‹ Le filsChapitre 5 sur 75 · ACTE PREMIER. ii · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER. ii

ARMAND

Les autres aussi. Je serai coulant sur les conditions.

MAUVERGNAT.

Monsieur le comte, vous insisteriez vainement. Je ne compromettrai pas de nouvelles sommes avant d'être rentré dans celles que j'ai eu l'imprudence de risquer sur votre parole.

ARMAND

Non pas! sur mes billets.

MAUVERGNAT.

Sur votre parole écrite. Ma résolution est prise. Pas un centime jusqu'à ce que vous m'ayez payé.

ARMAND

C'est bien loin.

MAUVERGNAT, le regardant fixement.

Non. Monsieur le comte, retenez ce que je vais vous dire pour conclure. Je vous jure que vous me payerez. Et voici pourquoi. Parce que je le veux absolument, et qu'alors je ferai pour cela tout ce qui sera nécessaire. Sans exception. Vous disiez tout à l'heure que je n'étais ni mari, ni ami, ni homme. Puisque vous me connaissez, il est inutile que je me masque avec vous. Alors voyez-moi tout à fait, pour bien comprendre l'intérêt que vous avez à régler votre compte de vous-même et le plus promptement possible. Oui, c'est vrai, j'aime l'argent. Cupidité, usure, gratteliard, sans-cœur, plus qu'honnête, repris de justice, vos marivaudages me glissent sur la peau. Je voudrais les sentir! je les ajouterais à votre total. L'argent ! Rien qu'à le gagner, quelle jouissance ! quel triomphe, une affaire qui

tourne comme on l'a dirigée, une ruse qui réussit, un piège bien tendu ! quelle supériorité sur ceux qu'on force à lâcher la seule chose à quoi les hommes tiennent véritablement! Méprisez mon affection, je le rends aux vôtres. Ah! je ne suis pas père? C'est que vous pensez à mon garçon. A Timothée. Mais j'ai mieux que Timothée, j'ai un fils brillant dans qui je me mire, qui me rapporte au lieu de me coûter, que j'aime donc, mon argent. C'est mon vrai petit. L'autre a sa mère. Je suis père pour celui-là, et rudement. Qu'il soit menacé, et on verra un loup défendre son louveteau ! Pour mon argent, pour qu'il ne dépérisse pas, pour qu'il se porte bien, pour qu'il grandisse, je travaille, je passe les nuits, je me prive, et j'en suis content; je ris de maigrir puisque ça l'engraisse ; je dîne d'une croûte de pain avec délices; je me grise de verres d'eau; mes orgies sont quand je jeûne! Si je ne m'épargne pas, il est vraisemblable que je n'épargne pas les autres. Devant un bénéfice à faire ou une créance à recouvrer, je ne vois vraiment pas ce qui m'arrêterait. Monsieur le comte, je vous jure que vous me payerez, (a Timothée, qui entre.) Qu'estce que tu veux, toi?

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