‹ Le fils du silenceChapitre 16 sur 46 · AMA6IS ET PYÏHAGORE · texte numérisé non relu

AMA6IS ET PYÏHAGORE

aux jeux publics. Quelques-uns y viennent pour disputer le prix, d'autres pour faire le commerce et gagner des richesses, d'autres enfin pour regarder le spectacle et réformer leurs mœurs. De même, plusieurs viennent dans la vie pour conquérir la gloire; d'autres pour aimer les richesses qu'ils ont ou les richesses qu'ils n'ont pas. Mais quelques-uns recherchent la vérité et s'efforcent de devenir meilleurs : ceux-là, je les appelle philosophes.

— Moi, je les appelle sages.

— De même, ô Amasis, vie, santé, force, jet'appelle roi. Mais toi tu ne reconnais d'autre roi qu'Osiris et peut-être régner sur un seul pays te semble peu de chose. La sagesse que j'ai acquise, oh! comme elle me paraît peu de chose. Mais celle qui est devant moi m'appelle et m'attire irrésistiblement. Et je sais qu'il y en aura toujours devant moi. Celle qui me manque encore, je la nomme encore sagesse; celle qui me manquera, je la nommerai sagesse.

— J'entrerai, ô Pythagore, dans la subtilité noble de ta pensée. Et je dirai : Au pays de l'esprit, le sage était un roi pacifique et satisfait, mais le philosophe est un conquérant avide. Dès ta jeunesse, tu enrichis les hommes d'une inquiétude nouvelle. C'est pourquoi je t'aime, jeune conquérant des hautes régions. Je ferai pour toi ce que je peux. Je te donnerai des lettres pour les prêtres, particulièrement pour ceux

d'Héliopolis, qui sont les plus savants. Sur ma recommandation, peut-être ils t'ouvriront les pays de pensée et de science où ils promènent leur royauté satisfaite. Va donc et fais-toi aimer de ces hommes, afin que tu conquières leur royaume et que tu l'ajoutes à ton domaine.

Avec les lettres d'Amasis, Pythagore remonta le Nil vers Héliopolis. C'étaient encore les basses eaux. Elles dormaient, troubles et limoneuses. Leur laideur se bordait dune boue noire qui, cuite et recuite par le soleil, s'étalait en bancs plats ou se soulevait en masses abruptes. Au-delà, c'était, jusqu'à l'éblouissement parallèle des rocs lybiques et des rocs arabiques, une stérilité grise. Le kamsin poudreux avait cessé de souffler. Mais l'atmosphère restait aveuglante, enflammée, chargée de sable. A quelque distance, les arbres, vêtus de poussière, se confondaient avec la monotonie du désert.

Pythagore écoutait la prière ardente qu'un matelot adressait au fleuve :

— Lève-toi, lève-toi, ô puissant.

« Pour que la terre soit remplie d'allégresse, lève-toi.

« Pour que tout ventre se réjouisse, lève-toi.

« Pour que toute dent broie et que tout vivant reçoive sa nourriture, lève-toi.

<c Apis puissant, je t'invoque ;

« Pourtant les prêtres disent que nul ne te connaît, sinon par tes œuvres ;

« Nul ne sait un chemin pour aller vers toi ;

«Ni service ni offrande ne montent jusqu'aux lieux que tu habites ;

« Onnepeut t' attirer dans les mystères et on ne te trouve point par la force des livres sacrés. »

Quand le matelot tut sa mélopée, Pythagore vint à lui :

— Instruis-moi, dit-il, toi qui sais. Les sources du Nil divin, d'où coulent-elles?

L'homme fit un geste vague.

-— Les prêtres, répondit-il, disent qu'elles descendent du ciel. Il y a un Nil d'en haut sur lequel flottent les barques des dieux : celui que tu vois vient du fleuve céleste.

Dans les yeux, dans l'accent et sur les lèvres du matelot souriaient un peu de malice et de doute. Toutefois le philosophe n'osa point la parole qui brûlait ses lèvres :

— Que penses-tu de ces discours des prêtres? Mais il demanda :

— As-tu remonté bien loin sur le fleuve ?

— Dans ma jeunesse, je fus soldat. En poursuivant les kouschites, j'ai remonté le fleuve pendant des lunes. Toujours je l'ai vu aussi large, aussi plein, aussi fort. Afin de nous laisser le temps de

semer et le temps de moissonner, il a des saisons inégales ; il ne connaît nulle autre inégalité . On dit des fleuves vulgaires qu'ils reçoivent des rivières et des ruisseaux. Lui, il ne reçoit rien, et il donne tout. Peut-être qu'il n'a point de source.

