SCÈNE YI
ARMAiND, LE COLONEL.
ARMAND
Mon cher oncle, vous avez du avoir un moment d'irritation contre moi. Je reconnais que ma conduite, telle qu'elle se présentait en apparence, n'était pas sans soulever quelques observations. Il est certainement permis de se débarrasser d'un rival par un coup d'épée ; mais être invité à la noce de sa cousine, y venir, et, au dernier moment , quand les parents sont réunis , quand la mariée a son voile et son bouquet, entreprendre le massacre du marié, est un procédé qui ne se recommandera jamais de lui-même à l'adjuiration des familles. Vous savez maintenant que cette histoire n'est pas la mienne. On vous a raconté comment les choses se sont passées. Ce n'est pas à vous que j'apprendrai qu'il y a de certaines paroles après lesquelles on n'est plus maître de choisir ce qu'on fera. Une de ces paroles m'a été dite. Je ne serais pas votre neveu si je l'avais tolérée. J'ai fait ce que j'ai pu pour ma cousine en étant blessé ; je ne lui en demande pas de reconnaissance parce que ce n'a pas été tout cà fait volontairement, mais enfin elle ne peut pas m'en vouloir de ce que son futur m'a d'abord insulté et ensuite pourfendu. Pour ma part, je pardonne pleinement à ma cousine, et je viens le lui prouver. On prétend que monsieur Berteau se retire. Quand, il y a six mois, je vous ai dit que mon rêve serait de devenir mieux que
votre neveu, vous m'avez objecté monsieur Berteau. L'objection se retirant...
Est-ce que, par hasard, vous me demanderiez la main de ma fdle?
ARMAND
Mais, mon oncle...
LE COLONEL
Je n'étais pas descendu jusque-là! Je n'avais vu qu'une vengeance, c'était un calcul! Et vous avez pu vous figurer que je donnerais ma fille à un faussaire?
ARMAND
A un faussaire?
LE COLONEL
Oserais-tu me dire, à moi, que la lettre est d'elle?
ARMAND
Quelle lettre?
LE COLONEL
Celle que vous avez eu le courage de remettre à monsieur Berteau.
ARMAND
J'ai remis une lettre à monsieur Berteau!
LE COLONEL
Ou fait remettre, qu'importe? Ici. Ce matin.
ARMAND
Ce matin? (a part.) Ah! la lettre d'hier.