JACQUES D’ARMAGNAC, LE GORGIAS
PIERRE LE GORGIAS, entrant à pas lents, un poignard à la main, au fond du tlicâlre.
C’est un rude labeur que d’exterminer l’être. Lorsqu’au seuil de la vie il ne fait qu’apparaître.
JACQUES D’ARMAGNAC
Je suis mieux, maintenant, si mon sauveur...
Se retournant et apercevant le Gorgias qu'il prend d'abord pour Clarins. Avec joie, et courant à lui.
C’est lui !
Remarquant sa méprise. Avec effroi.
Ciel!
Suppliant.
Qui que vous soyez, prêtez-moi votre appui.
Voici bientôt trois mois que mon martyre dure;
Ah ! si vous connaissiez tous les maux que j’endure. Tout ce que dans mon sein je porte de tourment !
LE GORGIAS
Je viens vous délivrer.
JACQUES
Bientôt ?
LE GORGIAS
Dans un moment.
JACQUES, s'approchant du Gorgias,
Que je baise vos mains !
Reculant d'effroi à la vue du •an(' qui couvre les maint du Gorgias.
Ah !
LE GORGIAS
Quoi? Qui vous effraie?
JACQUES, montrant les mains du Gurgias.
Là
LE GORGIAS
Mais où donc ?
JACQUES
Ce sang sur vos mains.
LE GORGIAS, avec indifférence.
Une plaie
Que le froid a rouverte.
JACQUES
Oh ! ne me cachez rien :
C’est le sang de Clarins, et vous voulez le mien.
Du seigneur Boffalo l’ordre est irrévocable.
JACQUES
Pour me punir ainsi je suis donc bien coupable ?
LE GORGIAS
Vous gênez, il suffit.
JACQUES
Je ne veux plus gêner ;
Ma fortune lui plaît, je vais l’abandonner.
Je renonce à mes droits, au palais de mon père,
A tout ce que j’avais, à tout ce que j’espère.
J’irai, s’il le commande, au bord du grand chemin. Moi, le fils de Nemours, j’irai tendre la main.
Le jour, je vivrai seul, errant par les bruyères.
Et frapperai, le soir, aux portes des chaumières.