SCENE II
THÉOPHILE, entrant rapidement, JOSÉ- PHINE.
JOSÉPHINE. Qui vient là.’.., est-il possible!... monsieur Théophile dans cette maison!..
THÉOPHILE, d’un ton ré’o/u. Oui, mant-
icllejj’ai quitté le faubourg Saint-Antoine, j’ai quitté ma boutique, mon état de tourneur-ébéniste.
Joséphine. Et pourquoi?..
Théophile. Pour vous voir... je ne peux pas y tenir.
Air de Paris au village .
Aussi j’arrive; me voici...
JOtBMME.
Ab ç à ! vous perdez doue la tétc ?
LE MiOZSIM TI1ÉATRAL.
Quoi ! vous présenter un mardi !..
Hais ce n'est pas un jour de fète.
TUBOPBILt.
C'est plus fort aue moi ; chaque jour Il Tant que ma flamme s'épanche;
Est-ce ma faut' si mort amour Ne peut pâs attendre au dimanche?
C’est trop loin... et encore le dimanche...
on ne vous voit pas. . . Est-ce que vous êtes venue hier?... est-ce que je ne vous ai pas attendue toute la soirée au Colysée?
Joséphine. Est-ce que je le pouvais?...
le petit n’a fait que crier... je n’ai pas pu le quitter...
Théophile. Le petit !. . le petit.. . qu estce que ça me fait, le petit:... est-ce que vous croyez que je me laisserais mener par lui... non, morbleu!...
JOSÉPHINE. Taisez- vous donc!..
THÉOPHILE, élevant la voir. S’il ne s’agit que décrier... je crierai... plus haut que lui... je ne le crains pas...
JOSÉPHINE. Y pensez-vous?...
THÉOPHILE. Que voulez-vous, Joséphine?... c’est plus fort que moi !... vous, qui êtes froide et indifférente, vous ne savez pas ce que c’est que la passion dans la tête d’une jeunesse et dans le coeur d’un ouvrier ébéniste... La pasion, voyez-vous, c’est un sentiment qui fait qu’on est U , dans sa boutique, comme un ahuri...
sans savoir si on tient un bras de fauteuil ou un col de cygne... on croit qu’on travaille, et on ne travaille pas... et on se dit : Cette petite Joséphine , que je connais depuis si long-temps... avec qui j’ai été élevé au pays... qui est femme de chambre chez un agent de change de la Chaussée-d’Antin... et qui a peut-être une dizaine d’amoureux qui tournent autour d’elle, tandis que je tourne ici des pieds de table ou des secrétaires à colonnes... A cette idée-li, le cœur vous bat... le sang vous monte à la tète... la main se dérange, et on brise les meubles...
JOSÉPHINE, lin joli bénéfice.
THEOPHILE. Aussi , le samedi , mon maître ne me donne jamais rien; mais, en revanche, et toute la semaine, il me donne des coups...
JOSÉPHINE. Mon pauvre Théophile...
THÉOPHILE. Est-ce que je les sens?., je pense à vous... ça m’empêche de les lui rendre... | Mais... un jour que je n’y penserai pas... je le tuerai... c’est sur!... j’en suis capable...
JOSÉPHINE. Ah! mon Dieu!...
THÉOPHILE. C’est pour éviter .ce désagrément-là que je veux quitter mon état.
Joséphine. Quelle folie!..
Théophile. 11 ne vaut plus rien,.. l’é-
béniste moderne est enfoncé... ce qu’oü demande à présent.... c’est des buffets moycn-àge et des lits Pompadour.
JOSÉPHINE. C’est du nouveau...
Théophile. C’est du vieux !... les lits Pompadouis surtout, je n’sais pas te qu’on en a fait, il n’y a pas de meubles usés comme ceux-là... Aussi , j’y suis décidé...
je donne nia démission , et je fais comme vous, mainzelle... j’entre en maison.
Joséphine. Sacrifier votre liberté...
Théophile. Tiens, ma liberté... qui m’oblige à mourir de faim... et à recevoir des coups!., qui est-ce qui en veut?
je la donne... pour des bons çages. .. des bons dîners, et une place auprès de vous.
JOSÉrniNE. Auprès de moi?
Théophile Certainement... il faut que vous me fassiez nommer ici garçon de caisse... valet de chambre... chasseur...
si vous voulez... vous m’avez dit que madame avait renvoyé le sien... Un chasseur qui a un plumet... et une épée... c’est si beau!... si séduisant!... ça vous séduirait, j’en suis sur.
