‹ Le fin motChapitre 11 sur 29 · DELIGNY, MARIE · texte numérisé non relu

DELIGNY, MARIE

DELIGNY, d'un air dégagé.

Il m'est donc enfin permis de vous parler sans témoins?

MARIE, étonnée.

Pourquoi sans témoins ?

DELIGNY

Vous me le demandez, Marie, ma chère Marie...

MARIE, à part.

Ma chère Marie... eh bien, il ne se gêne pas.

DELIGNY

Je suis bien coupable sans doute ; mais quittez ce regard froid et sévère... oubliez ces trois années d'abandon, et ne songez qu'au repentir qui me ramène.

MARIE

Mais, monsieur, il s'agit sans doute d'une autre.

DELIGNY

D'une autre, Marie!... Oh! je vous jure que, pendant ces trois années passées loin de vous, aucune femme n'a trouvé place dans ce cœur que vous occupiez tout entier.

MARIE

Comment, monsieur, vous m'aimez depuis trois ans?

DELIGNY

Pouvez-vous en douter?

MARIE

C'est la première fois que vous me le dites.

DELIGNY

Oh! je vous en conjure, cessez ce cruel badinage.

MARIE

Je parle très-sérieusement.

DELIGNY

Je me flattais pourtant que mon souvenir vivrait un peu dans votre mémoire... il est de ces conversations qu'une jeune fille n'oublie pas facilement...

MARIE

Il me semble que vous me parlez pour la première fois.

DELIGNY

Avez-vous pu oublier qu'il y a trois ans... à Francfort...

MARIE

Eh bien?

DELIGNY

Chez madame Rosbach...

MARIE

Après?

DELIGNY

Après!... {Avec feu.) C'est là, Marie, mademoiselle, veux-je dire, que j'eus le plaisir de vous voir.

MARIE

C'est possible, monsieur... Mme Rosbach est une amie de ma mère, et nous n'allons pas à Francfort sans la visiter... j'ai pu vous rencontrer chez elle.

DELIGNY

Quoi! mes traits ne vous rappellent rien... [D'une voix émue.) M&îiel

MARIE, froidement.

Non, absolument rien.

DELIGNY

Regardez-moi bien.

MARIE

Non... rien du tout.

DELIGNY, à part.

Pour le coup, c'est trop fort!... (Haut.) C'est donc à moi d'aider votre mémoire... c'est vous qui m'y forcez... Vous rappelez-vous ce petit pavillon au bout du jardin?... [A part.) Le lieu de nos rendez-vous.

MARIE

Oui... Eh bien?

DELIGNY

N'y allâtes-vous jamais seule le soir ?

MARIE

Oui, souvent... Après?

DELIGNY, à pari.

Après, après. ..jene puis pourtant pas lui dire... {Haut.) Et encore ce vieux chêne creux?

MARIE

Au fond du jardin, à droite ?

DELIGNY

Précisément... [A part.) Elle le reconnaît... nous y déposions notre correspondance. {Haut.) Je ne pourrais le revoir sans émotion.

MARIE

Ah! vous ne le reverrez plus... on l'a abattu pour le brûler.

DELIGNY

Et vous avez souffert un pareil sacrilège ?

MARIE

Il était si vieux !

DELIGNY, à part.

Allons, c'est un parti pris. [Haut.) Ainsi vous avez tout oublié, tout, jusqu'à mon nom, jusqu'à mes traits, et pourtant autrefois...

Air : Quand les oiseaux du voisinage (Tirelire). Quand d'une douce contredanse Les sons invitaient au plaisir.

MAGASIN THEATRAL

J'obtenais votre pn'férence, Vous (levei vous en souvenir...

Dans notre brûlant «lôlire,

Ce monde aux regards jaloux,

Il fuyait bien loin de nous,

Et nos yeux, notre sourire

A chaque instant semblaient dire :

Le souvenir de ce bonbcur Est pour toujours dans notre cœur (his.)

MARIE

Je vois , monsieur qu'il est impossible de vous détromper , et puisque vous insistez encore, permettez que je me relire.

DELIGNT.

Ah ! pardon, Marie... un mot, un dernier mot , et si vous l'eiigez, c'est moi qui partirai pour toujours. Oh I j'étais loin de m'attendre à cette réception... moi, qui venais vers vous plein de joie et d'espérance ..

MARIE

Brisons là, monsieur... cette obstination me blesse.

DELIGNY

C'est bien, mademoiselle, je n'insiste plus, je saurai sans doute plus tard le motif d'un accueil. . . Je vais partir, Marie, et puisque vous avez toutoublié, puisque vous ne m'aimez plus, tenez, voici ces lettres que je n'aurais données qu'avec ma vie.

MARIE

Que signifie...

DELIGNT, insistant.

Prenez, prenez.

MARIE, hésitant.

Mais, monsieur...

DELIGNY

Adieu, mademoiselle, adieu.

Il sort par le fond.

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