ACTE DEUXIEME
Et nous allions tous deux, joyeux et pleins de vie, Fouler, d’un pied léger, l’herbe de la prairie.
Mais, hélas ! ces plaisirs ne sont plus faits pour moi : Dès ma plus tendre enfance, une implacable loi Me poursuit . Mes instants sont comptés par mes larmes Et jamais un seul jour qui soit exempt d’alarmes; Jamais de doux rayons, toujours ce noir caveau.
Grelottanl.
0 mon Dieu, qu’il fait froid dans cet affreux tombeau ! De larges gouttes d’eau la voûte est ruisselante ; Tout mon corps est glacé, mais ma lèvre est brûlante. Oh ! la soif me dévore, et rien pour l’étancher ! Quand, sous les feux du jour, la fleur vient à pencher. Du ciel, en son calice, une eau pure est versée.
Et, la nuit, elle boit les gouttes de rosée ;
Je suis moins que la fleur...
Un lempi.
Moins que l’obscur grillon.
Qui dans l’herbe, le soir, fait sonner sa chanson; Car il a, lui, du moins, un chant qui lui réponde; On l’écoute ; mais moi, qui m’écoute en ce monde ? Qui m’aime? Est-il quelqu’un qui songe seulement Que, dans ces sombres lieux, languit en ce moment Un pauvre petit être, éperdu, solitaire.
Sans ami pour l’aimer, sans soleil — et sans mère?
Un temps.
Qu’ont-ils donc à me faire, ici-bas, tant souffrir?' Est-ce ma faute, à moi, si je ne puis mourir?
Si, malgré tous les coups que j’endure, mon âme Conserve encore un peu de sa première flamme?
Rc>i{rnc.
Mais j’ai tort de me plaindre ainsi. Seigneur, pardon ! C’est moi qui suis mauvais, et Glarins est trop bon : Le plus léger soupir bien souvent le désarme;
Et dans ses yeux, hier, j’ai surpris une larme.
Entre Clarins par le couloir de gauche.