‹ Le fils de l'homme; souvenirs de 1824Chapitre 2 sur 14 · SCENE PREMIERE · texte numérisé non relu

SCENE PREMIERE

MINA, seule au lever du rideau / elle est assise sur le premier plan à droite du spectateur, et chante le refrain d'une tyrolienne , en s' accompagnant d'une guitare.

Allons , je commence à chanter passablement ma tyrolienne , et j'espère que mon professeur sera content de moi. Comment ne ferais-je pas des progrès avec M. Georges? c'est un si bon maître!.. Oui ; mais si mon père savait qu'il n'est pas Allemand... qu'il est Français! Un Français dans ce château, où il est défendu de prononcer seulement le nom de la France !.. aussi, s'il n'avait pas employé de stratagème, il n'aurait jamais eu accès auprès de moi ; je ne l'aurais pas connu, et je sens maintenant que c'aurait été dommage...

portent des caisses

S€ENE II.

MINA, WERNER, Domestiques, Ils d'arbustes et de fleurs.

WERKER.

Par ici , vous autres ; posez ces caisses-là... ces fleurs dans l'oratoire ,. vous allumerez aussi les cierges. M. l'abbé Zambini a recommandé qu'à son arrivée tout fût prêt pour célébrer l'office du soir.

Ah! moji Dieu , mon père, pour qui donc tous ces préparatifs ?

WERNER

Ah I c'est toi , ma fdle. . Eh bien

tu n^ sais pas «mcore la

nouvelle?.. Il vient de m'arriver un exprès de Vienne, pour m'annoncer que le jeune duc allait venir passer la semaine elc Pâques dans ce château, afin de se préparer par la retraite à remplir ses devoirs de chrétien.

MINA

C'est vrai ! il y a ua an , à pareille époque , il a déjà fait un

séjour ici. Pauvre enfant!... Je me rappelle encore son visage pâle et abattu, son air trisîe et rêveur. Si jeune, auvait-ildéjà des chagrins? Pourquoi donc ce mystère dont on l'entoure, et surtout cette défense expresse do laisser pénétrer aucun étranger jusqu'à lui?

WEKNER.

Je vous ai déjà dit, Wina, de ne jamais nie faire de questions à cet égard. Que diable, le prince a l'air rêveur, parce qu'il aime à rêver. C'est sou caractère. Je ne vois là rien d'extraordinaire.

MINA

Pourtant, je me souviens fort bien de l'avoir vu un jour, connne je vous vois , pleurer tout seul là-bas, dans l'allée d orangers !

wermeh.

Mina I finirez-vous!,. Ecoute , ma fille , ceci est plus sérieux que tu ne penses ; et je te le répète , la plus petite indiscrétion de ta part, la question la plus insignifiante suffirail pour me faire perdre ma place de conservateur de ce château.

MINA

Ecoutez donc, mon père, c'est plus fort que moi. Je ne puis m'empèclier de plaindre ce pauvre jeune homme, toujours obsédé par son chapelain et son gouverneur. ^ ous avez beau dire , la conduite qu'on tient à son égard n'est pas naturelle.

WERNER

Malheureuse enfajit! Elle a juré de me comprometre! {^ Mina.) Mais tu ne sais donc pas, imprudente jeune fille, que... enfin... Tiens, parlons d'autre chose, car lesmursont des oreilles, et je crains déjà d'en avoir trop dit.

MINA

Pourtant on dit que le jeune duc...

WERNER. 1

Encore !.. {A part.) Je vais bien faire changer la conversation. (Haut.) Ah! ça, je n'ai pas encore vu M. Cxeorges aujourd'hui... j, JT :.r /^ . •!>. MINA, vwement

Monsieur Geoffges , mon père... Mais l'heure de ma leçon n'est pas encore arrivée.

AVERNER.

Je l'aime assez, ce monsieur Georges... quoique je ne trouve pas en lui ce flegme , cette gravité tranquille qui vont si bien à un bon allemand... tantôt il est gai, éventé comme un Français; tantôt sombre et pensif comme un Anglais atteint du spleen... Quelle différence avec Spandmann , le directeur

des jardins du comte de Hombourg! Voilà un bon parti i un garçon frais et vermeil comme ses tulipes et ses œillets ! mais tu repousses ses hommages, rp.fio*^ S^^f «}?'»»' ' ^

MINA

Il ne me plaît pas.

WERNER

Tandis que monsieur Georges, au contraire... Allons, allons, mon enfant, je ne veux pas contrarier tes inclinations, et quand nous connaîti'ons sa famille, je verrai ce que j'aurai à faire ; mais en attendant, Mademoiselle, vous aurez la bonté de lui signifier qu'il ait à suspendre ses leçons et ses visites, au moins pendant liuit jours.

MINA. i

Comment, mon père!.,.

WERNER

Eh ! bien... et mes ordres donc... n'est-il pas étranger au château?., je n'aurais plus qu'à dire adieu à ma place si le gouverneur du prince le rencontrait ici... Ainsi, mon enfant, c'est convenu... Quant à moi, je vais achever les préparatifs qui me restent à faire pour recevoir dignement notre nouvel note I [A part.) Pauvre enfant!... je veux au moins lui rendre le séjour de ce vieux château le moins triste possible... (^aaf.) Au revoir, mon enfant !..

, .,, ,^i ,jt, ■ . (il sort. )••-•«' ■'--

,.. ,..,.,..,.. SCÈNE' ÎII. /""."r

MÏNA, seule.

Il en parle bien à son aise mon père... rester huit jours sans voir M. Georges... justement quand j'avais le plus besoin de lui parler... car j'ai fait la même remarque que mon père... Georges a parfois des momens de tristesse qui me feraient croire qu'il me cache un secret... Aujourd'hui même, je me proposais di; l'interroger à ce sujet... et voilà qu'il faut

Sue je reste encore huit jours sans rien savoir. .Te vous le emande... est-ce contrariant !..

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