‹ Le fils du diableChapitre 36 sur 57 · VIII. — TieiUes histoires · texte numérisé non relu

VIII. — TieiUes histoires

— ... Hâtez-vous, mon frère Olto, dit Goëtz, écrasé sous l'angoisse terrible du moment, plus encore que par le double fardeau qui pesait sur lui; je n'ai plus de forces!...

Olio [Mettait un genou sur l'épaule d'Albert; il sentit chanceler sous lui l'échelle vivante ([u'il veiiait de gravir.

Ses deux bras s'élevèrent et saisirent la saillie du rocher, où il s'accrocha de tonte su force.

L'insiant d'après, il se hissait à bout de bras et prenat pied sur le roc lui-nièuie.

Goëiz, souliigé, reprit haleine.

Olto chercha dans les ténèbre les boudins, dont avait parlé Malou; il ne le irouva p.is; pressé par le teuips, il appuya ses deux mains lobusies sur la gueule du mortier qui tourna en grinçant sur son axe. . . .

LE FI!» DU lUABLE. T. TUI. 1

6 SIXIÈV-K PAî.TlE.

De ranlie côl<'; flo la Douve on avait aperçu aussi cette lueur faible qui semblait rourir le long des flancs du rocher.

Les plus clairvoyants avaient même distingué des formes humaines, suspendues entre le ciel et l'abîme.

C'était tout; impossible de savoir au juste ce que faisaient là ces étranges fantômes.

Ce qu'on pouvait prévoir, c'est qu'ils arrangeaient quelque pièce importante du feu d'ariitice.

Aiîssi tous les regards se fixaient-ils, désormais, précisément vers cet endroit; on ne voyait plus rien depuis que la lanteiiie avait été remontée sur le rempait; mais l'œil des spectateurs gardait celte place diins la nuit; on ne la quittait point; on craignait de la perdre; c'éiait de là, sans doute, que devaient jaillir les t'.ierveilles aiiendues.

Bien (lu'on fût encore en hiver et que le vent de février n'tût poiiit adouci, pour la circonstance, son souille piquant, il y avait autour des fossés de Geldberg innombrable compagnie.

Les invités privilégiés qui venaient de quitter les salles chaudes du château, grelottaient bien un peu sous les arbres de l'avenue, mais, en somme, on avait pris contre le froifl de victorieuses précautions. Les hommes boulonnaient jusqti'au menton leurs paletots parisiens, les dames s'emmitouflaient dans de molles fourrures et gardaient leurs pieds, grands ou petits, conire i'iinmidité du gazon, à l'aide de socques nouvellemoni inventées et qui devaient conserver le surnom d'allemandes.

Les inviiés de seconde classe, en beaucoup plus grand nombre et qui arrivaient des villes voisines où ils avaient établi leurs quartiers, cherchaient volontiers à se mêler aux héros de la fêle; ils s'approchaient le plus possible de l'enceinte réservée où l'on avait placé de confortables sièges; (juclqucs uns même, proliiani de l'obscurité, forçaient la consigne et se

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prélassaient effrontément clans des fauteuils, destinés à de plus forts actionnaires.

Car i! ne faut pfiini l'oublier, au fond de tout cela il y avait à souscrire un capital de cent quatre-vingt millions.

Enflii sur la lisière des taillis voisins, le long des haies et jusque sur la lande, s'éparpillait une autre foule qui n'était pas du tout inviiée.

C'étaient de bons bourgeois d'Esselbach, d'Obernburg, etc., venus avec leurs familles, des paysans des environs et d'anciens tenanciers de Blulliaupt.

Ces trois catégories de spectateurs parlaient fort différemment de la maison de Geldberg.

Les invités de la première classe poriaient la maison dans leur cœur; on les hébergeait royalement, on leur promenait d'immenses bénéfices; ils n'avaient pas assez de louanges pour ces banquiers opulents et probes qui faisaient un si noble usage de leur fortune.

Le faubourg Sainl-Ocrmain était sur ce sujet du même avis que le chaussée d'Aniin, et le faubourg Saint-Honoré n'avait pas d'autre opinion.

