‹ Le fils de Cromwell;Chapitre 34 sur 62 · ACTE 111, SCENE II · texte numérisé non relu

ACTE 111, SCENE II

LADY REGINE.

Vous leur direz l'importante affaire qui me relient ici... Mais demain j'irai les rejoindre. PENRUDDOCK.

Très bien... très bien... Voilà une mission diplomatique.

LADY RÉGINE

J'y ajouterai celle de déterminer en route Hélène à nous obéir... Hâtez-vous? partez... PENRUDDOCK.

Et le roi qui va venir !.. et à qui j'aurais voulu rappeler mon gouvernement du Devonsbire et du Middlesex.

LADY RÉGINE

Je recevrai Sa Majesté.

PENRUDDOCK

Justement !.. c'est là ce qui m'inquiète... Cbarles Smart est jeune, aimable et galant... La nuit, eu tête-à-tête dans ce château avec une jolie femme...

LADY RÉGINE

Quoi! milord, vous pourriez craindre?...

Quand on aime... on craint tout...

LADY RÉGINE

Jaloux... jaloux de voire roi !

LORD PENRUDDOCK

Vous êtes si royaliste !..

LADY RÉGINE

Et vous, milord, vous ne méritez pas de l'être... si cela vous effraie.

LORD PENRUDDOCK

Mais cepeudant... (Ou frappe à la porte ù gauche.)

LADY RÉGINE

On a frappé!.. C'est lui... Partez ou je relire toutes mes promesses...

LORD PENRUDDOCK

Je m'en vais!., je m'en vais!.. J'obéis à mes deux souverains !.. (Il sort par le fond )

LADY" RÉGINE , allant ouvrir la seconde porte S droite; CHARLES STUART, habillé fort simplement, enveloppé d'i

LADY RÉGIME, tombant aux genoux du roi. Sire!., sire!..

CHARLES

Y pensez-vous, milady... à mes genoux !.. à moi pauvre prétendant qui ne suis rien encore... (La relevant.) C'est à ceux qui régnent., c'est à vous que l'on doit parler ainsi!..

Ce manteau que l'orage a percé... (Elle lui ôtc ou manteau.) Arriver par une pluie battante!..

CHARLES

Un temps de bonne fortune... un temps qui ne m'a pas trompé, puisque me voilà chez vous... (Réginehii approche un fauteuil sur lequel il s'étend.) Ah 1 l'on est mieux ici qu'au milieu des lorrens et des ravins... ou sur les branches du chêne royal!..

LADY RÉGINE

Ce qu'on nous a raconté est donc vrai !..

CHARLES

Oui, de tousles souvenirs de la bataille de Worcester, c'est le moins agréable... Pendant vingtquatre heures caché sous ce large feuillage et voir passer au dessous de moi ces infâmes têtes rondes .. ces enragés presbytériens qui me cherchaient et s'arrêtaient souvent sous mon chêne, seul domaine qui me restât pour manger et boire aux yeux de leur souverain qui tombait de besoin, et qui, dans ce moment, aurait troqué tous ses droits à la couronne contre un verre de porter.

LADY RÉGINE

Votre majesté plaisante!

CHARLES > riant.

Non milady, c'est si peu de chose qu'une royauté à jeun ! Je vous jure que ce jour-là je n'aspirais qu'à descendre !

LADYJRÉGINE.

Je ne crois pas, en effet, que dans votre vie si agitée, il y ait eu une époque plus terrible. CHARLES, se levant du fauteuil.

Si, ma première expédition en Ecosse.

LADY RÉGINE

Après la mort de ce brave Moutrose, tué pour vous ?

CHARLES

Oui ! Lorsque pour être reconnu roi, il me fallait assister tous les matins au prêche, et aux sermons des puritains... C'était payer trop cher un trône! celui d'Ecosse ne valait pas cela... un pays affreux... des repas mystiques où l'on priait au lieu de dîner... un jeûne perpétuel... et pas de jolies femmes, du moins elles se cachaient ! Les psaumes et les figures presbytériennes les faisaient fuir! Tandis qu'ici, en Angleterre... quelle différence I Depuis quinze jours que j'ai débarqué à Bristol, je n'ai vu que des femmes charmantes et dévouées!... Toute ma fidèle noblesse qui s'espaçait pour me recevoir... Il y a deux jours, chez lady Willougby de Parham ; la nuit dernière, dans le château de la marquise de Trelawney. Chaque jour une nouvelle hôlesse, et arriver ainsi d'amis en amis, jusqu'à Londres, voilà une vie aventureuse qui convient à merveille à un prince de fortune tel que moi 1

LADY RÉGINE

J'ai écrit à votre majeslé qu'elle pouvait se présenter, que les portes delà capitale lui seraient ouvertes.

