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SCÈNE II

LOUIS, seul.

Regardons cela fixement. Je ne suis pas le fils de monsieur Berteau. Donc l'argent ne m'appartient pas. Qu'est-ce que ça me fait, l'argent? Mais l'argent, c'est Geneviève. Pauvre, je ne peux plus l'épouser. Ah! c'est horrible. Si près du bonheur! En suis-je là vraiment? Mais je l'adore,

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moil Elle nrattend, elle est ma femme, faut-il que je Ir. repousse? Et que je la désole? car elle m'aime, elle souffrira. Je ne pourrai mèuie pas lui dire pourquoi je la quitte. Rejetée, sans un mot, brusquement, brutalement. E( celle qui est toujours ma mère, que lui dirai-je? J'imaginerai un prétexte, mais quand je lui rendrai l'argent, elle verra bien ma raison. Et alors je la réduis à rougir devant moi. Cet argent, elle n'en voudra pas. Je le donnerai à la sœur de monsieur Berteau. Il ne l'aimait pas beaucoup, sa sœur. Ainsi, pour cette femme, qui est méchante, qui n'en sera pas meilleure, ni même plus heureuse... — Non, ce n'est pas pour elle. Je ne puis rien garder de lui. Sa sœur me donnerait cet argent que je ne le recevrais pas. Ce n'est pas pour elle, c'est pour ma conscience. C'est à ma conscience que je me dévoue — et que je dévoue Geneviève. Je n'aurai pas à baisser le front, j'aurai satisfait mon scrupule, je serai content de moi, et pendant ce temps-là, Geneviève sanglotera et se tordra les mains! Ah! est-ce mon devoir de la frapper? est-ce mon droit? Que je me sacrifie, moi, tout entier, à jamais, soit; mais puisje sacrifier à l'opinion qu'il me plaît d'avoir de moi le bonheur de celle qui m'aime? Qu'est-ce que cette vertu qui consiste à dévouer les autres? Qu'est-ce que ce bien qui fait du niai? Non, je ne serai pas vertueux à ses dépens. Périsse ma conscience plutôt que Geneviève ! Je m'estimerai un peu moins, mais elle sera heureuse. Ce sera une meilleure manière de me sacrifier. — Je mens, je ne me sacrifierais pas, j'aurais Geneviève! — Si j'allais à elle ? si je lui disais que je suis pauvre, mais que je ne le serai pas longtemps, que je travaillerai double, que je gagnerai toutes les causes, qu'on ne voudra plus d'autre

avocat que moi? Je la connais, ma pauvreté sera plutôt une attraction pour elle... — Et pour son père? Et puis, je dirais que je suis devenu pauvre, on me demanderait comment. Je n'aurais pas besoin de répondre, la richesse subite de mademoiselle Berteau répondrait pour moi. Dire ma pauvreté, c'est dire tout. Et Geneviève saurait que ma mère... Alors, son père pourrait consentir, moi je la refuserais. Il n'est pas possible que ma femme méprise manière. — Mais est-ce que je ne m'exagère pas ce que le devoir peut exiger d'un pauvre cœur navré d'amour? Cet argent, je ne l'ai pas pris, la loi me le donne, je ne serais pas plus rigoriste que la loi, je ne serais pas un saint, c'est vrai; je voudrais voir à l'épreuve ceux qui me blâmeraient. . . — Plaidaille , avocat ! — Je ne plaidaille pas, mais enfin , si je n'avais appris la chose que demain, ce soir, dans une heure, j'aurais été marié, qu'aurais-je fait? aurais-je bouleversé ?.. . — Pourquoi monsieur de Bray est-il mêlé à cela ? Je comprends l'intérêt de l'autre ; quand je suis entré pour parler à Geneviève, je l'ai vu sortir avec ma tan... — mademoiselle Berteau; ils faisaient leurs parts. Mais pourquoi est-ce monsieur de Bray qui me l'a présenté ? Il n'hérite pas, lui. Oh ! j'ai peur. Si mou mariage est défait... — Oui, il l'a demandée. Geneviève à un autre ! Jamais. Ceci termine tout. Et pour que ce soit bien fini (n prend la lettre dans sa poche.) , Cette lettre a fait assez de mal, elle n'en fera plus, (n la brûie.) La lettre? quelle lettre? Il n'y en a jamais eu. Monsieur de Bray ne sait rien , il m'en a juré sa parole d'honneur après l'affaire. Ce Mauvergnat? qui croira ce drôle contre moi? Alors, pourquoi vous êtes-vous battu ? Parce que ma mère avait été calomniée. La preuve que c'était une calomnie, c'est

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