Les noms historiques, et il y en avait, ma foi, bon nombre, condescendaient gracieusement à tripler leurs capitaux. La pairie et la chambre élective, qui étaient là fort amplemeni représentées, s'unissaient en un touchant accord pour promettre des voix à la concession.

Il n'y avait, bien entendu, aucun esprit de parti dans cette réunion de famille; comme on a pu le remarquer en mille et une circonstances, nos wliigs et nos tories sont susceptibles de s'entendre dès qu'on parle de chemins de fer.

Il faut savoir adoucir ses opinions trop farouches, quand il s'agit de servir sou pays, or, qui pourrait nier les avantages des voies ferrées?

Evidemtneni, la priaie ne lait i ion à la chose.

Pour prétendre !e coiitraire, il faut ê're un misérable, n'ayant ni feu ni lieu, un journaliste poussif, vivant (le sranclale, un négateur, un rapin, un mauvais Français, un bizet, un sauvage!...

Les invités surnuméraires n'étaient pas conipléiement du même avis : il y avait un peu de jalousie dans Jeur (ail. A pan les Anglais qui avaient acheté leurs cartes un prix fou, c'étaient, pour le plus gr^nd nombre, des lions de qualité douteuse, des oisifs, des bourgeois entêtés d'élégance, en un mot, le second marc de la fasbion.

Parmi ces gens-là, on n'avait pas honte de se plaindre! On avouait que les fêles de Geldberg étaient magnifiques; mais on parlait d'appâts, de pièges, des cancans!...

Quant aux tiaiurelsdu Wursbourg, ils allaient beaucoup plus loin. Cette grande famille de Bluthaupt, morte depuis vingt ans, avait laissé dans la contrée des souvenirs indélébiles.

On n'avait oublié qu'une chose, savoir, que le dernier comie était un homme faible et nul.

Tous les autres Bluthaupt, cela, depuis des siècles, s'étaient monirés si véritablement grands seigneurs! doux aux faibles, rudos aux forts, généreux, bons, secourables...

Et si malheureux!...

On parlait d'Ulrich, assassiné par un poignard inconnu; on pariait des trois biiiards de Bluihaupt. ces jeunes hommes à la taille héroïque qui s'éiaieni jetés, seuls, un jour, dans une folle et vaillante bataille contre les têtes couronnées.

A ( ux s'aiiachait un étrange prestige; c'était à voix bastieetavec un mystérieux frémissement qu'on prononçait leurs noms aimés.

Hélas! Ils avaient éié vaincus dans la lutte! Le sort (le leur famille avait pesé sur eux. On devait raconter longtemps aux veillées les bizarres aveiitu-

LES BATARDS DE BlUTHATJPT. \)

ros OÙ se perdait leur téméraire couraije, leurs déj liseaients, leurs dangers, leurs évasions merveilleuses.

Et le nombre de ces aventures ne pouvait plus s'accroîire. Depuis un an, les lourds verrous de la prison de Francfort étaient entre eux et la liberté!

On ne devait plus voir ni le noble Otto, ni le bel Albert, au nom de qui battaient en secret tous les cœurs de femmes, ni le joyeux Goëiz.

Une fois fermées, les portes de la prison de Francfort ne savaient plus ouvrir leurs battants doublés de fei-; Otto, Albert, Goëtz, les braves seigneurs, étaient là pour vivre et pour mourir!

Oh! que de haine pour les trafiquants avares qui les avaient remplacés! Car ces magniflcences d'un jour étaient, pour les hommes du pays, comme un sarcasme sanglant.

Aujoui'd'hui, Geldberg jetait son or mal acquis par les fenêtres; mais hier, il pressurait ses pauvres tenanciers; mais deiiiain, 'I allait faire payer à tous ceux qui tenaient à bail son immense doaiaine rintérêl exorbitant rie ses splendeurs folles.

Quand Dieu veut punir cruellement un pays, il tue les vrais seigneurs pour mettre des marchands à leur place.

Mais n'avait-on pas dit autrefois, tous ceux qui avaient plus de vingt ans s'en souvenaient, que le dernier Blulhaupt n'était pus mort?

