MAL VERG.NAT
Prenez.
LOUIS
Qu'y a-t-il dans cette lettre?
MAUVERG.NAT.
Lisez-la.
LOUIS
Certainement, je vais la lire! Et tout de suite, tenez. C'est qu'il a l'air de croire que j'en ai peur de sa lettre! — Eh bien, non, je ne la lirai pas.
M AUVERGNAT
Croyez-vous?
LOUIS
Pourquoi la lirais-je? Je ne comprends rien à vos paroles, mais j'y entrevois un malheur. Pourquoi le cher-
ACTH Dia'xit;Mi:. -îs
clierais-je? Je le repousse. S'il y a là une mauvaise nouvelle, je ne la saurai pas. Je suis dans le meilleur moment de ma vie, j'épouse une femme que j'adore et qui m'aime, je suis heureux, je fi'ai pas besoin de votre lettre. Je ne la lirai pas.
MAUVERGXAT.
C'est que, voilà, j'ai ma conscience aussi, moi, et je me demande si, sachant que vous détenez le bien d'une autre, je pourrais laisser cette autre dans l'ignorance où elle est sans devenir en quelque sorte votre complice. Je ne dis pas que je l'instruirai; je soumettrai d'abord mon scrupule à plusieurs amis, auxquels je ferai lire la lettre.
LOUIS
Si je vous la rends.
MAUVERGXAT.
Je la sais par cœur.
LOUIS
Qui vous croira ?
MAUVERGXAT.
Vous.
LOUIS
Monsieur, je ne vous ai fait aucun mal. Je ne vous avais jamais vu quand je suis allé chez vous hier. Vous n'avez pas à m'ètre reconnaissant de ce qui s'y est passé, mais cela n'a pas pu vous faire mon ennemi. Vous ne vous êtes certainement pas rendu compte de l'affreux coup dont vous me frapperiez. Je n'ai pas très-bien entendu ce que vous m'avez dit; mais, s'il était vrai que ma fortune ne fut pas à moi, mon mariage serait impossible. Et mon mariage, voyez-vous, c'est ma vie, c'est mon âme, c'est tout.
Arrachez-moi le cœur plutôt que Geneviève ! Vous ne saviez pas cela. Vous avez pu croire que je l'aimais raisonnablement, que ce ne serait qu'un mariage manqué. Je l'aime avec démence ! Je vous en prie, dites-moi que cette lettre ne renferme rien dont j'aie à m'effrayer, que vous vous êtes trompé, qu'il est inutile que je la lise. Je vous avoue que dans ce moment je serais lâche contre le malheur. Je vous en prie !
MAUVE RG.\AT.
Vous ne laites pas attention que vous me demandez de mentir. — Quand j'en serais capable, quand je vous jurerais que cette lettre n'est pas ce qu'elle est, quand je vous le signerais, est-ce que vous me croiriez? Pas d'enfantillage. Vous me priez, vous êtes convaincu. Vous savez dès à présent et pour toujours que cette lettre vous dépossède. Ne me la rendez pas, je vous la donne, faites-en ce qu'il vous plaira, vous pouvez la déchirer, la brûler, l'anéantir, — vous ne pouvez pas l'ignorer. Vous me demandez de vous dire qu'il est inutile que vous la lisiez. Je vous le dis. Ne la lisez pas.
LOUIS
Je la lis !
MAUVERGNAT.
Vous feriez même mieux de ne pas la lire.
LOUIS, ouvrant la lettre.
C'est l'écriture de ma mère !
MAUVERGNAT.
Vous la reconnaissez.
LOUIS
Ma mère à présent! — Oh! il faut sortir de cette