Il ajouta, presque à voix basse :

— Ecoute ce que mon aïeul contait à mon enfance. Des matelots, qui se rendaient aux mines du Pharaon, vie, santé, force, remontèrent tellement le Nil, qu'ils finirent par déboucher dans une mer, là-haut, tout là-haut, au pays de Pount. Ainsi le Nil, qui se précipite , pour la combattre et pour la repousser, contre la mer méchante, contre la mer qui est Typhon, vient d'une autre mer qui, elle, est bonne comme Isis. Dans la mer-source se trouvent des îles nombreuses. Des êtres bienveillants peuplent ces terres ; mais aucun mot ne saurait dire la forme de ces êtres, ni leur façon de marcher, ni le mystère de leur langage, ni leur fantastique nourriture et la manière dont ils la mangent. Quand tu es dans une de ces îles, si tu t'y trouves bien, garde-toi d'en sortir. Tu ne la retrouverais jamais. Peut-être tu croirais revenir à la place où tu Tas laissée; mais tu n'y rencontrerais que le flottement d'un peu d'écume.

Arrivé à Héliopolis, Pythagore n'alla pas d'abord voir les prêtres. Le spectacle du Nil le retenait. Maintenant les vents étésiens soufflaient avec force

pendant tout le jour. Aux hommes et aux arbres, ils apportaient une joie fraîche. Ils délivraient les feuillages de leur gangue de poussière. Le fleuve cependant montait avec lenteur, et sa couleur changeait. Il devenait d'un vert gluant et terne, en tout semblable, s'il n'eût grossi et avancé, aux eaux saumâtres qui dorment dans les marais.

Vêtu du costume égyptien et perdu parmi le peuple, Pythagore regardait avec étonnement le Nil vert, et il écoutait. Les bavardages, souvent grossiers, disaient qu'aucun filtrage ne dépouillerait les eaux de la substance nauséabonde et malsaine, et celui qui en boirait éprouverait d'intolérables douleurs.

Le fleuve se troublait par degrés. Après quelques jours, il fut, masse de sang opaque et qui monte, le NU rouge. Le peuple buvait des eaux sanglantes et les déclarait très bonnes.

Le spectacle n'était que joie. Le courant, majestueusement élargi, recouvrait les sables altérés. D'heure en heure, dans un fracas couvert d'applaudissements, tombait quelque digue de boue. Le fleuve était la multiple victoire qui, parmi le cortège des acclamations et des cris de volupté de la nature, dans l'attente frémissante des canaux pénètre et triomphe. Troupeaux, enfants, hommes, tout gambadait parmi les eaux. Les larges vagues emportaient des bancs

de poissons dont les écailles lançaient au soleil des éclairs d'argent. Des oiseaux de toute plume s'assemblaient, nuées, cris et vertiges, au-dessus de la marche conquérante. Avant même l'arrivée du fleuve, le sable, humide de son approche, s'animait et grouillait de millions d'insectes.

Parmi les poissons que portait le Nil, un semblait particulièrement populaire. Les enfants ne l'apercevaient point sans lui adresser des paroles qui s'amusent :

— Fahaka, fahaka, l'eau diminuera, on t'attrapera.

C'est un poisson allongé, mais il a la faculté de se gonfler. Pour se faire soulever par les flots, il se tend comme une outre. Il se tend tellement que le poids de son dos l'emporte; voici qu'il bascule et s'envaà la dérive, montrant un ventre semé d'épines qui le fait semblable à un hérisson. Dans quatre mois, les eaux qui se retirent abandonneront sur les champs limoneux le monstre grotesque. Il y sera la proie des oiseaux ou des hommes ou, sort plus déplorable, deviendra le jouet des enfants cruels.

Dans un groupe de spectateurs, devant le débordement du Nil et de la joie, un scribe disait :

— Bénissons les dieux et bénissons nos ancêtres. Le Nil est le plus grand des biens, mais on n'a pas su d'abord s'en servir. Autrefois, au dire des vieilles

histoires, abandonné à lui-même, il changeait continuellement de lit. L'inondation n'atteignait jamais certaines parties de la vallée, et elles restaient improductives. Ailleurs, il séjournait avec persistance et transformait le sol en bourbiers pestilentiels.

Un homme du peuple remarqua :

— Le Nil de cette époque était tel que les richesses d'aujourd'hui. Mal distribuées, elles font qu'il y a des pauvres arides et des riches marécageux.

Le groupe rit longuement. Puis le scribe reprit :

— Le triangle de victoire que le Nil jette devant les rugissements de Typhon n'était pas encore notre riche et magnifique Delta. Une partie était noyée sous le fleuve; une partie, perdue sous l'amertume humide et stérile. C'était un marais informe coupé de rares îles de sable. Des papyrus l'encombraient, aussi des lotus, et encore d'énormes roseaux à travers quoi les bras du Nil s'agitaient comme le désespoir et l'impuissance. Nos ancêtres étaient vaillants. Ils apprirent à régler le cours du fleuve, à l'endiguer, à creuser des canaux qui portent jusqu'aux montagnes l'inondation et ses bienfaits. Le combat dura des myriades d'années, et nous jouissons de la victoire.

