‹ Le fils de Cromwell;Chapitre 35 sur 62 · ACTE III, SCENE III · texte numérisé non relu

ACTE III, SCENE III

roi qui vous abandonne tout son pouvoir, ne vous demande en échange qu'un peu d'empire sur votre cœur.

Eli I mais... si cela n'était pas possible... si, dans l'intérêt même de votre majesté, ce cœur était déjà donné... ou promis...

CHARLES

Je sais... je sais!... La marquise de Trelawnay me racontait hier que par dévoûment pour moi vous aviez engagé votre main, en cas de succès, a lord Penmddock, un de nos conjurés, en qui cet espoir a allumé uu zèle si ardent et si obstiné , qu'il n'y a pas moyen de le réduire au silence ou au repos... Et nous préserve le ciel de contester les droits d'un aussi fidèle sujet. S'il vous épouse, milady, nous l'accablerons de places et d'honneurs, nous aurons pour lui une estime et une considération toute particulière...

LADY RÉGINE

Votre majesté est bien généreuse... et si déjà pour user de mon crédit... je lui demandais des titres, des honneurs... une place importante auprès d'elle?

CHARLES

Pour Penruddock ?

LADY RÉGINE

Peut-être !... je ne dis pas pour qui ? et je voudrais même qu'on ne me le demandât pas... double faveur... dont je serais doublement reconnaissante.

CHARLES

Il me serait alors difficile de refuser une demande qui donnerait un tel espoir; mais les souverains rencontrent tant d'ingrats, la reconnaissance devient tous les jours une vertu si difficile et si rare, que la royauté aurait bien quelques droits d'exiger des garanties.

Quoi, sire !... votre majesté pourrait supposer...

CHARLES, lui prenant la main.

Je vous demande à vous, mon conseil, si ce ne serait pas plus prudent...

LADY RÉGINE

Silence 1

CHARLES

Qui vient là?

LADY RÉGINE

Sans doute! c'est Monck... et l'affaire dont il vient nous entretenir est d'une importance... CHARLES, galamment.

Moins grande, à mes yeux, que celle qu'il vient d'interrompre.

CHARLES , LADY RÉGINE , M ONCK , qui salue froidement lady Régine et Charles.

LADY REGINE , après un instant de silence et voyant que personne ne parle.

Chacun de nous a été exact au rendez-vous. (A Monck, lui montrant Charles.) Voici cet ami dont je vous parlais hier... cet ami , de ma famille qui me rappelait tout à l'heure encore que vous aviez été autrefois l'ami de la sienne... que, mojor-général de la brigade Irlandaise, vous aviez combattu pour Charles I", au siège de Nautwicb; que pour lui vous aviez pendant deux ans gémi prisonnier dans la Tour de Londres...

MONCK

Quoi ! milady...

Le reste... il l'a oublié... il n'a de mémoire que pour les services rendus...

CHARLES

Oui, M. Monck...

LADY RÉGINE

Et la preuve... c'est que sa majesté, à qui je parlais des fonctions de grand connétable... CHARLES.

Y ajoute le litre de duc d'Albermarle et le gouvernement du Middlesex.

MONCK

Ah! sire!

CHARLES , passant près de Monck.

Je vous donne plus encore... ma confiance tout entière, car je viens me livrer entre vos mains, vous remettre ma destinée et celle de la monarchie.

MONCK

Dont nous avons si souvent désiré le retour !

CHARLES

Et pourquoi donc alors ne pas me le faire savoir ?

MONCK

Du vivant de Cromwel , c'eût été tout perdre... le moindre soupçon m'ôtait les moyens de vous servir... et maintenant encore, si quelque danger vous menaçait, je ne pourrais vous sauver qu'en continuant à paraître d'un autre parti que le vôtre. CHARLES.

Je comprends... ce sera encore une nouvelle preuve de fidélité, et dès que je sais que je puis compter sur vous...

Je ne vous ferai pas de sermeus , sire.

CHARLES

Et vous aurez raison. ( A lady Régine qui lui approche un fauteuil.) Ah ! milady, pardon... (Il s'asseoit. Les acteurs sont dans l'ordre suivant ;

Régine, debout; Charles, assis; Monck, debout.)

