I.E FTI.-; DV DIAni.E. T. VIII
rire l'épée; maintenant le carnet est iniiniment mieux porté.
II faut être un héros pour gagner vingt mille francs par an avec une épée vertueuse; il faut être un pauvre diable pour ne pas gagner quatre à cinq mille écus par mois avec un cariiCt sans préjugés.
Cela l'ait dilTéreuce.
M. le conilp, M. le marquis, ou M. le duc, n'a point oublié, soyez-en certains, la gloire de ses aïeux, mais, au lieu de la coiUiniier, il l'exploite.
Ne faul-il pas bien que la gloire serve à quelque chose. Assurément, si les vieux seigneurs du temps de François 1" ou même de Louis XIV voyaient leurs fils, soudoyés par la finance, racler la peau des bourgeois, à la suite de Robert-Macaire, ils entreraient en fort méchante humeur; mais ce serait le tort qu'ils auraient. Les siècles ont marché : autres temps, autres coutumes; nous sommes des philosophes; arrière, l'honneur et les perruques!...
Gekiberg, comme toutes les maisons puissantes, avait su ein ôlcr bon nombre de ces nobles courtiers. Il en avait de mâles; il en avait aussi qui appartenaient à la plus belle moitié du genre humain.
Grâce à ces auxiliaires qui agissaient dans la mesure d'une parfaite convenance et avec un savoir-vivre exquis, la maison comptait en dansant. Ses chefs, tout en ayant l'air exclusivement occupés de la fête, mêlaient à l'agréable une forte dose d'utile.
A part des choses commerciales, il y avait du bon et du mauvais dans les affaires privées. Le chevalier de Reinhold étuit toujours au mieux avec madame la vicomtesse d'Audemer, qui'lui avait prorais positivement la main de sa fille; Julien était fou de la comtesse Esther.
Julien n'avait pourtant pas oublié tout à fait le mystérieux billet, reçu au bal Favart, et qui l'avait tant ému quelques semaines auparavant.
LES BATARDS DE BLL'THAUPT. 23
Il se souvenait de cet averlissement étrange qui accusait le chevalier de Reinhold du meurtre de son père, et qui, lacéré par hasard, laissait planer des soupçons graves sur la famille de sa fiancée. Il avait relu le billet plus d'une fois, et il savait par cœur ces paroles effrayantes :
« Ta sœur va épouser l'assassin de ton père , et toi, la fille (ie... »
Il se souvenait encore des doutes qui l'avaient assailli le lendemain du bal de l'Oiiéra-Comiqne , lorsqu'il avait cru reconnaître, après cou|) , la comiesse Eslherdans sa belle comp;igiie de la veille.
Mais Julien joignait à un cœur franc et facile un esprit faible; il ainiiiit Esiher, et employait tousses efforts à éloigner ces gênants souvenii s.
Tout ce qu'il avait pu faire, c'était de remplir sa promesse à l'égard des trois bâtards de Blu'haupt, SCS oncles. Il avait dit : Je les verrai; je saurai ce qu'ils savent sur la mort de mon père.
En se rendant de P?'is en Allemagne, il s'était arrêté, en effet, dans la ville libre de Francfort-sur- Mein. Il avait demandé l'autorisation de pénétrer auprès des trois frères ; mais les trois frères étaient au secret, et l'autorisation lui fut péremptoirement refusée.
Pour d'autres motifs, madame de Laurens, le docteur Mira et le chevalier de Reinhold , en passant à Francfort -sur - Mein , demandèrent aussi à voir les trois bâtards de Bluihaupt.
Un duute vague s'était éveillé déjà dans leur esprit , peut-être , et ils voulaient s'assurer par euxmêmes...
Ils ne furent pas beaucoup plus heureux que le jeune vicoaite Julien. Cependant, grâce à l'influence qu'ils avaient gardée en Allemagne, ils pénétrèrent jusque <ians l'intérieur de la prison, dont ils purent admirer la tenue excellente.
2Zj SIXIÈME PARTIE.
De mémoire de geôlier, personne ne s'éiait évadé jamais de la prison de Francfort.
Sara , le docteur et Kcinliold, comptèrenl les guicheiiers ei mesiii èrenld'un œil intéressé la belle épaisseur des murailles.
De corridor en corridor, maître B'asiiis, l'ancien majordome de BUiihaupt, les conduisit jusqu'iiux trois cellules contigucs où les bâtards étaient renfermés...