Le scribe conclut :

— Misraïm est un don du fleuve; et cependant

Misraïm est une conquête de nos pères. Les dieux donnent des matériaux; ils veulent que nous les travaillions. Les premiers grains viennent des dieux; il faut que tu sèmes pour avoir assez de grains. Bénissons les dieux et bénissons les hommes d'avant nous.

Pythagore songeait :

— Tout ce qui est bon est l'œuvre commune des hommes et des dieux. Ma forme et ma pensée viennent de ceux d'autrefois, dieux et hommes. La forme et la pensée des dieux de demain viendront un peu de moi. Il faut que j'imite Dieu et son progrès pour que Dieu imite Pythagore et son progrès. L'œuvre extérieure que Dieu ébauche péniblement et l'effort de Dieu pour devenir, il faut que j'aide à tout cela.

Puis, dépliant le livre dont Protogène lui fit présent, il descendait aux profondeurs orphiques.

Pythagore employa une lune, regardant le fleuve et la joie qui s'élargissaient, écoutant les paroles des simples et leur naïve plénitude.

Souvent il se demandait :

— Les ignorances du peuple ne contiennent-elles pas une quantité de sagesse aussi grande que les erreurs et les mensonges des prêtres?

Il songeait à l'ouvrier qui comparaît les richesses au Nil malfaisant d'autrefois et souhaitait qu'elles

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se répartissent enfin également sur toute la vallée humaine, faisant cesser l'aridité des uns, la marécageuse pourriture des autres.

— Celui-là, murmurait-il, m'a peut-être donné un trésor aussi précieux que l'hiérophante des grands mystères.

Son désir de savoir les secrets mêlés que les prêtres cachent au vulgaire était combattu par une répugnance pour les prêtres.

— Zeus et les tyrans — se disait-il avec le poème orphique — aiment la petite mesure de justice qui sert au présent et à la continuation du présent. Les prêtres aiment la petite portion de vérité utile à maintenir les prêtres. Mais le tyran nomme justice sa volonté ou son caprice; et le prêtre nomme vérité lia parole du prêtre.

Pourtant il finit par prendre entre ses mains les tablettes d'Amasis et par se rendre à la demeure du grand-prêtre Menna.

— Àmasis, vie, santé, force — dit le prophète, après avoir lu — demande que nous t'aimions comme son propre fils. Nous t'accorderons donc, jeune étranger, ce que nous accorderions à un fils d' Amasis, vie, santé, force, qui ne serait pas égyptien.

Il sourit avec condescendance et malice. Puis il interrogea :

— Le Pharaon, vie, santé, force, vante ton intelligence. Tu n'es pas le premier Hellène qui vienne ici loué par un roi. J'ai connu ton maître Phérécyde, et mon père m'a souvent parlé de ce Solonqui, plus tard, donna des lois à Tune de vos cités les plus illustres. Es-tu, jeune Samien, un sage comme Solon et comme Phérécyde?

— Dieu seul est sage, dit Pythagore. Pour moi, je suis un homme qui s'efforce vers Dieu et vers la Sagesse.

— Que désires-tu de moi?

— Je suis, devant toi, le pauvre qui demande l'aumône; mais tu m'enrichiras sans t' appauvrir . Je demande le bien qu'on partage sans le diminuer. Je demande que tu me donnes ce que tu as de sagesse.

— La sagesse en a conduit plusieurs aux richesses, et tu demandes beaucoup.

— Je demande davantage. Mon amour de la sagesse suffit à me faire mépriser les richesses. Si donc tu me donnes la sagesse, le seul bien durable, celui que nul ne peut nous enlever, celui qui ne devient jamais un mal, quel sera mon dédain pour les biens périssables, précaires, semblables à des esclaves toujours prêts à se soulever et à se retourner contre leur maître !

— La sagesse en a conduit plusieurs au pouvoir, et tu demandes beaucoup.

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— Je demande davantage. La sagesse est la seule beauté véritable, la seule véritable puissance. Celui qui l'aime méprise, d'une fidélité ardente, tout ce qui n'est point elle.

— Tu refuserais donc le pouvoir, si les hommes te l'offraient?

— Je ne sais pas encore. La sagesse m'apprendra ce qu'est le pouvoir et s'il faut le subir comme un fardeau qui soulage les autres hommes, ouïe rejeter comme un mal qui ne se mêle d'aucun bien. Quand je l'aurai entendue, celle dont je veux écouter les seuls conseils, j'agirai selon qu'elle aura dit. Le pouvoir permet-il de rendre les hommes heureux et ne fait-il pas plus mauvais celui qui l'exerce : alors, je consens, par amour pour mes frères, à porter le pouvoir. Mais si, comme je le crains, la tyrannie, sous toutes ses formes, ne permet que le mal; si toujours la couronne déprime le front, écrase la pensée, alourdit l'élan vers Dieu et la sagesse, alors, de toutes mes forces, de tout mon amour pour le bien d'autrui et pour mon propre bien, je repousse la charge déformatrice et méchante.

