‹ Le fils du silenceChapitre 18 sur 46 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

Pendant le voyage de Babylone, Pythagore songeait à la ruine soudaine de la puissante Egypte. Il écoutait les soldats ou ses compagnons de captivité dire la chute récente du royaume de Lydie, des empires d'Assur et de Ghaldée. Les Egyptiens se taisaient, accablés sous le poids de leur cœur. Les Grecs vantaient, à cause de ces écroulements, la force et la foudre de Zeus irrité. Les Hébreux clamaient haineusement la puissance d'Iahvé et les coups inévitables dont il frappe les persécuteurs de son peuple. Mais Hadabab, jeune prêtre chaldéen, qui accompagnait les soldats de sa race, imposant silence aux autres, affirma :

— Tout ce qui arrive dans le monde est l'œuvre de Mardouk.

Un israélite protesta :

— Mardouk est un faux dieu. Il n'a pu protéger même sa ville. Iahvé seul est puissant; Iahvô seul est fidèle.

— Jérusalem, remarqua le Ghaldéen, est tombée avant Babylone. Mais dans la chute de Babylone plus que dans toute autre chose il convient d'admirer la force de Mardouk. Le roi Nabounahid, le même que les Juifs ignorants appellent Balthazar, fut un impie. C'est pourquoi le maître des dieux s'affligea profondément et tous les dieux qui habitent les temples de Babel abandonnèrent leurs sanctuaires. En ces jours ténébreux, on ne voyait plus Mardouk et les divinités ses alliées aux processions de Kalanna : ils s'étaient réfugiés en d'autres cités qui ne leur refusaient pas le respect. Cependant la race de Shoumir et d'Accad, toute en deuil, les pria de revenir. Pour accéder à cette requête et pour satisfaire le peuple, Mardouk choisit un maître qui gouvernerait selon son vouloir. Cyrus et ceux qui descendraient de lui, il les proclama rois du monde entier, et il annonça ce titre à toutes les nations. Il invita Cyrus à marcher contre Babel, sa propre ville. Il conduisit l'armée perse comme un ami et comme un bienfaiteur. Les troupes de Cyrus, que tu ne saurais nombrer non plus que les flots de l'Euphrate, et les épées, et les arcs, et les massues, ne furent qu'un vain ornement. Car Mardouk les conduisit, sans combat ni résistance, jusqu'à Kalanna; puis il cerna et conquit sa propre cité. Le roi Nabounahid, parce quïl avait méprisé Mardouk.

Page 1