‹ Le fils d'un agent de change comedievaudeville en un acteChapitre 23 sur 24 · SCÈNE XVII · texte numérisé non relu

SCÈNE XVII

THÉOPHILE, DALOGNY, HORTENSE;

DUMONT, à la table et rangeant.

DALOGNY. C’est une seconde lettre de notre fermier Gcrvault... que vous connaissez...

THÉOPHILE. Certainement, un si brave homme! ...

DUMONT. Un gros gaillard...

THÉOPHILE. Si frais... et si bien portant...

DALOGNY. Il n’en ditpas autant de vous, madame Mitonneau...

THÉOPHILE. Comment ça?..

DALOGNY, lisant. « Monsieur, j'ai mis » hier la main à la plume pour avoir ce- » lui de vous apprendre que la nourrice ■ que j'avais retenue pour votre enfant « était très-malade...

hortense. N oui le savions.

DALOGNY, lisant. « Je vous écris de nou- » veau, de peur de vous faire attendre, vu h que ce malin cette pauvre M“* Milon- » neau est morte. »

tous. Elle est morte!...

THÉOPHILE, o part. Quelle maladresse à elle!

DUMONT, effrayé. Vous êtes morte de ce matin !

Théophile. Dieu! que ce garçon-là est

bête!

■ dalogny. C’est possible. . . Mais que di-

tes-vous de cela, madame Mitonneau ?

Théophile, troublé. Je dis, monsieur, que nous sommes tous mortels. . . et que ça aurait pu certainement m’arriver. Je vous le dirais d'abord... mais l’accueil que j’ai reçu de monsieur et de madame m’empêche de feindre plus long-temps... et puisqu’il faut tout vous avouer , la vérité est que je ne suis pas morte.

dalogny. La belle avance!., mais qui ’ êtes vous?

hortense. Comment êtes-vous venue ici?

THÉOPHILE. Par adresse, j en conviens ; parce que, moi, je ne sais pas mentir... et vous l'avez vu tout-à-l'heure, quand vous m’avez parlé de ruse et de déguisement, ça m’a toute renversée; mais le désir d'entrer dans une si bonne maison, avec de si bons maîtres dont j’avais entendu parler depuis si long-temps...

HORTENSE. Et par qui?

Théophile. Par... par Joséphine, votre femme-de-chambre, et ma parente.

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a dalogny. C'est votre parente?

Théophile. C’est ma propre sœur, rien que cela... sœur de mère.

dalogny. Est-il possible?

THÉOPHILE. Je suisdu premier lit; nous sommes Bout'guignottes toutes les deux; j'ai épousé uu vigneron... qui ne fait rien, qu’un eufant tous les ans... aussi ma sœur m'écrivait souvent... :Situ pouvais entrer nourrice cites madame... toi, qui as un sijbcau lait... c'est vrai... je l’ai superbe ! et voilà comment il m’est venu l’idée de me présenter...

DALOÇrNY. Et Joséphine était du complot?

Théophile. Elle nu voulait pas d’abord, c’est la vérité... je suis venue malgré elle.

DALOGNY. Ce qui ne l’a pas empêchée de bien jouer son rôle... Fiex-vousdouc après cela à ces petites filles et à leur innocence.

Théophile. Pour ce qui est de ça... je sais que monsieur y porte intérêt... et je peux en repondre comme de la mienne...

car enfin , qu’on vienne de Poissy ou d’Auxerre, ça ne fait rien à la vertu, à la fidélité... il y en a dans tous les départetuens... et madame sait bien quel est mon dévouement, et ce que je lui ai dit à ce sujet.

hortf.nse, vivement. Certainement, certainement... et je ne vois de blâmable làdedans que le mystère.

Théophile. 11 n’y en a plus. ,

dalogny. Sans doute : mais Joséphine n’en est pas moins coupable, et c’est avec elle que je veux avoir une explication.

fil va pour sortir. )

TüOBPUILE. « le retenant. Eli bien ! non ; je vous en prie ; laisscz-inoi la prévenir, parce que, voyec-vous, cette enfant, la surprise, le saisissement. . . je la connais, elle en ferait une maladie... moi- même qui vous parle, j’en suis tout émue.

DALOGNY. Soyer tranquille, j’aurai des ménagemens ; d'ailleurs, je lui dirai cela sans témoins... en tète-à-tete.

THÉOPHILE, à part. Ah 1 mon Dieu !

comment le retenir? {fiant.) Monsieur, je vous en prie. {A part.) Une scène... il n y a pas d'autre moyen. {Haut.) Je vous réponds que je ne me sens pas bien ; toutes les émotions que j’ai eues aujourd’hui... un éblouissement... le lait qui me monte à la tête... soutenez-moi, je vous en prie.

(Il tombe dan. ici lirai de Dalogny.)

dalogny. Eh bien ! elle se trouve mal., et dans mes bras encore... Dumont, viens donc à mon secours.

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