— Que donneras-tu en échange de ce que tu demandes?

— Je demande parce que je n'ai rien. Toutefois je donnerai quelque chose.

— Quelle chose peut donner celui qui n'a rien?

— Le plaisir de donner .

— Es-tu prêt à nous payer les sommes que nous exigerons de toi?

— O maître, épargne-moi cette épreuve grossière. Si tu vendais ta sagesse pour de For, elle serait donc plus pauvre que For, la chose pauvre que tu appellerais sagesse ! La sagesse et l'amour qui se vendent ne sont plus amour ni sagesse, et ils ne valent point d'être achetés.

— Pourquoi demandes-tu la sagesse, toi qui la possèdes?

— La sagesse est le caducée où s'enroulent vertu et connaissance. L'amour de la connaissance me donne peut-être un commencement de force et une inquiétude de vertu. Donne-moi ce que tu as de savoir afin que j'en fasse de la vertu.

— Tantôt tu semblés croire que la vertu est le chemin de la connaissance; tantôt que la connaissance est le chemin de la vertu?.. .

— - L'homme fort travaille. Son travail produit sa nourriture. Sa nourriture produit sa force. Et sa force produit son travail. Peut-être rien dans le monde n'est tel qu'une ligne droite. Peut-être toutes choses sont telles que des cercles .

Il ajouta, d'une voix plus basse, comme s'il se parlait à lui-même :

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— La route de l'effort est une spirale qui monte dans la lumière et dans la gloire. Mais, si je cesse de m'efforcer, il y a en moi un poids méchant et ma route devient la spirale qui descend vers les ténèbres .

— Tu es digne d'entrer, ditMenna.

Une vaste joie éclaira le visage de Pythagore. Mais une lueur de malice scintilla aux yeux du prêtre, qui répéta:

— Tu es digne d'entrer. Mais la porte est épaisse et tu ignores de quelle façon il convient de frapper pour être entendu de l'autre côté de la porte. Vat-en donc, car tu es digne de tout, mais tu n'obtiendras rien.

— Enseigne-moi l'art de frapper.

— Tu sais beaucoup de choses. Ce que tu ne sais pas, nous ne pouvons l'enseigner aux étrangers.

— Suis-je un étranger?

— Tu viens de Samos.

— Je viens des dieux et je marche vers Dieu. Je ne suis pas Samien, je suis philosophe. Je n'aime aucune patrie, j'aime la vérité. Si Héliopolis est pour moi le pays de la vérité, Héliopolis devient ma patrie et mon amour.

— Tu frappes avec obstination, mais tu ne sais pas frapper.

— N'avez-vous pas instruit Solon?

— Nous avons instruit Solon.

— N'était-il pas étranger comme moi ?

— Quand nous l'avons instruit, il n'était plus étranger.

— Fais donc que je devienne semblable à lui et que je cesse d'être étranger.

— Tu commences à bien frapper. Maintenant, va dans la ville, écoute et regarde. N'essaie de pénétrer dans aucun temple et ne parle à aucun prêtre . Laisse passer ainsi une lune. Ensuite tu reviendras, et peut-être tu me trouveras.

— Je te rends grâce, ô Menna, pour l'avenir. Mais aujourd'hui je pleure de n'avoir point trouvé Menna.

Le grand prêtre fit subir à Pythagore d'autres interrogatoires et d'autres épreuves. Enfin, il lui ordonna :

— Fais-toi circoncire. Ainsi tu seras Égyptien et il sera permis de te communiquer la science d'Egypte.

— Tout chemin est beau, ô Menna, qui conduit à la science.

Après la circoncision, le prophète dit au philosophe :

— Te voici l'un de nous. Nos temples te sont ouverts, nos paroles te seront sincères et nos livres se déploieront devant toi . Va et fais-toi aimer par

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ceux qui savent les paroles et par ceux qui ont la clé des livres.

Pythagore se fit l'ami et le disciple de plusieurs prêtres. Ils lui dirent les doctrines successives qui enroulent sur Isis des voiles de plus en plus proches. Puis ils lui enseignèrent la langue sacrée. Alors le prophète Oinouphis, qui l'aimait particulièrement, lui ouvrit le trésor des livres et lui permit d'étudier les écritures de Theuth, que les Hellènes nomment Hermès.

