HÉLÈNE, RICHARD, LAMBERT
RICHARD
Vous avez raison, lady Hélène, de grands malheurs me menaçaient. (Montrant Lambert.) Voici un ami qui m'apporte de fatales nouvelles. J'ai plus que jamais besoin de votre amitié... J'ai perdu mon père...
HÉLÈNE, lui tendant la main.
Ah ! monsieur !
RICHARD
Quoique , depuis trois mois, banni de ses yeux, j'étais toujours présent à son cœur; et à son dernier moment, c'est moi qu'il a désigné pour seul héritier d'une fortune^ qui lui avait coûté bien cher!
HÉLÈNE , avec émotion.
Personne ne la mérite mieux que vous; personne n'en fera un meilleur usage... j'en suis sûre.
RICHARD
Vous pourriez vous tromper... J'apprécie peu les biens qui ne flattent que l'ambition ou la vanité. Il en est d'autres plus réels en qui je place mon bonheur; une main amie sur laquelle la mienne s'appuie en tout temps; un cœur sincère et dévoué qui existe de ma vie et soit heureux de mon sort quel qu'il soit, un amour auquel la fortune n'ajoute rien et que le malheur seul puisse accroître... voilà les biens que j'envie, les rêves que j'avaistformés en vous voyant et qu'un mot vient presque de détruire.
HÉLÈNE
Comment cela ?
RICHARD
Lord Penruddock, voire oncle, nous a assuré ce matin que vous aimiez le général Monck. HÉLÈNE.
Moi;!...
RICHARD
Est-ce la vérité... Parlez?
LAMBERT, montrant Richard.
Le bonheur et l'existence d'un ami en dépendent.
RICHARD
Est-il vrai que vous aimiez Monck?
HÉLÈNE, détournant la tête.
C'est vrai ! (Apercevant lady Régine qui vient d'en-
trer par la porte du fond et qui a entendu ces dernier» mots.) Ma cousine!... (A part.) Ah! elle fait bien de venir... Je n'aurais pas le courage de le tromper plus long-temps.