CHARLES

Oui, sans doute... Cromwel n'est plus!... Morte la bête! mort le venin !...

Mais hier, la soldatesque a proclamé protecteur d'Angleterre, le fils du tyran, Richard Croimvell; émeute militaire, qui ne peut avoir de suite.

CHARLES

Et quand il faudrait tirer l'épée, cela n'en serait que mieux. Nous ne nous sommes pas déjà si mal montrés à Worcesler, où avec une poignée de montagnards, nous avons soutenu l'effort de Lambert et de toute sa cavalerie... Et jugez donc milady si nous pouvions faire notre entrée à Londres, blessé et le bras en écharpe... quel effet cela produirait!

LADY RÉGINE

Sur vos sujets?...

CHARLES

Et surtout sur les dames, qui seraient à leurs balcons... Nous tenons un peu de Henri IV de France... le père de ma mère, qui conquit Paris et son royaume en payant de sa personne; nous avons les mêmes goûts que lui... pour les coups d'épée.

LADY RÉGINE, souriant.

Et d'autres goûts encore !

CHARLES, avec ardeur.

C'est vrai!... (Souriant.) Et je me rappelle que dans ma fuite, lorsque Cromwell et la mort me menaçaient à Boscobel, cette jeune fermière... et à Woodstook, la gentille Alice... Que voulez-vous, milady, c'est plus fort que moi ; il s'agirait de ma couronne ou de mes jours, que je ne pourrais résister au pouvoir de deux beaux yeux.

Votre majesté me permettra alors... quoique je connaisse son antipathie pour les sermons, de lui prêcher la sagesse.

CHARLES

Vous le pouvez! j'écouterai... et ne regarderai pas !... Vous dites donc, milady?

LADY RÉGINE

Que dans ce château vous allez vous trouver avec Monck, le général le plus influent...

CHARLES

Oui, vous m'avez écrit cela; Monck le parlementaire qui m'est tout dévoué.

LADY RÉGINE

Pas encore !... et il faut au contraire le gagner; j'ai déjà commencé...

CHARLES

Eh bienl nous le gagnerons I Ça n'est pas difficile, ils seront trop heureux de revoir leur sou-

LADY RÉGINE

Et pour cela, sire, j'ai fait à Monck des promesses...

CHARLES, sans l'écouter.

Que je tiendrai... c'est convenu... Quelle est

cette jeune et jolie personne que j'ai entrevue tout

à l'heure dans cette salle basse, en habit de

voyage?

LADY RÉCINE.

Lady Hélène Newport, ma cousine, qui va retourner à Londres.

CHARLES

C'est donc ça... un air de famille... de ces airs qui me plaisent et me charment... Je l'ai trouvée ravissante.

LADY RÉGINE

Il ne le faut pas!.. Gardez-vous-en bien; tout serait perdu.

CHARLES

Et pourquoi ?

LADY RÉGINE

C'est la prétendue, c'est la fiancée de Monck, et c'est par l'espoir d'un mariage avec elle, que nous arriverons à le séduire.

CHARLES

Ah! ce Monck doit l'épouser... Savez-vous qu'il

est trop heureux, que c'est trop beau pour un

damné presbytérien tel que lui.

LADY RÉGINE

Dont vous avez besoin, et que vous accablerez pour cela de caresses, de pouvoir et d'honneurs.

CHARLES

C'est dit.

Quant à ses rivaux, Lambert, Fletwood que vous devez gagner, mais séparément, car il y a jalousie entre eux... il vous faudrait...

CHARLES, étourdîment.

Pardieu! de l'or, des litres, des rubans... J'en ai fait provision.

LADY RÉGINE

Cela ne suffira pas... Il faudrait que chacun d'eux se crût le premier dans l'estime et dans les bonnes grâces de votre majesté, tout en accordant réellement votre confiance au seul Monck, quiest le plus redoutable et surtout le plus adroit.

CHARLES

Oui, oui... Ce que nous saurons le mieux, c'est de choisir nos ministres... vous d'abord ! LADY RÉGINE.

Moi! sire?

CHARLES

J'ai pu quelquefois me laisser séduire par la beauté seule ; mais lorsqu'aux traits les plus gracieux, se trouvent réunis l'esprit, la finesse et la raison, ce qu'on a de mieux ù faire, c'est, non pas de commander, mais de se soumettre; c'est en vous seule que j'ai confiance aujourd'hui comme toujours; vous serez mon amie et mon conseil... sans être reine, vous régnerez ; vos ordres pour être secrets, n'en seront que plus absolus, et le

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