Non seulement Oinouphis ouvrait pour Pythagore le trésor des livres, mais encore il avait plaisir à expliquer ce que le jeune homme ne comprenait point de lui-même. Or Pythagore s'était fait aimer du gardien des livres par ruse, comme un séducteur se fait aimer d'une femme riche; mais peu à peu il aima Oinouphis.

Ce n'était pas un prêtre semblable aux autres. Exempt d'ambition et d'orgueil, il s'enfermait dans l'étude et ne connaissait de joie que la joie d'apprendre. Les heures qu'il ne passait point à lire, il les employait à réfléchir. Il flottait épars dans ces rêves légers qui continuent les lectures et qui courent, par toutes les directions, au-delà de ce que les anciens ont écrit. Il y rencontrait des pensées audelà même de ce que les mots des anciens consentent à dire, pensées fuyantes et lointaines qui dispa-

raissent et se montrent aux coudes d'un inaccessible chemin de montagne. Dans quelques générations, elles seront peut-être saisissables et exprimables. Aujourd'hui, elles soulèvent leur ami d'on ne sait quelle joie douloureuse, appel et déception, plus pleine pourtant que la pauvreté de toutes les joies précises. Autour de sa voix, elles mettent un étrange clair-obscur de frémissement et d'hésitation.

Dans la parole d'Oinouphis, parfois lourde de trop de passé, parfois haletante et chancelante comme les premiers pas d'un enfant vers l'avenir, souvent éloquente et rapide comme un char de clarté, Pythagore aimait la science d'Egypte. Et dans la beauté d'Oinouphis, l'Hellène aimait la beauté égyptienne.

Comme les meilleurs de sa race, le prophète était grand, mince et élancé. Ses épaules larges et pleines, les muscles saillants de sa poitrine, ses bras nerveux donnaient l'impression de la force. La main longue, la hanche sobre, la jambe sèche où s'accusaient nettement le mollet et le genou, le pied mince et lancé en avant disaient la finesse. Les sculpteurs grecs auraient trouvé sa tête trop forte pour son corps. Le front carré, peut-être un peu bas, semblait le siège de la pensée, de la douceur et de la tristesse. Le regard des yeux grands et bien ouverts, le sourire des lèvres épaisses mais non

discours d'oinouphis loi

renversées chantaient la noblesse de la résignation, presque la grâce de la douleur.

Ah! les belles idées qu'il saisissait parfois dans la corbeille d'un symbole, vide pour d'autres ou pleine de banalités ! Ah ! la fraîcheur profonde des sentiments qui — telle, l'eau d^s légendes jaillit du roc frappé au bâton mystique — s'élançaient de l'aridité des vieilles histoires, dès qu'elles étaient touchées par Oinouphis!

Un jour, Pythagore s'émouvait de la folie des hommes qui, sous la conduite de Gyrus, recommençaient les grandes guerres.

— Ecoute, mon fils bien-aimé, dit le prophète. Tu crois avoir lu, dans Homère, l'histoire d'Hélène la laconienne. Mais Homère a vu ce que voit un guerrier, et il n'a point connu la vérité.

« Héra, irritée contre Paris, enleva Hélène et la confia à Hermès pour qu'il la transportât en notre pays de Misraïm. Cependant la déesse avait assemblé un fantôme formé d'air et de vent auquel le fils de Priam prodiguait la folie de ses baisers. Akhéens et Troyens combattirent dix ans et dix ans enrichirent le royaume d'en bas, pour la conquête d'un fantôme.

« O mon fils, les hommes ne se sont jamais battus que pour des fantômes. Les vraies beautés ne se conquièrent point par les armes. Si tu veux posséder

Hélène et non le fantôme, ne va pas au pays des combats et dans le monde des vaines conquêtes extérieures; mais descends en toi-même jusqu'au royaume de la paix. Ne sois jamais parmi les fous qui tuent pour un peu de vent ».

Oinouphis, le prophète aux belles paroles un peu découragées, n'était pourtant point, au cœur de Pythagore, l'égal de Phérécyde. Il restait prêtre par son application aux pratiques puériles. Il aurait cru commettre un crime, s'il avait négligé de purifier deux fois par jour l'air qu'il respirait. Mais il eût considéré comme un abominable sacrilège d'intervertir l'ordre fixé et d'employer à cet office la myrrhe le matin ou, quand le soleil est au zénith, la poixrésine . Pythagore avait peine à cacher son sourire quand il l'entendait adresser à un esclave de solennelles recommandations :

— Porte devant moi les torches ardentes et purifie l'air selon les rites sacrés. Si quelque profane a souillé la terre où je marche, que la flamme lustrale efface l'empreinte. Partout où je passe, répands la vapeur de la poix embrasée. Après avoir rendu hommage aux dieux avec les cérémonies prescrites, rapporte dans le temple la flamme du foyer sacré.

