ACTE TROISIÈME
que je garde l'argent. Tout est pour le mieux. — Ah ! pourquoi monsieur de Bray ne m'a-t-ii pas tué? Maladroit que je suis de l'avoir blessé I — Oui , tout est pour le mieux. Je vivrai du travail de cet homme pour qui ma vie est une ofTense. Ce n'est pas assez de l'avoir volé tant qu'il a été au monde, je le volerai jusque dans sa tombe ! Et je continuerai mon métier, je serai avocat, je défendrai le droit, je protégerai la propriété, je ferai restituer les biens volés! Allons, la cause est mauvaise, je ne la gagnerai
pas. (il tombe assis sur une chaise. — Tout à coup il se relève.) MaiS,
ah çà, je suis incroyable. Je raisonne depuis le commencement comme s'il m'était prouvé que la lettre fût vraie. Qu'est-ce qui le prouve ? Avec cela que ce serait la première fois qu'on aurait imité une écriture! Cette lettre, je l'ai lue en courant, j'étais troublé de ce que cet homme me disait, j'avais le sang dans les yeux, je ne l'ai plus pour la relire, c'était un faux. Ce n'est pas ma mère qui l'a écrite, et celui qui l'a reçue n'est pas mon... (ses yeux
rencontrent le portrait. ) Ah! VOUS VOilà , VOUS. EtCS-VOUS UIOU
père? Non, n'est-ce pas? Si! vous l'êtes. Je vous renie parce que vous étiez pauvre. Je comprends à présent pourquoi on me faisait payer ses dettes le jour de mon mariage ; on voulait l'associer un peu à mon bonheur et que le père eût une pensée du fils ce jour-là. Je comprends tout. Quelqu'un a dit que je lui ressemblais, il a voulu s'expatrier pour ne pas me nuire, mais il n'a pas eu la force de vivre loin de son enfant, il est revenu, il s'est caché, il a assisté invisible à mon bien-être, et moi j'étais riche, et moi je riais, et moi j'avais tout, pendant que mon père mourait misérable. Et maintenant je le renie. Je suis son fils! je suis ton fils! je suis ton fils! — C'est dit. Je
me résigne. Je ne reverrai personne, que dirais-je? J'écrirai. Qu'est-ce que j'emporte? Rien que ce portrait. Allons, (n prend le portrait.) Penser quc daus ce moment je serais
marié! Adieu, (n sort, au mc-me moment, on entend les voix
éperdues de madame Berteau et de Geneviève. Il rentre précipitamment et cache le portrait dans une bibliothèque.)