ACTE DEUXIÈME
J’ai besoin de si peu ! je ne veux en retour Qu’un peu d’air et de joie, et ma place au grand jour.
■ LE GORGIAS, à part.
Si je tarde un instant, c’est fait de mon courage; J’aurai soin désormais de mieux choisir l’ouvrage.
J A C Q L’ E s , avec iauJrél.
Vous paraissez ému ?
LE GORGIAS
Jamais.
J ACQUES.
Pourquoi, seigneur.
Voulez-vous me cacher le fond de votre cœur?
Je lis dans vos regards ce que votre âme pense : Vous n’osez immoler un enfant sans défense.
LE GORGIAS, à part.
Il n’y lit que trop bien.
Tirant ton poignard et marchant sur l'enfant.
Supplice de l’enfer,
Je saurai te finir.
JACQUES, effrayé.
Non, pas avec ce fer :
^ Il ferait trop de mal.
LE GORGIAS
On veut qu’il vous achève.
JACQUES
De grâce, s’il le faut, tuez-moi, mais sans glaive.
O ciel ! songez-y donc : quelle affreuse douleur De sentir ce poignard enfoncer dans le cœur !
Allons, mourir n’est pas une si grosse affaire.
Et le ciel est meilleur pour vous que notre terre.
J âC QU E S , s’approchant timidement.
Mais je suis un enfant; pour affronter la mort,
Je n’ai pas, comme vous, un courage assez fort.
Il saisit brusquement la main, du Gorgias. Long silence, durant lequel l’orchestre exécute, ù la sourdine, la chanson du troubadour.
LE GORGIAS, repoussant tout à coup Nemours.
Non, va-t’en !
JACQUES, épouvanté.
Qu’avez-vous ? Quelle étrange furie !
LE GORGIAS, se précipitant sur l’enfant.
Meurs.
JACQUES, tombant à genoux et joignant les mains.
Hélas ! c’en est fait. Mon Dieu, reçois ma vie.
Au moment oil le Gorgias a le bras levé pour frapper, on entend au fond du couloir de gauche Jean d’Armagiiac chantant ;
Je suis le petit troiibadour
Qui s’en va chantant tout le jour, etc.
La voix se rapproche de plut en plus.
LE GORGIAS, s’arrêtant et laissant retomber son bras.
Clarins a-t-il parlé, du fond de son tombeau?
Je croyais que lui seul connaissait ce caveau.
Entre Jean d’Armagnac.