ACTE PREMIER
CLARIMS.
Horrible est le début , plus horrible est la suite. Cette œuvre de l’enfer, c’est moi qui l’ai conduite. J’étais en grand crédit auprès du vice-roi,
Et Boffalo pensa pouvoir compter sur moi ;
Sa convoitise, hélas ! ne fut que trop servie.
Il me donnait trois mois pour éteindre une vie ;
Ce temps touche à sa fin...
JEAN DE BELZUNCE, avec auxicté.
Et le fils de Nemours
N’est plus?
CEAUINS.
Il vit encor, mais caché sous ces tours.
Dans un lieu souten'ain , glacé , plein d’épouvante , EIn proie à ces terreurs que la nuit sombre enfante. Jamais, depuis trois mois, la lumière des cieux N’a réchauffé son cœur, ni réjoui ses yeux.
Jamais d’un être ami la suave parole Ne versa sur ses maux le charme qui console.
Parfois, prenant ma main, qu’il serrait doucement, Il osait me prier d’alléger son tourment ,
De l’arracher une heure à sa prison obscure ,
De lui rendre le ciel , les champs et la verdure ;
Et jamais mon refus n’altéra sa douceur ;
Il m’appelait ami, moi, son persécuteur,
Moi , qui , plus insensible avec lui que la pierre , Répondais par des coups à sa douce prière.
Lorsque, deux fois le jour, je venais lui jeter ' Un pain que l’on semblait encor lui disputer. Oubliant un instant son douloureux martyre.
Je le voyais pour moi s’efforcer de sourire.
En6n, le ciel permit que je vins en ces lieux,
C’est là qu’il m’attendait pour dessiller mes yeux. Et voici qu’abattu par ce coup de la grâce , J’implore le pardon où tout crime s’efface.
JEAN DE BELZUNCE
Le pardon vous attend , mais pour le mériter,
C’est trop peu de s’ouvrir, il faut se racheter.
Vous avez par malheur pris votre part au crime. Effacez votre faute , en sauvant la victime :
Allez tirer Nemours du fond de sa prison.
GI.ARINS.
Je suis mal entouré, mal vu. La garnison
Que le château renferme est faible par le nombre,
Mais forte par l’audace.
JEAN DE BELZUNCE
Attendez la nuit : l’ombre Dérobera sa fuite à leur œil vigilant.
Au sortir du château , vous conduirez l’enfant Ici, par ce sentier. Caché dans ma demeure.
Sans crainte il attendra que Louis Onze meure ;
Car la mort sur le roi bientôt mettra la main ,
Et l’envoyé de Charle est peut-être en chemin. CLARINS.
Oui , je le sauverai cette nuit , je le jure ;
Fallût-il dans mon sang effecer ma souillure.
Mais , avant de marcher à de si grands périls ,
Mon père , au nom du Christ bénissez votre fils.
S'agenouillaDt devant Beizunce.
Que Dieu daigne ajouter sa force à ma faiblesse ,
Et qu’ainsi je répare un passé qui m’oppcesse.