ACTE DEUXlkME
tranquilliser tout à fait. Louis, je vais vous dire une chose que je vous avais gardée pour aujourd'hui. Vous savez ce que mon père a été pour moi. Un père et une mère. Eh bien, en le voyant si tendre, si dévoué, si uniquement occupé de moi, j'avais eu une idée. Je m'étais dit que je le payerais de tous ses sacrifices, et que, puisqu'il n'avait que moi, je ne serais qu'à lui. Ma résolution était prise de ne jamais me marier. Je ne le lui avais pas dit, ni à personne, parce qu'il n'aurait pas accepté. Au contraire, je disais toujours que je me marierais lorsque je trouverais quelqu'un qui me plairait. Seulement ceux qu'on me proposait ne me plaisaient jamais. Mon père n'avait aucun soupçon. Dès qu'il se présentait un parti, il m'en parlait, il m'en démontrait les avantages, il insistait, quelquefois même il se fâchait. Brave pèrel Mais je voyais bien qu'il sortait plus content qu'il n'était entré. Et moi, si vous m'aviez vue rire de ma. malice I Mais un jour, celui que mon père m'a proposé, c'a été vous. x\llez, vous n'avez pas à craindre que je dise non aujourd'hui, puisque je n'ai pas pu le dire ce jour-là!
LOUIS
Tiens! je t'aime ! Pourquoi ne puis-je rien pour toi que t' aimer? Beau mérite! Tout le monde en ferait bien autant. Je te voudrais pauvre, sans famille, abandonnée, pour me prosterner à tes pieds! Ma femme!
Mon mari! (lls se regardent avec enivrement, sans se parler, les mains dans les mains. Entre Armand. Geneviève retire ses mains.) Quelqu'un.
ARMAND
Pardon, j'arrive mal.
GENEVIÈVE
Non, mais on nous attend pour mon voile. Venez-vous, Louis? Excusez-nous, mon cousin. Je n'emmène monsieur que pour un instant. Il revient tout de suite vous tenir
compagnie. ILouïs et Geneviève sortent.)