ÉCROULEMENTS D'EMPIRES
Mardouk le livra aux mains de Gyrus. Le peuple de Babel, et beaucoup parmi ceux de la race de Shoumir etd'Accad, et les nobles, et les prêtres, s'étaient soulevés contre l'impie, et ils refusaient de lui baiser les pieds. Ils transportèrent leur serment de féauté et ils se réjouirent de leur nouveau maître. Car le Dieu qui ramène les morts à la vie et qui est secourable dans tout malheur et dans toute angoisse avait, longtemps avant la naissance de Cyrus, appelé Cyrus par son nom et maintenant il lui accordait sa pleine faveur.
Pythagore riait au fond de lui-même. Et il se disait, en paroles de silence :
— Ce ne sont point les dieux qui renversent les empires, ni les ennemis des empires. Les empires se renversent d'eux-mêmes. Quoi que chantent les poètes, quand les Titans entassèrent montagnes sur montagnes, Zeus ne saisit point sa foudre. Zeus géomètre regarda et il rit. Au bruit de son rire, les amas disproportionnés croulèrent, écrasant les fous non géomètres qui les avaient dressés.
« Pharaons, Assur, Babylone, ô Titans imprudents qui entassez provinces sur provinces et qui vous réjouissez quand s'accroît l'amas monstrueux... Ni Zeus, ni Iahvé, ni Mardouk n'ont besoin d'intervenir pour que croulent vos montagnes à base trop étroite. Voici que les Perses recommencent la folie
d'orgueil et d'amoncellement : à leur tour ils dressent, par de grands efforts, leur ruine prochaine et leur écrasement sonore.
<c Car les hommes savent construire une pyramide, et ils lui donnent une base large, et l'édifice se rétrécit en montant. Mais un homme croit devenir la base d'un empire, et l'édifice s'élargit à mesure qu'il monte, et le conquérant est l'insensé qui pose la pyramide sur sa pointe. »
Or le prêtre chaldéen, ayant remarqué la beauté du philosophe et son silence, l'interrogea en ces termes :
— Qui es-tu, toi qui ne prends aucune part aux querelles ; mais tu restes muet comme les Egyptiens au cœur lourd. Et cependant ton visage dit que tu n'es point fils de Misraïm ; et tes lèvres et tes regards chantent un cœur exempt de tristesse.
— Je suis, répondit Pythagore, le Fils du Silence. Souvent ma parole m'a fait perdre quelque chose; toujours mon silence m'a fait gagner quelque chose. Permets donc que je porte une bouche fermée et des oreilles qui écoutent.
— D'où viens-tu et que faisais-tu en Egypte? Car tu me parais étranger à ce pays comme au mien.
— Je viens d'une île lointaine. Mais, depuis des années, j'habitais Héliopolis, et j'écoutais les paroles des prêtres, et je lisais les livres secrets.
discours d'hadabab 169
— Les prêtres d'Egypte savent peu de choses et ce n'est pas à l'Occident qu'il faut chercher la source de la lumière. Misraïm ignore les vraies paroles magiques et les signes efficaces. Mon cœur est attiré vers toi et je veux te faire un présent que tous les Egyptiens réunis ne sauraient te procurer. Prends ceci, porte-le toujours sur toi, et tu seras heureux.
Pythagore remercia avec ardeur, comme sïl avait reçu, en effet, un trésor. Cependant il considérait le don du Ghaldéen. C'était, orné de caractères mystérieux, un morceau de bitume.
— Cet asphalte, expliquait le prêtre, vient des monts Gordyaeens, en Arménie. Il y recouvrait les restes de l'arche de Xisouthros, que les Juifs ignorants appellent Noé. Conserve précieusement ce que je t'ai donné, non point seulement en souvenir d'un ami, mais pour sa valeur propre. Tu tiens entre tes mains le plus puissant des talismans. C'est une borne qu'on n'enlève pas, une borne que les cieux ne franchissent pas, borne du ciel et de la terre qu'on ne déplace pas et qu'aucun dieu ne déracinera; c'est, disposée contre le maléfice, une barrière qui ne s'en va pas et que tu opposeras victorieusement à tous tes ennemis.
— Veux-tu, demanda Pythagore, m'apprendre à lire les caractères tracés sur cet inestimable bou-
clier? Et veux-tu me conter l'histoire de Xisouthros que les Juifs ignorants appellent Noé ?
