SCÈNE V
LE COLONEL, (iEiNEVIÈVE.
GENEVIÈVE
Nous allons donc savoir ce qu'il a! Je me sens toute remontée. Vite, père ! prends ton chapeau, et allons... — Non, tu ne voudrais pas m'y conduire. Il vaut mieux qu'il vienne ici. Oh ! il viendra ! Je vais lui écrire que mon honneur est menacé. Il viendra ! — Mais tu as un air singulier. Quand je te dis que c'est très-heureux !
LE COLONEL
(Juelle peut être cette lettre qu'on lui a vue ?
GENEVIÈVE
11 nous le dira.
LE COLONEL
Il t'aime , on lui remet une lettre, il se retire. C'était donc une lettre qui t'accusait.
GENEVIÈVE
11 me l'aurait montrée.
LE COLONEL
S'il n'y avait vu qu'une accusation.
GENEVIÈVE
Veux-tu dire que c'était une preuve ?
Tout le monde le croira.
GENEVIÈVE
Excepté toi ?
LE COLONEL
Évidemment. Mais quelquefois les termes d'une lettre peuvent présenter un double sens. Quelquefois on peut, innocemment, se laisser aller k une démarche imprudente. Tu aurais cette excuse que tu n'avais pas de mère.
GENEVIÈVE
Si ! je t'avais.
LE COLONEL
Tiens, je suis un mauvais père d'avoir été inquiet un instant.
GENEVIÈVE
Une parole de Louis fera tomber cette calomnie. Je vais lui écrire. Et aussi à madame Berteau. Louis sentira mieux ce que vaut la réputation d'une femme — devant sa mère. (Eiie sort.)
LE COLONEL
Alors, cette lettre a été fabriquée. Par qui? Par cet homme ? Dans quel but ?
LE DOMESTIQUE
Monsieur peut-il recevoir monsieur de Bray ?
LE COLONEL, seul.
C'est par lui! Oui, c'est sa vengeance qui continue!
Qu'il vienne î (Lo domestique introduit Armand, et sort.)