Il portait sur lui des amulettes nombreuses. Ecrit en caractères archaïques, le nom de la divinité pos-

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sède, affirmait-il, la puissance d'écarter tous les dangers extérieurs. Il n'était pas toujours, parmi la forêt des symboles ou dans les ruines hantées des vieilles histoires, le chasseur qui, d'une course brusque ou d'un piège adroit et patient, saisit une pensée nouvelle. Souvent il étudiait le Recueil des chapitres des rites divins faits au temple d'Ammon- Râ, roi des dieux, par le prêtre de service. C'est lui que ses confrères consultaient quand, à propos de quelque détail rituel, une hésitation les tourmentait. Avec gravité, il récitait le Chapitre de placer la mesure d'encens sur V encensoir; alors la profondeur de ses commentaires émouvait l'admiration des jeunes prêtres. Il était incomparable pour expliquer le Chapitre d'agiter le tison et pour enseigner à raviver, en la secouant, la mèche enflammée où l'on doit prendre le feu du sacrifice. Nul geste n'était aussi solennel que le sien pour briser, dans les circonstances prescrites, le sceau et le lien qui fixent le verrou du naos. Quoiqu'il tremblât d'émotion mystique en avançant vers la statue du dieu, comme il craignait d'oublier quelqu'une des innombrables génuflexions, il se récitait intérieurement le Chapitre de flairer la terre, de se mettre sur le ventre, de toucher la terre de ses doigts.

Pythagore passa plusieurs années à Héliopolis, lisant et écoutant. Il lui était arrivé, dans les com-

mencements, d'interrompre Oinouphis pour une question ou pour une objection.

Le prophète alors le regardait avec étonnement et il prononçait des paroles irritées ou, pendant plusieurs jours, il se taisait comme on se tait devant l'homme sans intelligence. Si parfois il répondait, Pythagore sentait que la pensée, détournée de son cours naturel, devenait, comme le fleuve qui rencontre une digue, pénible et bouillonnante.

Le philosophe, après quelques expériences, se fit une règle de ne plus interrompre. Seulement, si le discours d'Oinouphis s'arrêtait trop tôt, Pythagore prononçait les paroles d'admiration avide qui excitent les orateurs.

Le jeune homme, un jour, se lit une amulette, tout comme un prêtre. Sur un papyrus qui longtemps ne le quitta plus, il écrivit :

« O Pythagore, écoute et n'interromps pas. Ta voix est le roc contre quoi s'irrite et écume le flot des paroles. Et bientôt la mer se retire, te laissant pauvre et aride. Mais ton silence n'est-il pas le vase où les eaux se précipitent joyeuses pour t'enrichir? »

— O mon fils, — lui disait le prophète, — le doigt sur la bouche, ne l'oublie jamais, est l'hiéroglyphe qui désigne l'enfance. N'oublie pas non plus cette loi de la vie : plus un être doit devenir parfait, plus son enfance se prolonge. Le chien ne tarde guère à

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se suffire. Mais il faut des années pour faire un homme et beaucoup plus pour faire un sage. Tant que tes oreilles s'empliront de connaissances nouvelles, prolonge ton enfance heureuse et, comme sur un trésor ou sur le naos du temple on scelle le verrou, pose un doigt sur ta bouche fermée.

Alors Pythagore descendait en des méditations profondes :

— Combien de siècles encore, se demandait-il, durera l'enfance de Dieu?

Mais il repoussait l'invasion flottante de la rêverie, et il s'ouvrait, noble cratère, aux paroles extérieures . Oinouphis proclamait :

— Dès le commencement, était Teb-Temt, c'est-à dire l'Enveloppé dans l'Enveloppe. Et parfois, quand tu parles de l'Enveloppe, tu la nommes l'Univers; et parfois, quand tu parles de l'Enveloppé, tu le nommes Dieu. Or l'Enveloppe d'abord était humide et, dans ce premier état, nous l'appelons Nou, mais les Hellènes l'appellent Okéanos. Ses flottements incertains agitaient confondus les germes des choses. Et c'est pourquoi quelques-uns l'appellent aussi Chaos. Mais, ô mon fils bien-aimé, essaie de comprendre. Quand je parle du commencement ou de l'état premier, je dis un mensonge et j'obéis à une exigence de ton esprit, non à un besoin du réel. Ton corps a besoin de s'appuyer sur quelque chose,