Le jeune Chaldéen embrassa le jeune Grec :
— O mon frère par l'âge, — s'écria-t-il, — d'un cœur généreux et d'une pensée prudente, tu aspires à devenir mon fils par les connaissances certaines que nul, eîi dehors des prêtres de Babel, ne possède dans leur pureté première. Si, comme la sagesse de tes paroles semble l'annoncer, tu es digne de savoir, je t'enseignerai ce que tu demandes et d'autres merveilles auxquelles tu ne saurais même songer. Mais raconte-moi d'abord ce que tu as appris de tes premiers maîtres.
Pythagore exposa ce qu'il avait le droit de découvrir parmi les enseignements de Phérécyde, le spectacle des mystères, les paroles d'Epiménide, les rythmes du poème orphique, enfin parmi les profondeurs égyptiennes toutes grouillantes d'un combat de ténèbres et de lumières .
Souvent son nouvel ami l'interrompait par des rires. Mais le philosophe ne riait pas avec lui. Il se donnait tout entier à taire ce qu'il avait promis de taire et à reformer, des lambeaux restants, une étoffe ingénieuse qui ne montrât point les déchirures. Le prêtre croyait que le Grec faisait de grands efforts de mémoire et il ne s'étonnait point de sa physionomie tendue.
discours d'hadabab 171
Enfin il s'écria :
— Quel amoncellement de pauvretés tu viens de dresser devant moi. Hellènes et Egyptiens ne sont que des enfants. Prépare-toi car tu vas, pour la première fois, entendre la parole d'un homme.
« 0 toi qui par l'âge es mon frère, mais en qui j'aime déjà le fils de mon esprit, oublie d'abord les bavardages des ignorants que ton malheur te fit rencontrer avant moi. Ouvre à mes richesses une intelligence vidée de toute erreur et des oreilles que n'encombrent point les vains souvenirs. Comme on nettoie le temple au matin d'une fête, rejette bien loin l'ordure des rêveries humaines; purifie ton âme pour accueillir les enseignements d'un dieu. Oannès lui-même te parlera par ma bouche. Reçois donc pieusement et pieusement conserve le trésor unique :
« Au temps où ce qui est en haut ne s'appelait pas encore ciel, au temps où ce qui est en bas ne s'appelait pas encore terre, l'Abîme sans limite épousa la mer du Chaos. Ils procréèrent des êtres tels que tes yeux effrayés n'en rencontreront jamais : guerriers au corps d'oiseau du désert, hommes à face de corbeau, taureaux à tête humaine, chiens à quatre corps et à queue de poisson. Mais l'effort généreux des dieux détruisit cette monstrueuse engeance, et le monde que tu connais fut
créé en sept jours. Terre, firmament, astres, plantes, animaux, tout ce qui nous entoure sortit des mains d'Ea le dieu suprême. Mais c'est Mardouk, fils d'Ea, qui modela l'homme avec du limon auquel il avait mêlé de son propre sang, et il renferma au jardin des délices entre les quatre grands fleuves, Euphrate, Tigre, Pishon et Gihon.
« Or Tiâmat, la mer en rébellion à qui Ea dit « Tu n'iras pas plus loin ! » et qui ronge son frein avec bruit et qui, toujours vaincue, lutte toujours contre Ea et contre ses œuvres, voulut conquérir l'enfant préféré d'Ea, le fils du sang des dieux. Et Tiâmat fut le serpent des ténèbres, et il dit à l'homme : « Révolte-toi contre Ea, pour que tu sois plus grand que lui ». Et l'homme se révolta. C'est pourquoi les dieux irrités le chassèrent du jardin de délices ; et il descendit pleurant aux plaines de la Chaldée; et il les peupla de ses enfants. Et les Ghaldéens sont les plus anciens des hommes.
« Mais ces ancêtres lointains vivaient à la façon des animaux. Malgré la faute de notre premier père, les dieux eurent pitié de nous. Et le sauveur Oannès sortit de la mer Rouge à l'endroit où elle confine au pays de Babylone.
« Oannès avait un corps de poisson; mais, pardessus sa tête de poisson, il portait une tête d'homme et de sa queue de poisson sortaient des
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pieds d'homme. Il avait la voix humaine. Il passait le jour au milieu de nos ancêtres, et il ne prenait aucun aliment. Il leur enseignait récriture et toutes les connaissances. De lui viennent les règles pour fonder les villes et pour construire les temples, les principes des lois, l'art de mesurer la terre et l'art de la cultiver. Depuis le temps d'Oannès, rien d'excellent n'a été inventé . Le soir, il rentrait dans la mer; et il en ressortait le matin.
