ACTE PREMIER. U
ARMAND
Encore ?
MAUVERGNAT.
Un peu fatigué, mais de la race, le regard ferme, les dents belles, la jambe bien faite.
ARMAND
Faut-il que je fasse un temps de galop?
MAUVERGNAT.
Il VOUS serait donc bien aisé de trouver une fille riche qui...
ARMAND
Qui m'achèterait?
MAUVERGNAT.
Qui ne vous refuserait pas d'éteindre votre passé. Je vous avais prié de vous marier; mais vous n'avez pas seulement voulu...
ARMAND
Me mettre dans les Petites Affiches ?
MAUVERGNAT.
Épouser votre cousine.
ARMAND
Gomment ! je n'ai pas voulu ?
C'était ce qu'il nous fallait. Une dot parfaite ! Le colonel Torelly a la plus forte usine de Vaugirard. Beau -père et oncle, il aurait eu deux raisons de payer vos dettes. Et un détail qui compte pour vous autres, mademoiselle Torelly est jolie.
ARMAND
Tellement que je ]'ai demandée, vous savez bien. Par malheur, elle était promise de la veille. V monsieur Berteau.
MAUVERGNAT.
Un petit avocat! Et c'est pour cela que vous vous êtes retiré ?
ARMAND
Nous ne pouvions guère l'épouser tous deux.
MAUVERGNAT.
Vous pouviez, vous, insister, persévérer, concourir, lutter. Elle aurait préféré un comte à un avocat.
ARMAND
Vous êtes dans les saines doctrines, Mauvergnat. Mais la bourgeoisie est bien gâtée.
MAUVERGNAT.
Je croyais déjà tenir la dot. L'avocat qui me la vole fera bien de ne- pas me tomber dans les griffes. Vous savez qu'elle se marie demain ?
Oui, mais il y a d'autres usines. Prêtez-moi ce qu'il me faut, et je vous promets de me marier prochainement. Vous en doutez? Ma parole. Avez-vous une femme là? je l'épouse tout de suite. Vous m'en chercherez une. Vrai, je vous y autorise. Mauvergnat, il s'agit d'un engagement d'honneur, les dettes de jeu sont sérieuses...
MAUVERGNAT.
Pas les autres?