N'avait-on pas parlé d'un enfant dont le premier cri aviiit amené un sourire sur la lèvre mourante de la belle comtesse Margarèilie?

Un lils accordé par le ciel à la vieillesse du comte Gunther!

Cet enfant, que les mauvais serviteurs de Bluthaupt avaiejit appelé le Fils du Diable...

Qui sait? la Providence est patiente par fois durant de bien longues années.

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On n'avait pas entendu parler, depuis lors, de ce. pauvre enfant, qui n'avait jaaiais vu ai son père ni sa mère.

Mais on n'avait pas perdu tout espoir.

Il y avait des vieillards qui disaient en se signant que les Hommes Rouges, ces trois esprits attachés aux dtsiinées de Bluibaupt, restaient parfois vingt et un ans sans paraître sur la terre.

Et ils demandaient à Dieu de vivre jusqu'à la lin de cette année, qui devait voir sans doute d'étranges choses.

Dans les montagnes du Wursbourg, on écoute encore les vieillards; on attetuiait.

Au milieu de cette nuit noire qui entourait le vieux château, les villageois se semaient portés, à leui- insu, vers ces fantaisies superstitieuses qui meublent les têtes allemandes.

Des ruines de l'ancien village jusqu'à la pelouse, on ne parlait que des mystères de la destinée de Bla- Ibaupi, et le nom des trois Hommes Rouges courait de groupe en groupe.

Dans les ténèbres, ces légendes mystérieuses acquièrent un intérêt extraorduiaire, elles ga;^naient de proche en proche, pour ainsi dire; des groupes de paysans, elles passaient parmi les invités surnuméraires, et de ceux-ci, franchissant les tentures de renceinte, elles arrivaient jusqu'au milieu des commensaux de Geldberg.

Le lieu était propice et le moment favorable; il faut tuer l'attente...

Il y avait déjà près de quinze jours qu'on était réuni au château. Bien des allusions avaient dû être faites déjà et personne n'était sans avoir entendu parler, ne fût-ce (pie vaguement, de ces trois démons représentés sur l'écu de Bluthaupi. La curiosité se trouvait excitée de longue main; tous ces Parisiens sont des Alcibiades qui changent -partout où ils

LIS BATAUDS DE BLUTUAUPT. Il

voyagent : comme le Jocondo de M. Etienne : à l'ombre du Paiilîiéoii, ils sont sci'pliques et ne croient à rien : mais au fond des Climpagnes, ils .levieinicnl romanesques.

Ils ont peur la nuit, dans les sentiers déserts; le cri du hihou leur donne la chair de poule; sans avoir jamais appris le métier, ils évotiuenl du preaiior coup des spectres capables d'ellVayer Anne Radclili'e ellemême.

Ils étaient au fin fond de rAllemagn?. La poésie brumeiîseenirait dans leurs poitrines avec l'air qu'ils respiraient. Et quelle bel e nuit pour causer de chuses lugubres : de grands arbres balancés par le vent d'hiver, un ciel en deuil et la masse sombre du vieux manoir apparaissant vaguement dans l'ombre! Et les terreuis (le cette solennelle mise en scène s'arrêtaient juste à point; on pouvait frémir comme au spectacle, mais impossible de trembler pour tout de bon; ois était trop, on se coudoyait; le moyen en pareil cas de n'être pas brave?

— Vous ne trouvez point de ces délicieuses traditions, disait madame la marquise de Beautravers, assez heureuse pour tenir le bras du jeune M. Ahel, dans les maisons des petites gens... A mou château de Picardie. Il y a comme cela des histoires incroyables!

Ce pouvait être une impertinence de grande dame; Abel prit cela pour une tlatterie.

— Vous savez, répii(|(ui-t-il, que toutes ces légendes ne se rapportent pas précisément a nous, Geldberg... C'est toujours de Bluthaupt qu'il s'agit... mais nous étions très-près parents des Bluthaupt. — Les deux famil es se valent, dit la marquise; mais, en somme, quelle est l'histoire de ces trois Hommes Rouges?...