« Oannès écrivit un livre sur l'origine du monde et sur le commencement de la vie policée et il remit ce livre aux hommes.
« Mais le Livre disait les choses sommairement de sorte que, après quelques générations, le souvenir de la parole d'Oannès s'étant déformé, les hommes ne comprirent plus le Livre.
« Alors sortit de la mer le second Annêdotos, en tout semblable à Oannès.
« Et, plus tard, sortit de la mer TOannès mystique; et plus tard encore, le quatrième Annêdotos ; puis enfin Anodaphos.
« Or ces dieux ressemblaient en toutes choses au premier Oannès ; et ils développèrent point par point ce que le premier Oannès avait exposé sommairement .
« Mais voici ce qu'Oannès exposa sommairement et ce que développèrent le second Annêdotos^ puis
TOannès mystique, puis le quatrième Annêdotos, puis enfin Anodaphos, le dernier de ceux qui enseignèrent les hommes :
« La terre, séjour des hommes, est telle qu'une barque renversée. Je ne dis pas une de ces barques absurdes et longues dont se servent les Egyptiens ; mais une des barques rondes et belles que tu verras voguer sur l'Euphrate. Et le dessous de la terre est creux. Et, dans ce creux qui est au-dessous de la terre, Ea enferma l'Abîme, séjour des ténèbres et de la mort. Or la portion de la terre qu'habitent les vivants est entourée aux replis du serpent Tiàmat. Et le serpent Tiâmat lance continuellement les flots à l'assaut de la terre. Mais Ea lui a imposé des limites que sa rage et ses efforts ne dépasseront point.
« Et Babylone, la ville d'Ea, est au centre du monde .
« Et, de l'autre côté du Tigre, se dresse la montagne des pays, la montagne sainte, la montagne des dieux. Et elle unit le ciel à la terre. Et elle est le phallus des dieux. Car les dieux aiment la terre comme l'époux aime l'épouse.
« Et le ciel est la moitié d'une sphère creuse. Et nous voyons le creux de la demi-sphère. Le bas du ciel s'appuie tout autour sur les extrémités de la barque terrestre, au-delà de l'Océan et des rages de
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Tiâmat. Le haut du ciel s'appuie sur la montagne d'Orient comme sur un pivot, et il tourne toujours tout entier autour de la montagne des dieux ; et les étoiles tournent avec lui.
« Mais il y a des planètes; et elles ne sont pas des étoiles. Et elles ne sont pas au ciel, non plus que le soleil et la lune. Mais le soleil, la lune et les planètes sont moins haut que le sommet de la montagne des dieux. Et ce sont des oiseaux de lumière qui, au nombre de sept, volent toujours entre le ciel et la terre. Et entre le ciel et la terre, il y a aussi d'innombrables enfants de Tiâmat, mais qui, domptés par la force d'Ea, sont devenus les serviteurs d'Ea, à savoir les vents, les nuages, les foudres et les pluies.
« Or les hommes, après les temps d'Anadophos, lurent de nouveau tentés par Tiâmat. Et ils laissèrent la révolte et l'amertume de la mer entrer dans leur cœur. Et ils oublièrent les enseignements des dieux. Et ils s'élevèrent contre Ea. Et le monde existait alors depuis beaucoup d'années, et il y avait six cent quatre-vingt-onze mille deux cents ans qu'Ea avait créé le monde.
« Ea vit donc que le monde était devenu mauvais, et il se repentit d'avoir créé. Et il dit : « Ce monde, qui est mauvais, je le livrerai à Tiâmat, afin que Tiâmat le détruise ». Mais il y avait un homme
juste. Et cet homme juste s'appelait Xisouthros. Et une voix lui dit :
« — Ea veut détruire ce monde, qui est mauvais. Mais il veut te sauver, parce que tu es bon; et il veut sauver avec toi toute la semence de vie. Construis donc un grand vaisseau.
« Alors Xisouthros construisit un grand vaisseau. « Quand Xisouthros eut construit un grand vaisseau, la voix lui parla pour la seconde fois, disant : « __ Prends les livres qui contiennent le commencement, le milieu et la fin; prends les livres d'Oannès, et enfouis-les dans la ville de Sippara.
« Quand il eut enfoui dans la ville de Sippara les livres qui contiennent le commencement, le milieu et la fin, la voix dit encore :
« — Fais entrer dans le grand vaisseau toute la semence de vie, c'est-à-dire un couple d'animaux de chaque espèce, le mâle et la femelle.
