ACTE PREMIER
LE DUC
Pauvre enfant, c’est bien peu pour un si grand effort. JEAN D’ARMAGNAC.
Oh ! oui , mais mon cœur aime, et l’amour est si fort ! J’irai me mettre aux pieds de cet homme sévère,
Je baiserai la main du bourreau de mon frère.
Il ne sait pas combien nous sommes malheureux. Car il a, j’en suis sûr, un cœur plus généreux.
De mon père opprimé je lui dirai l’histoire.
Le supplice odieux qui flétrit sa mémoire ;
Notre mère expirant , au milieu des soldats ,
La nuit, dans les terreurs d’un douloureux trépas. Moi-même , si longtemps , au fond de la Bastille , Loin du jour et du ciel privé de ma famille.
Oh ! je l’attendrirai par ces récits touchants :
Le bon Dieu n’a pas fait les hommes si méchants Que leur cœur , insensible à toutes les souffrances ,
Se fasse de nos pleurs de tristes jouissances.
Un grand temps.
LE DUC, après avoir fait signe au seigneur qui l'accompagne. A Jean d’Armagnac.
Je veux vous accueillir; mais, jusqu’à mon retour» Que l’on ne voie en vous qu’un petit troubadour.
Bas au seigneur.
Je place cet enfant sous votre surveillance ;
Mais gardez qu’il n’échappe à votre vigilance.
JEAN D’ARMAGNAC, à la Madone, en s’éloignant, à la suite du seigneur.
Sur nos persécuteurs épanche la clarté Qui des hommes pervers change la volonté.
Sous ton 'puissant regard, que leur cœur s’adoucisse. Et qu’avant de frapper , le remords les saisisse.
Ils sortent.