‹ Le fils des etoilesChapitre 8 sur 32 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

ŒLOHIL (s'endort sur le banc de gazon, au pied de l'arbre) IZEL (parait en blanc sur la terrasse du palais)

IZEL

Cette nuit, des étoiles rapides traverseront le ciel, emportant jusqu'aux Dieux

le souhait jailli du cœur, à leur passage ! L'Archimage Ta dit.

Et je viens confier mes vœux aux filantes étoiles.

Mes vœux ? Fille du patési^ saresse à Sirtella

chacun de mes désirs, qui revêt forme ou nom, sitôt se réalise.

Mais le silence de la nuit parlant à l'ombre de mon cœur

je me sens envahie d'un radieux mystère.

Un beau soir de printemps, à celuici semblable \

ma pensée, languide phalène, flottait sans se poser :

j'écoutais respirer la terre.

Un son lointain vint frapper mon oreille.

Ce n'était pas un chant d'oiseau, la voix du fleuve

ou le colloque de l'arbre avec le vent.

On eût dit une voix, on eût dit une lyre,

ou mieux, parmi la musique des mondes,

c'était, venu jusqu'à ma rêverie, le chant d'une étoile elle-même ! Mystérieuse nuit, ô seule confidente

toi qui formas mon âme au rêve, apaise mon désir sans objet ! Jadis l'éclat du ciel suffisait à mon cœur. Astres dieux, despotes des humains, quelqu'un de vous a souflé sur mon àme car nul désir ne nous naît que de vous.

Je voudrais qu'entre toutes, grande ou petite, une étoile fût mienne.

Toi que j'appelle sans te donner de nom, étoile de mon rêve,

par quelque signe clair, montre que tu m'acceptes

Zéphyrs, prenez à mes lèvres mon soufle de fleur,

et l'emportez là-haut aux lèvres des étoiles, (elle essème sa guirlande) .

ŒLOHIL

Une fleur, une rose, rouvre mes yeux. O présage d'Istar! Quel démon malveillant m'endormait à cette heure, où fusent les étoiles messagères de joie !

THÉÂTRE DE LA ROSE-CROIX

IZEL

Quand fusera Tétoile... quel vœu?

ŒLOHIL

De ces mondes brillants qui se balancent dans la nuit, lequel m'a engendré?

IZEL

Oh ! réentendre encor, cette voix de Péioile. . . (une étoile fuse)

ŒLOHIL (saisissant sa lyre)

Etoiles sans nom et sans nombre qui souriez d'un éclat si vermeil, parmi la chorîe radieuse que vous formez, j'ai une sœur.

IZEL

Enchantement d'Istar!

ŒLOHIL

Etoile sœur, veux-tu m'apparaître et ainsi consummer mon âme à ta lumière, ou bien dois-je toujours te chanter parmi le nombre des astres sans nom?

IZEL

Et la voix et la lyre vibrent, lout près de moi!

ŒLOHIL

Etoile bien-aimée, o trop lointaine, que de tendresse et d'harmonie je sens vibrer en moi pour l'heure où tu m'apparaîtrais!

IZEL (à part)

Etre irréel, qui enchantes la nuit, tu es mon vœu Cune étoile luse)

ŒLOHIL (subitement charmé)

Un trouble délicieux me surprend; un charme agit;

des sensations nouvelles me pressent de leur émoi subtil!

Etoiles qui passez, en vos trajets de flamme,

emportez jusqu'au ciel mon vœu le plus ardent

que je voie mon étoile distincte de tous les astres (Une étoile fuse)

Ah ! sur la terrasse du palais

une forme se penche... ou saresse ou déesse! (il avance) Ce n'était qu'un fantôme maintenant disparu,

LE FILS £)ÈS ÉTOILES ' 12ËL a ouvert la porte latérale du palais et s'est avancée doucement.

Je suis rétoile qui devait te parler.

ŒLOHIL, après une stupeur extasiée

Tu as tout dit déjà, par ta présence,

ta beauté rayonne sur mon cœur. -

Ce qui était fermé encor, au livre du mystère, s'explique

au moindre mouvement de ta tunique et aux nuances de tes yeux.

Oui, tout ce qui s'admire épars dans la nature,

et dispersé selon les heures, en toi se concentre et resplendit,

complet au moment même. Tes seuls yeux m'échauffent Tàme

bien plus que les rayons sans nombre de la nuit.

C'est ton soufle qui parfume les airs

et le bonheur serait de te contempler, seule,

dans Foubli de la terre et du ciel !

IZEL

Dis-moi ton nom, parleur si doux!

ŒLOHIL

Œlohil!

IZEL

Œlohil est un nom doux aux lèvres : le mien, Izel.

ŒLOHIL

Izel, fille de Goudéa !

IZEL

Tu as cru que j'étais Istar; je songeais à t'appeler Tammuz.

ŒLOHIL

Nos cœurs se nomment mieux, en se donnant, d'un échange enivré et sans feinte;

mais nos destins trop différents se conjurent contre nos vœux. Je ne suis qu'un berger de ton père.

IZEL

Mon père était berger, lorsque ma mère Ourka l'éleva jusqu'à elle.

ŒLOHIL

Architecte et sculpteur, Goudéa mérita sa fortune.

THEATRE DL LA ROSE-CROlX

IZEL

Poète et musicien, Œlohil méritera la sienne.

ŒLOHIL

Tu serais donc l'étoile véritable, celle qui fait vouloir, celle qui fait monter vers le noble destin ?

IZEL

Comme tu es celui qui viens habiter,

et remplir de bonheur Pâme jeune et sans réve.

ŒLOHIL

Je te consacre et ma voix et ma lyre !

IZEL

Et moi j'attendrai que la lyre soumette les cœurs à nos vœux !

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