« Et il fit entrer dans le vaisseau toute la semence de vie. Et il demanda :
« -— Maintenant, où irai-je?
« Et la voix répondit :
<r — Vers les dieux.
« Or la voix dit encore ces dernières paroles : « __ Au soir, pleuvra la destruction. Entre donc dans le vaisseau avec ta femme et tes enfants, et ferme la porte derrière eux.
DISCOURS d'hADABAB 177
« Et, le soir étant venu, la terre fut livrée pendant quarante jours et quarante nuits à Tiâmat et aux fils de Tiâmat. Les nuages firent tomber pendant quarante jours et quarante nuits une telle quantité de pluie; la rage de Tiâmat monta si haut pendant quarante jours et quarante nuits que les eaux dépassèrent de quinze coudées les plus hautes montagnes de la terre des hommes , Mais elles ne montèrent pas jusqu'au ciel; et même le bas du ciel de l'autre côté de Tiâmat ne fut pas mouillé, ni le sommet de la montagne d'Orient qu'habitent les dieux, ni le sommet de la montagne d'Occident derrière laquelle se couche le soleil.
<c Mais je te dirai un autre jour comment tous les vivants furent détruits à l'exception de ceux qui se trouvaient dans le grand vaisseau; comment ceux-ci, sortant du vaisseau après le déluge, repeuplèrent la terre; comment, pendant longtemps encore, il n'y eut qu'un seul peuple et qu'une seule langue. Et je te dirai l'histoire des hommes méchants qui oublièrent le déluge et la force d'Ea et la colère d'Ea. Voyant leur nombre immense, ils laissèrent leur cœur se gonfler de l'orgueil, de la rébellion et de l'amertume de la mer et ils voulurent bâtir une tour dont les étages monteraient aussi haut que la montagne des dieux. Et les uns disaient : « Nous habiterons le ciel avec les dieux ». Et d'autres, plus
méchants, disaient : « Nous chasserons les dieux sur la terre et nous habiterons seuls dans le ciel ». Mais Ea les humilia et il confondit leur langage, de sorte que les uns parlèrent une langue, les autres une autre langue, ettous furent contraints de se disperser sans avoir achevé le travail. Et ce fut le commencement des différents peuples.
« Mais toutes ces merveilles, je te les conterai à loisir.
« Ecoute cependant dès aujourd'hui les enseignements d'Oannès touchant les morts. Tu n'es pas seulement, ô mon fils, ce corps que je vois; tu es aussi une âme que mes yeux ne sauraient voir. Et ton corps mourra, mais non point ton âme. Quand ton corps tombera en poussière, ton âme s'envolera à travers les airs jusqu'au delà de Tiâmat, et elle atteindra la grande montagne d'Occident derrière laquelle se couche le soleil. Alors elle entrera dans le pays immuable, dans la région d'où l'on ne revient pas, dans la demeure où l'on pénètre mais d'où l'on ne sort pas, dans le chemin qu'on descend mais qu'on ne remonte pas, dans le souterrain où l'on s'enfonce toujours davantage; dans la prison où l'on n'a que la poussière pour sa faim et pour sa soif que la boue, où l'on ne voit plus la lumière mais où l'on erre dans les ténèbres; et les ombres, comme des oiseaux, remplissent tout l'espace jusqu'à la voûte. Là, nulle
DISCOURS D'HADABAB 179
différence entre le riche et le pauvre, entre celui que tu appelles bon et celui que tu appelles méchant. Car celui que tu appelles bon a reçu sa récompense dès cette terre et celui que tu appelles méchant a reçu dès cette terre sa punition. Mais, entre le premier et le second, la distance n'est pas assez grande pour que les dieux s'en souviennent après que nous sommes morts.
« Cependant il y a dans un creux de l'Abîme la source de vie ; et les génies d'en bas la cachent aux âmes. Mais, quand un homme tout à fait excellent vient à mourir, les dieux le guident secrètement vers la source de vie ; et il boit à longs traits ; et il revient sur la terre des vivants.
« Sois donc, ô mon fils, non point celui que tu appelles bon, mais celui que j'appelle tout à fait excellent; ainsi seulement tu reviendras à la vie pour les œuvres de vie
<c Mais, pour que tu sois l'homme tout à fait excellent auquel il sera donné de revenir à la vie pour les œuvres de vie, il faut que tu conserves dans ton cœur les choses que je vais te dire. Et même les choses que je vais te dire, il faut déjà que tu les connaisses pour être l'homme bon qui ressemblera au méchant une fois tombé dans l'Abîme mais qui est heureux aujourd'hui pendant qu'il fait, pour la première et pour la dernière fois, les œuvres de vie.
