SCÈNE V
Les MÊMES , WERNER.
WERNER
Comment 1 encore ici M. Georges ! ma fille ne vous a donc pas fait connaître les ordres?..
GEORGES
Pardonnez-moi , M. Werner... et j'allais me retirer...
WERNER
Que je ne vous en empêche pas , M. Georges ; j'en suis désolé ; mais c'est ma consigne. Ah ! mais j'y pense ; avant de partir vous pourriez me rendre un service, et si vous ne m'en voulez pas trop...
GEORGES
j.Y-pus. plai.santez , M. Werner.
WERNER
Eh bien donc î voici le fait : pour égayer un peu ce séjour, j'ai imaginé de donner une petite fête à notre jeune duc : quand je dis une fête , cela se bornera à une illumination dans le parc que le prince pourra voir d'ici , et à une sérénade qu'on exécutera sous ses fenêtres ; car la sévérité de son chapelain ne permettrait pas que d'autres plaisirs...
.,-,.. ,uï ■'. - ' • • GEORGES.
Et tin-(}aoi puis-je vous êtie utile?
"•<J 1l/i ^"' ■'- WERNER.
En tnè ?!6ftiiàht pour mes musiciens quelques jolis airs de votre composition ; ces pauvres gens ne connaissent que nos iiirs allemands du temps de Rodolphe de îlapsbourg , et notre jeune duc doit en être fatigué : si vous aviez dans votre portefeuille quelque chose de... qui... que .. enfin vous comprenez...
GEORGES, comme frappé d'une idée subite.
Quelle idée ! ]'?ii justement là ce qu'il vous/aut; un air qui , j'en suis sûr, charmera le jeune duc.
Est-ce un air uatiowaî ?
GEORGES. * -
Oui , oui , M. Wornei, c'est un air ualioiia!.
C'est charma)! il donnez-moi ce morceau , j>j vaii le distribuer à mes nuisiciens pour qu'ils puissent faire une lépe'titiou ; et quand , suivant sa coutume , le jeune duc sera relire dans cette salle où il aime à s'enfermer, je gage qu'il me saura gré de cette surprise.
UN VALEf.
M. Werner, le piqueurde Son Altesse vient d'arriver; il ne la précède que d'un quart-d'lieure.
WEl^KER.
Diable! et mon dernier coup-d'o'il à donner! Mille remercîmens , M. Georges ; mais vous l'eiitendez , le prince va arriver, ainsi faites-moi le plaisir de ..
GEOKGES.
\ous ne me retrouverez pas ici, M. Weracr, je vous le promets.
WERNEll.
Viens avec moi , Mina , j'aurai besoin de toi.
MINA, à part.
Je devine son projet.
(Elle sort en faisant des signes d'intelligence à Georges.)
Hàr'^:, SCÈNE VI.
.' > liiJ ; a&EORGES , seul.
Tout va bien... Wejner, sans s'en douter, favoiise mes projets. Cet air, qu'il va faire exécuter quand le prince sera seul ici, me servira de signal, l'auvre enfant ! peut-être recoimaîlra-t-il ce chant de victoire dont son enfance fut bercé I En lin, je vais donc le voir, lui parler! Mon voyage n'aui'a pas été ])erdu : je saurai s'il est vrai ,, conaue ou me l'a. assure , que la politique autrichienne^ ait voulu qu'il restât dan,s uçt; ignorance complète de sa naissance. El mon livre , l'a-uil reçu ! ce poëme <pie m'avait inspiré les gloires du pè^:é... on m'a refusé la permission d'en faire hommage au (ils. Il m'a fallu le jeter à la dérobée sur sou passage quand il se promenait seul el mélancolique dans une allée de Schœunbrunn ; et, s'il l'a ramassé, niira-t-il "^u' le soustraire aux regards jaloux de ses Argus?.. Ah! j'éprôûvié'une impatience...