Madame la duchesse de Tartarie, débris impérial, veuve d'un sabre illustre et propre tante d'un bien-

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faitcur de la race chevaline, faisait la môme question

audocleiir José Mira.

Un beau pt'til lion du Ijalcon de l'Opéra intorrof^eaii à ce sujet madame de Laurens, qui était bien trisie, la pauvre femme, car son ninri se mourait.

Et de toutes paris c'était la même chose. Mirelune suait sang et eau pour mettre la légende à la portée d'une petite demoiselle (\c quinz • ans, Aihénaïs Chocard, qui devait avoir, disaii-on, sept cliitfres à son compie «le luîere. Le gputilhomme songeait à faire une fin, bien qu'il fût jeune encore, n'ayant pas dépassé quai aiite-cinq ans.

Ficelle, le fin vaudevillisie, sVsci iinait contre l'intelligence épaisse de rénoime épouse d'un notable commeiçani de la rue Laiïiite, laquelle lui donnait à dîner toutes les semaines.

Ouand le commerce se met à proléger les arts, rien ne lui coûi<'!

— r.îadame la duchesse, disait Mira de sa voix g;iave et compassée, vous êtes trop instruite pour ne |)as me comiirendre sur-le-champ.

La vciive du sabre impérial .swait lire à peu près, et signait son ilinsire nom asFcz lisiblement, quand elle y niellait rapplicalion convenable.

— Comme bien vous pensez, reprenait le docteur, ces choses ne sont pas hisloriipies dans le sens rigoureux du mot... et pourtant l'écusson des comtes de Diuihanpt, dont vous pourrez reconnaître les émaux dans la salle de justice, sentb^e d'accord avec ces étranges traditions... Ce sont des armes à en-guerre, je vous den.ande pardon, madame la duchesse, d'employer ces expressions techniques. — Nous connaissons cela, docteur, répliqua fièrement la veuve du héros, nous avons. Dieu merci, des armoiries à revendre, et je crois (pie mon fds les ferait peindre volontiers sur i^on chapeau. — Cet écusson jiorte, reprit le docteur, de saple à trois bustes de gueules... —

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ri, monsieur, s'écria la duchesse indignée; un homrne (OR)me vous parler do aïeule!... — Ma foi. oui, madame, racoiitail un peu p!us ioiii le jeune M. de Geidberg, je me suis laissé dire que ces trois Hommes Hoiigcs étaient trois radets de Bliitliaiipt qui firent merveille contre les Sarrasins, au temps des croisades... Les bonnes gens du pays affirment qu'en récompense de leurs hauts faits, Dieu leur donna le privi'égede revenir parfois visiter le monde des vivants api es k'ui- mort... — Et quelqu'un les a-t-il vus? demanda la marquise de Beaulravers. — Comment, quelqu'un, belle dame?.,, vous trouveriez cent personnes dans le village qui les ont rencontrés face à face... et tenez, Ghert. vous savez ce vieux palefrenier qui traite Victoria-Oiieen, depuis qu'elle est indisposée?... Eh bien! ifa vu, par une nuit de la Toussaint, les trois Hommes couverts de grands manteaux rouges comme le feu, glisser sous les murailles du château et rentrer en terre aux premiers rayons du crépuscule... — Com'ne tout cela est naïf, gracieux, Oharmanl! dit la marquise, ah! l'Aliemagne!...

Le jeune M. Abel prémédita une galanterie trèsforte.

— L'Allemagne a ses revenants, répliqua-t-il, l'Angleterre ses chevaux, Strasbourg ses pâtés, Bordeaux son vin, Pékin ses porcelaines; mais Paris, ajoula-t-il avec une intonation qu'o!! peut se hgurer, Paris a ses jolies femmes! — Je voudrais être un poëte, déclamait cependant Mirelune en serrant doucefnent le bras d'Athénaïs Chocard, et puisque ce sujet vous plaît, mademoiselle, je ferais pour vous seule une belle ballade.

La joue d'Athénaïs était plus écarlate que les fantastiques manteaux des trois Hommes Piougcs.