« Ecoute donc ma parole. Retiens-la fortement dans ton esprit et dans ton cœur. Et sois bon. Et, si tu le peux, deviens tout à fait excellent.
« Il y a beaucoup de dieux que tu dois honorer. Mais il n'est pas donné aux hommes de connaître les noms de tous les dieux. C'est pourquoi honoreles en les appelant les dieux ou en les appelant Dieu. Car ils sont plusieurs et ils sont un ; car II est un et Il est plusieurs.
<( Entends cependant les noms des dieux que tu honoreras en particulier.
« Il y a d'abord Anou, et Anou est le ciel, le vieillard des vieillards, le père des dieux, le seigneur du monde d'en bas et du monde d'en haut, le maître des ténèbres et des trésors cachés. A Babylone, tu verras dans les temples un homme avec une queue d'aigle; et sa tête d'homme porte, comme une mître, la tête énorme d'un poisson; et le corps du poisson retombe sur son épaule et sur ses reins . Quand tu verras cette image dans un temple, tu sauras que c'est l'image d'Anou, et tu adoreras Anou.
« Et le second dieu que tu adoreras, c'est Bel, le Seigneur du monde, le maître de toutes les contrées, le souverain des esprits. Et il est assis sur un trône.
« Et le troisième dieu est Ea, le guide intelligent, le seigneur du monde visible, le maître des sciences, de la gloire et de la vie, l'esprit porté sur les eaux.
discours d'hadabab 181
Et il a des ailes et ses ailes sont au nombre de quatre; et ses ailes sont toujours déployées.
« Et ces trois dieux sont égaux. Et ils sont trois, et ils sont un; et II est un, et II est trois.
« Quand tu honores un de ces dieux, tu les honores tous les trois, et tu honores particulièrement chacun des deux autres. Quand tu nommes l'un de ces dieux, tu nommes les deux autres et chaque nom signifie les trois. Et quand tu dis les trois noms ensemble, c'est comme si tu prononçais le nom de l'Un, le premier des nombres, le père des nombres; c'est comme si tu prononçais le nom de FUn, le premier des êtres, le père de tous les êtres, le seul Être qui soit réellement.
« Et tu honoreras avec eux les déesses qui sortent d'eux et qui rentrent en eux. Car leurs filles sont leurs épouses, et leurs épouses sont eux-mêmes. Et tu les nommeras Anat, Bélit et Davkina.
« Et les six sont un, et chacun est les six.
<c Et d'ordinaire, quand tu parleras des six, tu nommeras Ea, parce que c'est le nom qu'ils ont pris pour créer le ciel, la terre et toutes les choses visibles, l'homme excepté.
« Mais ils sont trop grands pour entendre tes prières. Et il y a entre eux et nous un médiateur. Et le médiateur s'appelle Mardouk, fils d'Ea. Et il est celui qui dispose le bien pour les hommes. Il est
celui qui publie les décrets d'Ea; et il te révélera, si tu le mérites, le grand nom, le nom mystérieux et efficace qui met en fuite les démons. Et il est le Fils, et il est le miséricordieux. Il est celui que tu dois prier si tu veux être entendu; et, pourvu que tu sois pur, il t'entendra, et il priera pour toi les autres dieux.
<( Mais, si tu es malade, si tu es impur, si tu as commis un grand péché, tu seras trop loin de Mardouk, et il ne t'entendra point. Alors tu prieras Gibil, dieu du feu, comme intercesseur auprès de Mardouk, le Fils miséricordieux, qui, à son tour, intercédera auprès d'Ea, roi de l'Océan. Et tu offriras à Gibil un oignon et une datte, et il les consumera, et il te jugera avec miséricorde.
« Et Mardouk habite la planète que tu appelles Zeus. Et d'autres dieux habitent les autres planètes, à savoir Ninip, Nergal, Ishtar et Nabou. Mais il y a un Dieu dont je ne puis te dire le nom. Et Mardouk t'enseignera le Nom, si tu en deviens digne. Or Celui dont je ne puis dire le Nom est au-dessus des autres dieux comme les autres dieux sont audessus des hommes .
« Et celui-là seul est Dieu.
« Cependant les autres aussi sont dieux; parce qu'ils sont Lui et parce qu'il est eux tous, et parce qu'il est chacun d'eux.