AMASIS ET PYTHAGORE
Le roi Amasis, ayant lu les lettres de Phérécyde, dit à Pythagore :
— Je ne partage point Terreur de mon peuple, qui méprise et déteste l'étranger. J'accueille favorablement ceux qui viennent vers moi avec des intentions bienveillantes. Entre tous, les Hellènes sont mes amis. Ils n'ont pas la science sublime des prêtres d'Egypte. Le peu qu'ils savent sur les dieux et sur les origines du monde, ils l'ont appris de nous. Mais, tournés vers le détail de la vie humaine, ils la connaissent plus parfaitement. Notre science est la source pure et haute; l'embouchure, qui se charge d'impuretés et qui coule en bas, s'étale plus vaste et plus riche. Pour toi, tu m'apportes des lettres de Phérécyde, le plus sage des Hellènes et celui que j'aime par dessus les autres. Ayant lu ces tablettes, je te connais ; tu es digne de tout l'amour : tu deviendras digne de toute l'admiration; sur la génération de ceux qui sont jeunes à cette heure, tu brilleras comme, sur la tête d'une reine, la lumière d'une couronne. Dis-moi donc ce que tu désires et, si tu ne désires que le possible, tu l'obtiendras. Veux-tu des richesses? veux-tu des honneurs? Parle, afin que je sache et que je te satisfasse.
Pythagore répondit :
— O Amasis, vie, santé, force, je ne désire ni les richesses ni les honneurs, mais la sagesse.
— Les richesses et les honneurs dépendent de moi Mais Phérécyde a plus de sagesse et il peut t'en donner davantage . Situ as reçu tout ce que possède Phérécyde, je dois saluer en toi un sage.
—Amasis, vie, santé, force, si jeparlais à un homme vulgaire ou à un prêtre, je dirais : « La sagesse appartient aux dieux, non aux hommes ». Devant toi, j'oserai toute la vérité. Je ne sais si les dieux euxmêmes sont sages. J'espère seulement qu'un jour Dieu sera sage. Quant à moi, je ne puis qu'aimer la sagesse et y aspirer de toutes mes forces. Je veux monter sur les plus hauts sommets, et je n'affirme point que ma main touche ou touchera le ciel. C'est pourquoi je refuse, dans le présent et dans l'avenir, le nom de sage. Si dbnc, pour l'élan de mon cœur, tu veux me donner un nom d'amour et de gloire, appelle-moi plutôt philosophe.
— J'entends, dit Amasis, un mot nouveau pour mes oreilles. Encore que tes paroles prudentes l'aient éclairé comme un cercle de lampes, je t'aimerai si tu me l'expliques mieux.
— Amasis, vie, santé, force, je suis à l'âge du silence. Je suis à l'âge des oreilles ouvertes et de la bouche fermée. Toutefois, puisque tu l'ordonnes, je parlerai. La vie des hommes m'apparaît semblable