‹ Le fils de Cromwell;Chapitre 23 sur 62 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LAMBERT, reconduisant Hélène, reste au fond du théâtre et la suit des yeux quelque temps après qu'elle a disparu ; RICHARD et LADY RÉGINE sur le devant du théâtre. *

LADY RÉGINE, gaiment a Richard.

Comment, M. Clarck, c'est vous qui êtes son confident... Et elle aime Monck!

RICHARD

Oui, milady!... Vous en êtes indignée!...

LADY RÉGINE

J'en suis ravie I .. (Montrant Lambert.) Quel est cet homme?

RICHARD

Mon meilleur ami.

LADY RÉGINE

Celte nouvelle, au contraire, peut admirablement servir nos projets. (A demi-voix.) Et si je vous les ai cachés jusqu'ici, à vous, mon ami, qui n'avez pas craint de vous exposer pour moi, c'est que je voulais bien compromettre mes jours, mais non pas les vôtres. Depuis la mort de Cromwell, plus de dangers; tout se prépare pour le retour des Sluarls... Et quand vous saurez...

RICHARD, vivement.

Je ne veux rien savoir; je ne veux que vous soustraire à des périls...

LADY RÉGINE, vivement.

Que je braverai ! car ce n'est pas pour moi seule

que j'ai de l'ambition et de l'audace... Je veux

réussir pour vous arracher a votre retraite, pour

vous donner un sort et un rang dignes de vous !

RICHARD, élevant la voix.

Et vous avez pu croire que j'accepterais?...

LADY RÉGINE, avec force.

Oui, parce qu'en ce moment l'indifférence ou le repos n'est plus permis, parce qu'au jour du danger, tout Anglais doit se lever, choisir un parti et combattre pour son opinion ! (Montrant Lambert.) Je m'en rapporte a votre ami.

LAMBERT, qui, depuis quelque temps, a redescendu le théâtre.

Milady a raison : quand les partis sont en présence, qui reste neutre est un traître ! LADY RÉGINE.

Qui reste à l'écart est un lâche 1

LAMBERT

Prêt à se ranger du côlé de la victoire !...

LADY REGINE.

Et vous ne le voudrez pas ! parce qu'il y a quelque chose encore au dessus du bonheur même... c'est l'honneur 1

Oui, vous dites vrai tous deux... Oui, quel que soit le sentiment qui vous anime, les rêves que j'avais formés ne sont plus possibles... il y faut renoncer etreporler vers un but glorieux mes illusions détruites!... N'importe dans quel raug et sous quelle bannière, on peut toujours servir son pays... et je consacre au mien mon repos et mes jours...

LADY RÉGINE

A la bonne heure !

RICHARD

Je vous demande seulement... je vous supplie de renoncer à vos desseins; car c'est par moi, non par vous, milady, que je veux m 'élever. Si le sort m'est contraire, vous ne me reverrez pas, et mon amitié, non plus, ne vous aura pas compromise ; s'il m'est favorable, je reviendrai et n'oublierai jamais ce que vous vouliez faire pour M. Clarck... car je puis être malheureux, mais jamais ingrat!... Adieu, milady! (A Lambert.) Viens... je suis à toi.

(Il sort avec Lambert par la porte du foud.)

LADY RÉGINE, seule.

Et je ne conspirerais pas pour lui!... si noble... si généreux... Non, non, il a beau dire et me le défendre... il est pauvre, je le ferai riche... il est obscur, je le ferai illustre ; et mon amour le servira malgré lui... Tout nous seconde, d'ailleurs... tout se déclare pour nous. (Regardant sur la table à gauche les lettres qu'elle a apportées au commencement de la scène.) De la duchesse Hamilton... de la comtesse de Landerdale. (S'arrclant.) Ah ! mon Dieu !.. (Lisant.) « Tout va mal, chère lady; ne hàlez pas s l'arrivée du roi ; Monck, que l'on croyait pour » nous, a refusé de recevoir son propre frère, » Nicolas Monck, lecbapelain, chargé par nous de. » le pressentir à ce sujet!... De plus, il vient d'é- » crire et de signer, dans les papiers publics , » une lettre, où il déclare que lesStuarts et l'an- » cienne monarchie sont désormais impossibles; » enfin, et je puis vous garantir l'authenticité » du fait, dernièrement, dans la ville d'York, le » général a donné un soufflet a un officier qui » l'accusait de méditer le retour de Charles II... » (Se laissant tomber dans un fauteuil.) Adieu ! toutes nos espérances !

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