Am : Vaudeville de Fauchon.
L'air altier ,
L'épaulette,
Le plumet, l'aiguillette...
C’est presoue un officier...
Officier tliil liminaire ,
Qui, pour la prudence cité*
Reste toujours en arrière Une épée au côte.
Prenan l la position iT un valet derrière une voiture.
Joséphine. Oui, sans doute... ce sciait une belle place... mais pas dans cet hôtel.
THÉOPHILE. Et pourquoi donc ?
Joséphine. Monsieur ne voudra jamais de vous, Théophile...
Théophile. Itneme connaît pas... vous m’avez toujours défendu de venir ici.
JOSÉPHINE. Pour de bonnes raisons...
TiiÉoruiLE Et lesquelles ?.. je suis bon à voir... je suis gentil... j’ai bonne tournure...
JOSÉPHINE Que trop...
TUÉorniLE. Est-ce que c’est un tort?
JOSÉpniNE. Quelquefois...
Théophile. Qu'est-ce que cela signifie?
JOSÉpniNE. Je ne peux vous le dire...
mais, dans mon intérêt, et peut-être aussi dans le vôtre, ne cherchez pas à entrer dans cette maison... il y a déjà même trop long-temps que vous y êtes... et si vous m’aimez, Théophile...
Théophile. Si je vous aime!...
Joséphine. Vous vous en ire» tout de suite...
Théophile. M’en aller... prenez garde, Joséphine... il y a là-dessous quelque manigance que je découvrirai... vous ne me
LE rlU h'rn MWt bE Chance.'
connaissez pas... VOUS ne savez pas ce que « c’est que le faubourg Saint-Antoine....
quand il est amoureux... je suis Capable de m installer id... malgré vous... et malgré vos maiires... j’en trouverai lesmoyens.
Joséphine. Si vous l’osiez...
Théophile. Certainemeutquej’oacrai...
i oserai tout... parce que pour l’audace et 1 imaginative... je suis là, et quand une fois la tète n’y est plus... qu'est-ce qu’on risque ?..
Joséphine. Et les dangers?., THÉOPHILE. Ca m’est égal...
joséphile. Et mou honneur?..
Théophile. Ça lue regarde... puisque je vous épouse!..,
JOSÉPHINE. Si je veux...
tii lophile. Vous le voudrez... ou je me jette par la fenêtre 1...
Joséphine. A-t-on jamais vu?... ah!
mon Jheu| ion vient... Sortez, monsieur.
T H 1.01*11 1 J. K Je nu sors pas que vous ne m ayez répondu... appuyant . la porte ou la fenêtre. .. choisissez!,.
JOSEPniNB. Mais c'est aiïreux... d’imposer ainsi aux gens...
Théophile L imposition des portes et fenêtres... choisissez.
Joséphine, Eh bien! la porte.
Théophile. Je H-spire...
(U va pour sortir par le fond.) JOSÉPHINE, l'arrêtant. Pas celle-là!...
vous seriez vu par les gens de l’office... [lui montrant la geuche) mais par ici, un escalier dérobé... qui conduit dans la rue faitbout.
Théophile, Où j’ai nia tante qui est portière... la maison à côté... je m’installe chez elle...
JOSÉPHINE , i/ui a pusse pré# ris /a porte à fauche. Mais pttrtesdonc!...(«egvrdW) Ce n est plut possible. •«» voilà monsieur qui monte par U... qu'il ne vous aperçoive pas. (el/eça au fond) et Germain, qui est dans 1 anti-chambre... où vous cacher?..
Théophile. Où vous voudrez.,, ça m’eat égal. . . Ce berceau ?. ,
Joséphine , arec coàfn. Le berceau du petit..,
TUEOPniLË , montrant une tulle à gauche.
Là... sous cette table...
Joséphine. Impossible...
Théophile, s'y mettant. M’y voilà!...
une table d’acajou!., je suis ici chez moi*.
Joséphine , baissant le tapis de ta table. .
Taisez-vous donc...
(Elle l'anied prêt de la tableet brode.)
* L’acteur ert cerné sou U table , mai, ml par unelraupe, ce qui lui donne rlu» de temp» pour > habiller et reparaître en femme h la aeèns ly.