MONCK

Je réponds des officiers de mon armée... ils ne raisonnent pas, ils obéissent, et me suivront où je les mènerai...

LADY RÉGINE

Quant au parlement...

MONCK

Il paraît qu'il sera pour rien cette année... je puis compter sur vingt-deux voix qu'on m'a offertes.

LADY RÉGINE

Et nous aussi!

CHAULES.

Cela fait quarante-quatre.

MONCK

Celles d'Ephraïm Kelseen.

Ce sont les mêmes...

CHARLES

Cela ne fait plus que vingt-deux 1

MONCK

D'autres suivront... Reste donc le parti républicain qu'il faudrait gagner...

CHARLES

Ce sera difficile !

RÉGINE

Moins que vous ne croyez, et si votre majesté veut bien m'écouter...

CHARLES

Toujours milady?

RÉGINE

Depuis long-temps... (Montrant Monck) le général lui-même l'ignorait, plusieurs officiers républicains, mécoutens de Cromwel, avaient formé contre lui une association secrète!... la duchesse d'Hamillon connaissait leur projet par le colonel Pride, qui lui fait une cour assidue.

Charles, galment.

Vraiment!... La duchesse d'Hamillon est, diton, une fort belle personne... Est-elle brune ou blonde?

RÉGINE, avec impatience.

Elle est... elle est... fort dévouée à votre majesté, c'est le principal ! Or donc, ces officiers , dont le but est d'établir un gouvernement militaire, voulaient renverser Cromwel, et la conspiration qui allait éclater conlre lui se trouve tout organisée contre son fils; de plus, comme il y a tout avantage à frapper promplement, c'est demain qu'ils veulent se défaire de Richard, ou du moins l'enlever, et pour les mesures définitives, une réunion doit avoir lieu à cinq milles de Londres et sous le prétexte d'un repas de corps, à la taverne de l'Ours-Noir... La duchesse, qui le sail, doit s'y arrêter par hasard en allant à son château et je dois demain la rejoindre pour tâcher de faire tourner au profit de votre majesté des projets commencés dans un autre but... Si nous

signal!..

Qu'e:

Qii'o

réussissons, nos amis, qui setiennnent prêts, se réuniront aux officiers... et le complot éclatera demain , dès l'arrivée du roi, à Londres... C'est le Qu'en dit votre majesté ?...

CHARLES

dit le général ?

MONCK

peut toujours se servir des officiers pour Richard... et après... on verra !

CHARLES

Très bien !... nous verrons... (Se levant.) Ainsi voilà;, tout réglé !...

MONCK

Non pas... et pour le passé... que ferons-nous?

CHARLES, se rasseyant.

Amuistie générale... et complète.

Et Lambert?..

CHARLES, gàiment.

Ah! Lambert... qui commandait la cavalerie à Worcesler, et contre lequel nous nous sommes battus toute la journée... un enragé presbytérien...

MONCK

C'est ce que je pense...

CHARLES

Un démon incarné !

MONCK

Il n'est que trop vrai...

CHARLES

Que je reverrai avec plaisir. . j'en aurai à lui serrer la main!

LADY RECINE ,

Non ! sire.

appuya

CHARLES

Si, pardieu!.. Qu'est-ce que nous pourrions lui donner?., le commandement général de la cavalerie; il s'y entend!..

MONCK, avec dépit.

Vous croyez ?

CHARLES

J'en suis sûr... (Se levant.) car il nous poursuivait ventre à terre et avec une ardeur... qui m'a fait cent fois le donner à tous les diables... MONCK, froidement.

C'est sur ce point... et sur d'autres non moins importans qu'il serait peut-être utile d'avoir quelques instansdediscussion particulière.

LADY RÉGINE, rangeant le fauteuil qu'elle avait apporté au roi.

J'entends, et me retire... Ou plutôt, vous serez mieux , et plus seuls encore , dans ma bibliothèque. (Elle montre la première porte à droite.) MONCK.

Et personne n'entrera ici.

LADY RÉGINE

Personne !

MOXCK.

Excepté Ephraïm Kilsecn... (Bas à Régine.)

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