I.F.S lîATAnOS nK BLLTIIAIPT. î
— Hup! bourrique!... s'éciia-l-il.
Puis il se prii à chauler sourdement :
Si j'étais assez fort.
Je passerais mes deux mains par le trou. Quand le père Hans est dans son lit,
Et je prendrais son cou;
Car je sais bien comment on fait Pour étrangler, pour étrangler...
La bonne aventure, ô gué!
Ses lèvres s'écarièrent en un sourire; une lueur fauve et l'u?ilive s'alluma dans sa prunelle, puis sa face redevint morne tout à coup.
Il se laissa glisser le ioiio; de la rampe jusqu'au bas de l'escalier et vint s'accroupir derrière la porte de la cour.
Il s'appii.va contre la muraille, immobile et feignant de sommeiller.
On était encore au malin; il resta la sans bouger jusqu'au soir. Pendant sept à huit heures, son œil, demi-fermé, guetta sans relâche la porte de Hans Dorn. ,, ^ . ,
Celui-ci sortit vers la brune; son départ élait également fixé au lendemain, et il lui Tillait régler diverses affaires.
Genraiid l'avait accompagné jusque dans la cour, et Geignolei entendit Hans Dorn qui disait :
— Cnuche-ioi de bonne heure, ma iille... on ne don guère d;uis les nnits de voyage... iMoi, je rentrerai tard peut-être; ne m'attends pas...
Le marchanii d'habits gagna la place de la Rotonde et Gertraud rentra.
Le cœur de l'idiot battait sous l'étoffe grossière de sa veste.
Il attendit une demi-heure encore. Quand la nuit
î)'4 SIMICME PARTIE.
l'ut toiît à f;iil toiîîbée, on eût pu ie voir se couler sans bruit !e loua; des niurs de la cour, puis monter pieds nus, l'escalier de Hans Dorn.
Gei trand, qui s'était endormie à moitié, crut ouiV en rêve ce biuit inexplicable qu'elle avait entendu déjà, le soir où Jean Regnault était venu lui demander des habits...
m. — La chaise de poste.
Vers minuit, l'idiot redescendit l'escalier de Hans Dorn, Il traversa la cour en rampant et rentra cac/. sa mère.
Ses mains étaient en sang et ses habits tout blanc^ de plâtre.
— Pas de jaunots! grommelait-il d'un air découragé, pas de jaune;s pour remplir ma bouteille!
11 se îoucha. Avant de se coucher, il mit sous la paille qui lui servait d'oreiller un paquet de petite dimension, enveloppé dans un mouchoir que Hans Dora amait pu reconnaître pour son bien.
Le contenu de ce paquet était anguleux et résistait aa toucher, on devinait des papiers sous la toile.
Geignolet balbutiait, en cédaiit au sommeil qui le gagnait :
— Les petits clous!... C'étaient les petits clous dorés que je prenais pour desjiuinets!...
Le lendemain, tandis que (Jerlraud faisait la malle de son père. Victoire achevât, de son côté, ses préparatifs de voyage.
On avait mis à Geignolet une vesie neuve, et il ne se sentait pas de joie.
Sous cette veste boutonnée, apparaissait une grosseur, formée par le paquet de la veille.
LLS BATAKUS DE lîLUTIlAUPT. 95
— Qu'as-tu donc là, Joseph ? lui demanda sa mère.
L'idiot roula ses yeux hagards et s'enfuit à i'auire bout de la chambre.
Victoire voulut s'approcher. L'idiot fronça le sourcil et s'arma de soa grand clou, pointu comme un poignard...
Ver* quatre heures de l'après-midi, l'aïeule, Victoire et Geiguolet prirent le chemin des messageries roy.des.
Quelques miuuies après, Hans Dorn et sa Glle se dirigeaient vers les voitures Laliille et CaillarcI, où ils trouvèrent Hermann et ses braves couipaguons, déjà installés, les uns sur limpérialo, les aunes da;is la rotoiuie.
Aux messageries royales, prndant que la famille Rpgiiault s'asseyait aux places les moins chères Joséphine Baïail eiir, baronne de Saint Roch, prenait possession d'un coin d'iiilérit>ur et recevait des mains respectueuses de niacla ne H;ilt'é ses menues provisions de voyage : un monslrueu^ panier qui avait peine h passer par la portère, et dont les vastes lianes renrerinaienl veau, poulet, jambon, pcàié, vin, liqueurs, fromage et auîres v;vres, le tout calculé pour une tiaversée de quinze jours.
La port ère allait se refermer sur Batailleur et !a petite Galîfarde, qid était gentille comme un ange, avec sa robe toute neuve et ses beaux cheveux lissés en bandeaux pour la première fois de sa vie. Madame Huilé s'essayait à sa dernière révérence et méditait (les liirmes d'adieu; le postillon était sur soa siège; on allait partir, lorsque Polyle, éperdu, vint accrocher sa grosse main gantée à la portière.
— Joséphine! Joséphine! d,i-il d'une voixétouffcie, si tu me quittes comme ça, je vais faire un malheur!
Joséphiîie détourna la'ièie; Polyle voulut lui prendre les mains; elle les retira.