— Si nous allions les voir!... murmura-t-eile toute tremblante, oh! comme j'aurais peur! — Avant d'arriver jusqu'à vous, Kuuleinoiselle, dit le chevaleresque

Ih SIXIÈME PAl'.TIE.

Mireliine, il faudrait passer sur mon cndavre!... — Mais enfin, disait la grosse épouse du rioiai)!e commerçant, soîii-ce des hommes comme vous et moi, monsieur Amal)le? — Oui et non, répondit Ficeik ; d'ailleurs, ma clière dame, tout ça n'est pas nouveau... On a fait la Dame blanche et mille autres livrets que je pourrais vous citer... Moi, qui vous parle, j'ai |)résenté au théâtie de rOpéra-Comique, du temps quM était sur la place de la Bourse, un grand ouvrage en trois actes... — Mais, enfin, y croyez-vous, vous? — Peuli! fit le vaudeviirste, ça réussit et ça ne réussit pas... le fantastique est bien usé!... (I f.iut de grosses charges ou des larmes... le public devient de plus e.i plus croûton. ~ C'est égal, dit la grosse dame, uioi je donnerais bien quelque chose pour voir ça. — .]\ ne dis pas, riposta Ficelle; avec un acteur capable et de beaux décors...

L'heure avançait; quelques minutes encore et le signal allait être donné.

Mais ce sujet d'entretien, qui avait gagné comme une contagion de proche en proche, diminuait singnlièreiiient rimi)aiii!i)ce générale. On ne pensait plus guère au feu d'aitifice ; les trois Hommes Rouges, voilà ce dont chacun s'occupait.

Les on dit se croisaient; les hypothèses ricochaient d'un groupe à l'autre; beaucoup de dames, amantes du merveilleux, pensaient que pour rendre la fêle complète, les Geidberg auraient dû donner, avant le départ, une représentation des trois H mimes Rouges. Réellement, il était piquant de revenir à Paris sans avoir vu la moindre apparition!

A un certain moment, M. le chevalier de Rcinhold, qui accompagnait madame la vicomtesse d'Audemer et Denise, se trouva auprès de Sara.

— Comme ce quart d'heure est long! murmura telle. — Patience! répondit Reinhold, cola vaut la (jciniMlaltendre.

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Sara reprit sa conversation avec le petit lion, ^'^ Rei.'ihold continua de dire des fadeurs à la vicomtesse.

Denise se taisait. Elle avait une vague frayeur, en songeant que Franz allait se trouver au milieu des pièces d'ariifice.

Dans toute l'enceinte réservée il n'y avait peut-être qu'eux seuls, avec Julien d'Audemer, qui entretenait tout hassa belle comtesse, à ne point parler des trois dénions de Bluthaupt.

Le timbre fêlé du beffroi sonna le premier coup de huit heures.

C'était le signal, tous les regards se concentrèrent sur le château.

Reinhold, Mira et madame de Laurens ne se contentèrent pas de regarder; ce coup de cloche produisit sur eux un efTet analogue et bizarre.

Sara quitta brusquement le bras de son petit lion; Reinhold abandonna madame d'Audemer étonnée, et le docteur, cédiint à une distraction peu flatteuse pour la duchesse de Tai tavie, planta là ce vieux souvenir de nos conquêtes.

Ils s'élancèrent tons les trois en avant, poussés par une irrésistible envie de voir; ils se rencontrèrent à la limite de l'enceinte.

Deux ou tros secondes s'écoulèrent durant lesquelles toutes conversations avaient cessé, rompues par le silence profond de l'attente.

Une lueur brilla au sommet des murailles; les mains du docteur, du chevalier et de madame de Laurens se joignirent dans l'ombre; ils ne disaient rien; ils ne respiraient plus. La lueur décrivit une courbe rapide et une douzaine de jets de feu s'élancèrent dans toutes les directions, traçant des lignes étincelanles.

Une de ces lignes descendait droit à la Douve; quand elle fut arrivée à son point d'arrêt une forte détonation retentit.

Les mains des trois complices se serrèrent, glacées.

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