SCÈNE VI
Les mêmes, moins LE CHASSEUR.
JEAN D'ARM.^GNAC, s'approchant dit duc.
Seigneur, pardonnez-lui, car il n’est pas méchant. C’est lui qui me reçut moi , malheureux enfant , Hier, à la nuit sombre.
LE DUC, examinant avec soin Jean d' Armagnac. A part.
Étrange ressemblance !
Est-ce un rêve? Aurait-on surpris ma vigilance?
A ses gens.
Mes amis, un instant tenez-vous à l’écart.
Tous se retirent au fond du ihéâtre. A part, continuant d'examiner Jean d'Armagnac.
Voilà bien des Nemours les traits et le regard,
Je reconnais cet air où la noblesse brille
Et que dans les tourments conserve mon pupille.
A Jean d'Armagnac.
Mon fils, si jeune encore et déjà tant souffrir?
Que votre cœur au mien ne craigne de s’ouvrir :
Je puis beaucoup pour vous.
JEAN D'ARMAGNAC
Seigneur, sans vous connaître, Votre aspect m’épouvante.
LE DUC, à part.
Il a raison peut-être.
JEAN D’ARMAGNAC
Mais puisque à mes malheurs vous portez intérêt ,
Je veux dans votre sein déposer mon secret.
Un temps.
Je suis Jean d’Armagnac , Nemours était mon père , Et je viens dans ces lieux pour délivrer mon frère.
LE DUC
Ce frère est donc en butte à quelque grand danger? JEAN D’ARMAGNAC.
Il est en ce moment aux mains d’un étranger.
Qui pour ravir ses biens l’a pris sous sa tutelle.
LE DUC
Ce prince doit avoir une âme bien cruelle.
JEAN D’ARMAGNAC
Je ne sais, mais on dit qu’un homme ambitieux S’avance dans le crime un bandeau sur les yeux; Qu’une fois de son cœur la passion maîtresse.
Elle éteint tout en lui, l’honneur et la tendresse ;
Et qu’il n’est point d’obstacle à son mauvais désir, Qu’elle ne soit bientôt disposée à franchir.
LE DUC
Mais pour le délivrer quelles seront vos armes?
JEAN D'ARMAGNAC
Je n’ai d’autres moyens que mes chants et mes larmes.