ton esprit a besoin de s'appuyer sur dupasse. Et le siège où tu t'assieds repose sur le sol ; et le passé qui te soutient repose sur un commencement. Mais la terre, crois-tu qu'elle ait besoin de s'appuyer sur autre chose? Mais le temps, crois-tu qu'il ait besoin de s'appuyer sur un commencement? En dehors de ton esprit, le temps s'appelle Eternité. Il est ce qui soutient et il n'a pas besoin d'être soutenu. Aux périodes liquides où les éléments se confondent et où l'Informe flotte sans rive et sans pente; aux périodes harmonieuses où les formes coulent sur la pente d'Amour, entre les rives de la Loi : toujours, au sein de l'Enveloppe, Dieu s'engendre et s'enfante lui-même. Dieu, le Un unique, Celui qui existe par essence, le Seul qui vive en substance, le Seul générateur dans le ciel et sur la terre qui ne soit pas engendré par un autre, le Père des pères, la Mère des mères, le Fils de soi-même. Père par cela seul qu'il est, il engendre éternellement sans épuiser ni sa force ni l'éternité. Il ne peut être sans engendrer, et il est impossible qu'il ne soit pas : c'est pourquoi le monde est éternel comme Lui. Le monde, mais non la forme actuelle du monde. Les formes de l'Enveloppe changent ; mais Lui, l'Enveloppé, ne change point. L'Enveloppe change de formes, mais elle ne disparaît jamais; et c'est pourquoi on ne soulève pas les voiles d'Isis. De toute éternité, Dieu produit

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en Lui-Même un autre Lui-Même; Père, Mère, Fils, il est éternité, il est immensité, il est indépendance, il est volonté souveraine, il est bonté sans limites. Il développe éternellement ses vertus, et il crée ses propres membres, et il produit les dieux. Mais les dieux sont ses membres, mais ses membres sont ses vertus, mais ses vertus sont sa vertu, et sa vertu est son essence, et il n'y a que Lui.

« Et il n'a pas de nom, et il a tous les noms. Tous les noms le nomment, puisque chaque chose est une enveloppe qui, comme les bulles que font les enfants, se dissiperait, si l'Enveloppé n'était dedans pour la soutenir.

<c Et tu es Lui, et II est toi. Et tu Le caches, et tu Le révèles. Et, quand II s'engendre, Il ne s'épuise pas ; et, quand tu meurs, tu ne t'anéantis pas.

« Car, toi non plus, tu n'es pas uniquement ton enveloppe. Tu es une chose que les yeux peuvent voir ; mais tu es trois choses que les yeux ne peuvent voir. Et ce que les yeux peuvent voir mourra comme les yeux ; mais ce que les yeux ne voient point est immortel comme la lumière. Ecoute donc, mon fils bien-aimé, la vérité qui te concerne, toi qui n'es que Pythagore, toi qui deviendras l'Osiris-Pythagore.

« Il y a en toi un double qui survit à ton corps. Si on t'ensevelit selon les rites et avec les précautions nécessaires, il vivra immortel dans le tombeau. Mais

ton double n'est qu'une ombre et il y a en toi des êtres plus précieux .

« Une matière subtile est en toi, par quoi propreprement tu es homme. Et ceux qui savent la nomment baï, c'est-à-dire oiseau. Quand tu meurs, ton baï s'envole vers l'autre terre, épervieravec une tête et des bras d'homme; et il peut, à son gré, rentrer dans le tombeau ou en sortir.

« Mais tu n'es pas seulement ton corps, ton double ou ton ombre, ton baï ou ton âme humaine. 11 y a encore en toi une parcelle de flamme. Et ceux qui savent la nomment khou, c'est-à-dire la Lumineuse. Instruis ici-bas ta Lumineuse de toute la sagesse, munis-la de tous les talismans contre les périls du grand voyage. Si tu fais ce que je te dis, à la mort, khou abandonnera la terre pour n'y plus revenir et elle se joindra au cortège des dieux de lumière.

<( Or, pour entrer au pays des morts, tu passeras, à l'ouest d'Àbydos, par une fente qui s'ouvre dans la montagne. La barque du soleil se glisse* chaque soir, avec son cortège de dieux, dans la bouche de la fente, et ils entrent dans ce que notre aveuglement nomme la nuit. Ton âme s'y glissera derrière eux sous la protection d'Osiris, vie, santé, force.

« Mais, d'abord, tu auras comparu devant Osiris, seigneur de l'Occident et devant les quarante-deux

discours d'oinouphis 159

juges. Même bon, tu auras comparu dans un tremblement et tu auras redouté le témoignage de ton cœur. Tu auras dit : « O cœur, mon cœur qui me viens de ma mère, mon cœur de quand j'étais sur terre, ne te dresse pas comme un témoin, ne lutte pas contre moi, ne m'accuse pas devant le dieu grand. » Ceux-là contre qui leur cœur se dresse comme un témoin tombent aux lieux bas : ils trouvent, pour toute nourriture, des matières immondes; ils s'agitent parmi le grouillement des serpents et des scorpions; ils rencontrent enfin, après mille douleurs, l'anéantissement. Mais toi, mon fils, si tu écoutes docilement ma parole, tu sentiras devant les juges grandir ta science et ton pouvoir. Ton cœur t'absoudra. Tu prendras, parmi le cortège des dieux, les formes qui te plairont : épervier d'or, lotus, phénix, hirondelle. Tu combattras le crocodile, l'hippopotame, la tortue et le serpent. Tu seras secouru par Isis et par Nephtys et tu deviendras Osiris. Tu parcourras les demeures célestes et tu seras, aux champs d'Aïlou, le laboureur mystique. Puis tu te mêleras, pour longtemps, à la troupe des dieux et tu marcheras avec eux dans l'adoration du soleil. »

