‹ Le fils de Monte-CristoChapitre 84 sur 84 · RÉSURRECTION · texte numérisé non relu

RÉSURRECTION

Donc le fakir avait tenu parole.

Aussitôt que l'avis de Fanfar lui était parvenu, Monte-Cristo, quel'angoisse rendait fou, s'était tout à coup souvenu des étranges paroles prononcés par fJjeddar.

Pourquoi hésiter?

Pourquoi ne pas tenter cette suprême ressource?...

Mais, hélas (Djeddar avait-il dit vrai?

Des années s'étaient passées depuis le jour où il avait voué à JVIoute-Gristo cette reconnaissance qu'aujourd'hui il s'agissait de prouver autrement que par de vaines paroles.

Se souviendrait-il de sa promesse?

Etait-il encore vivant? Où le trouveraitil? Elait-il vrai (ju'il pût se transporter avec une miraculeuse rapidité à travers l'espace?

A ((uoi bon raisonner? se dit tristement Monte-Cristo, je n'ai plus de recours qu'en l'impossibb-î...

El il avait lancé au loin, à travers l'espace, la fleur dé lotus.

Et deux heui-es après, Djeddar était là, lui disant :

— Me voici, ordonne!...

Maintenant, dans la chambre des deux

morts, D.|eddar parlait bas à Monte-Cristo.

— Tum.'asdit, n'est-il pas vrai ?que pour voir tes enfants encore une fois se dresser, te tendre les bras, te parler...

— Je t'ai dit que je donnerais ma vie...

— Et je t'ai répondu que c'était moi qui te donnerais la mienne...

« E( outé donc. Tu es de ceux auxquels on peut révéler, en partie du moins, les suprêmes mystères.

« Sache que, grand Initié que je suis, connaissant le secret de la 'Vie humaine, je puis là tout, à l'heure, faire que ton fils s'éveille...

— Vivant!

— Oui, vivant... non de sa vie à lui, dont la source est maintenant trop épuisée pour que je puisse la rappeler en lui... mais de ma vie, à moi...

— Que veux-tu dire?

— Ainsi au'en une machine immobi

Usée, le jet de vapeur détermine lActicn, ainsi le jet de ma vie dans l'organisme de ton fils réveillera pour quelque temps les dernières lueurs de sou existence.

< Seulement, entends encore ceci.

€ Si tu m'as bien compris, tu sais maintenant que c'est en faisant sortir de moi ma force vitale pour qu'elle pénètre en lui, que je te donnerai la joie que tu réclames.

€ Il dépend de toi que je meure...

€ Car si, à certain signe que je vais t'indiquer , tu ne me rappelles pas à la vie, alors toute ma force vitale s'en sera allée de moi...

Je serai mort... et le fluide s'écoulant de son corps à lui, où ma volonté ne pourra plus le retenir, il retombera cadavre à côté de moi...

« Je ne crains ni ne désire la mort.

« Tu es donc seul juge...

— Mais, s'écria Monte-Cristo, tant que tu pourras à la fois agir sur ta force vitale et la retenir et en toi et en mon fils, Espérance vivra...

— Oui...

— Et quand je t'aurai réveillé...

— Tu reverras Espérance tel qu'il est en ce moment...

— Et il ne sera pas possible de prolonger sa ''ie davantage...

— Il n'y a pas de miracle : il n'y a que la science... et sa puissance a une limite que nul ne peut franchir. .

Monte-Cristo passa Ja main sur son front :

— Et que devrais-je faire?

— Voici. Je vais tomber en ce que vous appelez, vous autres Occidentaux, la léthargie...

• Mes yeux resteront grands ouverts...

• Combien de temps ma force suffira-telle 1 me maintenir en cet état... je l'ignore... quelques minutes, peut-être le quart, le tiers d'une heure...

• Soudain tu verras mes paupières se fermer...

• Ce sera le signe décisif du moment suprême... tarde plus de vingt secondes et nous serons morts, lui et moi...

« Si au contraire à ce moment, d'un geste rapide, tu poses sur mon crâne la plaque d'or que voici... je vivrai...

. Tu sais. tout.

Maintenant ordonne et j'agis.

— Va, dit Monte-Crieto.

Alors on vit une chose véritablement étrange

Le fakir, ayant écarté deux sièges,

s'étendit, la tête sur l'un, les talons sur l'autre, prononça quelque?i mots, croisa les bras. .

Et instantanément son corps se raidit comme une barre de fer...

Monte-Cri-ïto, immobile, haletant, s'était penché sur le corps de son fils el le regardait.

Soudain il lui sembla le voir entouré comme d'une buée, d'un brouillard blanchâtre...

Et peu à peu les joues d'Espérance se colorèrent... Ses paupières s'ouvrirent .. Son cœur battit...

Et il regarda son père.

Il le vit, se di-essa à demi et lui tendit les bras...

— Mon fils, mon enfant ! cria le comte en le serrant contre sa poitrine.

— Mon père, dit Espérance d'une voix qui avait un écho étrange et sépulcral, mon père, je vous aime et je vous bénis...

— Il vit t il parle ! cria Monte-Cristo. Espérance, tu m'entends...

— Oui, mon père...

— Ahl je t'en supplie, pardonne-moi de t'avoir mal aimél...

— Mon père, je lis en votre cœur...

Vous êtes bon... et vous m'aimez...

— N'as-tu point quelque volonté suprême à m'ordonner i

— Si mon père... je vous supplie d'être bon aux fsibles et indulgent aux coupables... Où est Jane?...

— Elle t'a précédé dans l'éternel sommeil!...

— Morte... non... j'ai tort... elle revit, elle revivra comme moi dans l'infini des mondes... mon père, embrassez-moi, que j'aille la rejoindre...

A ce moment les paupières du fakir s'abaissèrent.

Monte-Cristo mit un baiser au front de son fils : et d'un mouvement plus rapide que la pensée, il posa la plaque d'or sur le crâne de Djeddar.

Espérance retomba en arrière.

Une heure plus tard, .Monte-Cristo appelait Fantar et Gontran.

Djeddar n'était plus là.

— Mes amis, dit. Monte-Cristo, ni la douleur ni la joie ne tuent... Serrez mes mains pour la dernière fois... je vais partir avec mon fils...

EtFanfaret Gontran virent que dans ces

2uelques heures les cheveux de .Monteristo étaient devenus lous blancs.

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