L'un

meurt de faim, pendant que l'autre crève d*indîgestion. Et souvent dans la même famille ! Je vous disais tout à rheure que c'était aujourd'hui un bien beau jour; j'employais une formule amèrement ironique. C'est au contraire le jour où la famille se réunit et se compare» où les disgraciés sont admis à la contemplation des privilégiés, où ils peuvent admirer le luxe des autres, les bracelets des autres, les diamants des autres, où Ton jouit du bonheur des siens.

MAD£MOIS£LLË G£BÏRUD£.

Je ne suis pas comme vous. Je ne souiïre pas de la félicité de mes proches. On peut tout supporter quand on a de la religion.

MAU VERG.NAT

A qui le dites-vous? Mais il en faut beaucoup.

MADEMOISELLE GERTRUDE

Dieu m'a lait la grâce d être incapable d'envie. Ainsi, yi suis la sœur de feu monsieur Berteau ; je vois donc mon neveu se marier tout jeune, quand sa tante n*est pas encore mariée; j'ai vu ma beUe-soeur avoir le mariage, la capitale, les spectacles, les carrosses, tandis que moi je me crottais eu province. Car j'habite Lisieux. J'avais eu l'imprudence de dire une fois que la ville me plaisait : mon l'rère m'y avait vite acheté une maison. Eh bien, je pardonne sincèrement à ma belle-sœur d'avoir pris tout pour elle et pour son fils. Il est vrai que ce n'est guère sa faute et que je serais injuste si je lui reprochais d'avoir rien fait pour accaparer la tendresse de mon frère. Elle n'aifectait pas de l'aimer éperdùment. Avec lui, elle était plutôt résistante et triste. On ne pouvait toujours pas l'accuser de

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