SCÈNE IV
JACQUES D'ARMAGNAC sur la terrasse; LE DUC caché derrière le bosquet.
JACQUES D’ARMAGNAC
Ce n’est donc point un rêve, et je suis libre enfin ! Salut, ô mon beau ciel, ciel charmant du matin !
Regardant l’aurore qui se lève.
Comme des monts là-bas la cime se colore.
Aux rayons empourprés de la naissante aurore.
Jamais si doux éclat à mes regards n’a lui :
On dirait que pour moi tout se pare aujourd’hui.
Examinant quelques fleur».
Sur la tige des fleurs, doucement caressée, Tremblent, en scintillant, des gouttes de rosée.
Ah ! sans doute elles ont, comme nous, leurs douleurs : Ces fraîches gouttes d’eau sont peut-être leurs pleurs. Pauvre petite fleur, puissé-je, en ta corolle.
De mon heureux destin rencontrer le symbole !
Nous avons tous les deux connu les longs ennuis ,
Et courbé nos deux fronts sous la brise des nuits; Maintenant l’aube blanche au ciel vient d’apparaître. Et nous allons ensemble et sourire et renaître.
Trisle.
Mais vivras-tu longtemps? Oh ! qui pourrait prévoir Si ta robe d’azur brillera jusqu’au soir?
Mon Dieu, ne permets pas qu’ici je lui ressemble, Que jaloux de ma vie, un méchant...
Regardant le bosquet oit le duc est caché.
Il me semble
Entendre quelque bruit. . . Au fond des verts buissons. Les oiseaux réveillés commencent leurs chansons. Chante, petit oiseau, dans ta maison de mousse ; Chante, à l’honneur de Dieu, de ta voix la plus douce. Tu n’as pas comme nous sujet de t’attrister :
Le ciel fit tant pour toi ! Le nid pour t’abriter ;
Avec les bois en fleurs et la brise légère ,
Le chaud rayon des deux et l’amour d’une mère. Prends garde cependant aux serres du vautour.
Car il est là peut-être, épiant à l’entour.