En une stupeur comme multiple, Pythagore écoutait ces rêves nobles et ces folies, ces beautés poétiques et ces enfantillages. Il ne comprenait pas que

tant de contradictions pussent déchirer l'étoffe du discours sans que l'orateur s'en aperçut. Il songeait :

— Mille générations de prêtres, génies et imbéciles, ont entassé cet amas croulant. J'entends des paroles anciennes d'une myriade d'années et soudain des paroles qui sonnent la nouveauté fragile ; mais celui qui les prononce les croit toutes du même âge. Plusieurs races se sont superposées et mêlées sur ce sol d'Egypte ; leurs religions se sont recouvertes aussi et des sommets antiques émergent parmi des poussières d'hier. Des commentaires étalés comme un stuc sur les contradictions les plus rugueuses sont confondus avec la pierre solide.

Il se demandait :

— Phérécyde a-t-il eu raison de m'envoyer ici?

Il relisait secrètement le poème orphique dont lui fit présent Protogène, son hôte athénien. Et chaque soir, avant de s'endormir, il se récitait F Antre aux sept replis.

Il trouvait aux rythmes de son maître un sens de plus en plus riche. Et il disait, tâtonnant :

— Peut-être j'ai entendu d'abord avec mes oreilles toute la Parole. Mais il fallait des mots nombreux pour la déployer devant mon esprit. Phérécyde était le volume roulé. Les mystères et les prêtres sont des mains qui l'étaient.

osiris 461

Parfois Oinouphis contait un drame douloureux : Osiris déchiré par Typhon, et les recherches anxieuses et les larmes d'Isis. Pythagore alors songeait aux lambeaux de Zagreus dispersés par les Titans ou à Goré disparue et que Déméter cherche une torche dans chaque main. Sans mots, ou avec ces mots vagues qui ne viennent pas jusqu'aux lèvres, il pensait à la Substance qui appelle la Force, quand la saison stérile semble une mort définitive . Mais elle retrouvera l'époux ou le fils. Il n'est point perdu, il n'est point mort; il est seulement caché et replié dans du sommeil. Et les tristesses de l'hiver croient pleurer, mais elles chantent, sans le savoir, l'approche du printemps.

Un jour, sur une colonne, le jeune philosophe lut cette inscription : « Je suis le roi Osiris, vie, santé, force. A la tête d'une expédition, j'ai parcouru la terre jusqu'aux lieux inhabités des Indes et jusqu'aux régions mystérieuses qui s'inclinent vers l'Ourse. J'ai bu aux sources de l'Ister et, reprenant ma course, je suis allé jusqu'à l'Océan. Pas un endroit de la terre que je n'aie visité, et partout j'ai passé en faisant le bien. Je n'ai point conquis les hommes par les armes, mais par l'enseignement et par la douce persuasion. Je n'ai point conquis les hommes pour que je sois leur tyran, mais pour qu'ils deviennent leurs propres maîtres ».

Et Py thagore prenait un bain d'espoir et de réconfort. Plus tard, bientôt, il irait aussi conquérir les hommes par la vérité et par la douceur, les conquérir à Osiris ou à Zagreus, c'est-à-dire à euxmêmes.

Dans la nuit, il prononçait parfois des paroles enthousiastes :

— O mes frères, je veux devenir et vous apprendre à devenir. Dépouillons tout ce qui palpite en nous sans être notre cœur. Soyons ce que les Titans épargnèrent de Zagreus et, sur ce reste frémissant, l'œil fixe et fécondateur de Zeus. Soyons l'intelligence toute penchée vers le cœur; soyons, dans la calme lumière, l'homme qui, autour du cœur, se reforme tout entier. Soyons, dans la clarté pacifique, des cœurs qui triomphent élargis.

Lorsque, parmi des pensées plus belles que ce qu'il entendait et ce qu'il lisait, Pythagore eut, de longues années, écouté Oinouphis et étudié les livres de Theut, il reçut des lettres d'Eunome, son frère aîné. Malade, sa mère Parthénis désirait le voir avant de mourir. Son père Mnésarque, bien vieilli, aspirait aussi à l'étreindre dans la faiblesse de plus en plus lourde de ses bras.

Pythagore fit donc ses adieux au prophète son maître, et il quitta Héliopolis.

Amasis était mort. Psammétique, son fils, luttait

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