‹ Le filsChapitre 34 sur 75 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

GE.NEVIKVE.

En revanche, vous allez me promettre une chose. Non, deux choses.

LOUIS

Dix mille.

Non, deux. La première est que, dès demain, vous irez à vos affaires, à vos amis. Dès demain, entendez-vous. Je veux que vous soyez dès le commencement ce que vous serez plus tard, parce que, si vous interrompiez vos habitudes les premiers temps, le jour où vous les reprendriez, je croirais que vous ne m'aimez plus.

LOUIS

Vous, ma femme !

GENEVIÈVE

Oh! mais il faut m'écouter. Ma seconde exigence, — je vais vous faire rire, — c'est que vous appreniez à danser.

LOUIS

11 est de fait que je ne dois pas danser très-bien.

GENEVIÈVE

Vous ne dansez pas du tout! Mais ce n'est pas pour cela ({ue je désire que vous appreniez.

LOUIS

Pourquoi est-ce donc ?

GENEVIÈVE

Savez-vous à quoi je vous ai remarqué la première fois? A votre manière de danser. C'était il y a un an, au

bal de l'ambassade turque. Vous étiez venu m'inviter. Ce n'était pas là le difiicile.

LOUIS

Oh! si, c'était là le difficile.

Alors l'impossible était la contredanse.

LOUIS

C'était mon début. Mais je n'avais pu résister au désir de vous parler et de vous toucher la main.

GENEVIÈVE

Vous mêliez toutes les figures. Nos vis-à-vis chuchotaient un peu. Mais moi, je me disais qu'évidemment vous ne dansiez pas pour la danse. Je n'ai pu m'empêcher de faire attention à vous; je vous ai écouté autrement que les autres, vous parliez autrement aussi, et... Voilà pourquoi je vous demande de prendre des leçons. Je serais jalouse si vous dansiez mal avec une autre.

LOUIS

Parle-moi encore. Quand tu me parles, il me semble que le malheur n'existe pas.

GENEVIÈVE

Vous êtes encore inquiet? Mon histoire de danse ne vous fait pas rire? J.e ne vous la disais cependant que pour cela; car moi-même, au fond, je suis un peu émue. C'est plutôt moi qui aurais besoin d'être rassurée. Pas contre vous. Contre quoi? je l'ignore; j'ai un vague tremblement de joie et de terreur. Je suis très-heureuse, et pour un rien je pleurerais. Ce n'est sans doute que l'impression du changement de mon existence. Mais vous, je vais vous

Page 1