‹ Le fin motChapitre 15 sur 29 · SCENE XII · texte numérisé non relu

SCENE XII

MORISSEAU, Mme VALDEN, qx^il entraîne par le bras.

M»' VALDEI».

Mais laissez-moi donc, Morisseau... je vous di« que ma carpe est dans la poêle.

HORISSEAC.

Eh bien I qu'elle y reste, dans la poêle? je n'ai plus faim.

M"* VALDEir.

Mais lâchez-moi donc 1

MORissEAO, d'un ton solennel.

Je n'ai pas voulu m'eipliquer devant cette cuisinière, mais maintenant que nous voilà seuls, écoutez-moi!

M">e VALDE^, regardant vers la cuisine.

Oui... pourvu qu'elle ne laisse pas brûler...

MORISSEAU.

Laissez-moi un peu tranquille avec votrecarpe, je vous en supplie. Songez que le bonheur de toute ma vie est attaché à la question que je vais vous faire.

M-ne VALDEIf.

Ah I mon Dieul

MORISSEAU, d'un ton solennel.

Laquelle de vos deux nièces, de Louise ou de Marie, passa trois mois à Francfort, il y a trois ans? Répondez-moi catégoriquement.

M^e VAtnEN.

Voilà tout?... c'est facile, attendez... vous me demandez laquelle?

MORISSEAU, criant.

Oui, laquelle, il y a trois ans?

W^^ VALDEN.

J'entends bien, mais je cherche... il y a trois ans... mon Dieu! mon Dieu!

MORISSEAU, très-haut.

Oui, trois ans, à Francfort... trois mois... cherchez bien.

M^e VALDEN.

O mon Dieu! je le tenais... mais vous criez aussi... c'est votre faute... je ne sais plus... je l'avais sur la langue... {Cherchant.) II y a trois ans...

MORISSEAU, très-bas.

Oui, à Francfort, chez M^e Rosbach... cherchez!

M"e VALDEN.

Chez Mme Rosbach... c'est étonnant comme je perds la mémoire.

MORISSEAU, à part.

Elle s'en aperçoit!

M™'' VALDHN.

Ah I oui, oui, je crois que c'est Louise.

MORISSEAU, altéré.

Ma femme !

M™e VALDEN.

Attendez, attendez donc... c'est peut-être Marie... Oui, je crois plutôt...

MORISSEAU.

Ah! décidez-vous... vous me faites mourir.

M™c VALDEN.

Non, non! je nie souviens maintenant... ce n'est pas Marie, c'est Louise.

MORissEAi- à part.

Enfin, je tiens la preuve I

jfme VALDBN.

Et je vais vous dire ce qui me fait croire que

c'est Louise, c'est qu'à cette époque, j'ai mis dans son petit paquet, que j'ai fait moi-même, une robe cerise... vous savez, une robe cerise?

MORlSSEAU, impatient.

Oui, oui, après?

5ime VALDEîf.

Eh bien I elle m'est revenue toute déchirée.

lUORISSEAU.

Qui?

Hime VALDEN.

La robe cerise.

MORISSEAD.

Ahl

Mine VALDEN,

Cette pauvre Marie était désolée.

JIORISSEAU.

Louise, vous voulez dire.

jime VALDEN.

Non, Marie... c'est Marie qui avait une robe cerise.

UOBISSEAU.

Mais vous m'avez dit Louise.

U^e VALDEN.

C'est possible... je ne me rappelle plus trop si c'est Louise ou Marie.. . peu importe !

MORlSSEAU.

Comment! peu importe!

M"^ VALDEN.

Pour vous achever l'histoire, comme cette robe était toute déchirée, devinez ce que j'en ai fait... Ohl ça, je me le rappellerai toujours.

MORlSSEAU.

Mais dites-moi donc laquelle...

M"® VALDEN, avec satisfaction.

Des tabliers! des tabliers!

lUORISSEAU, avec éclat.

Oh! que le diable l'emporte , elle, sa robe cerise et ses tabliers! {Haut.) Ma tante, voulezvous me répondre ?

M™« VALDEN.

Je vous ai dit ce que je savais ; mais expliquezvous, car je ne comprends pas pourquoi...

MORlSSEAU.

Ce n'est pas nécessaire.

M"'« VALDEN.

Mais si, je veux savoir au moins...

MORISSEAUi

Vous le voulez, c'est vous qui insistez, eh bien, apprenez donc, malheureuse tante, apprenez que Louise ou Marie, il y a trois ans, a été à Francfort, et si c'était ma femme... vous comprenez... saperlotte!

M™* VALDEN, sans comprendre.

Oui.

MORlSSEAU.

Jugez s'il est important que je connaisse la vérité... ainsi, parlez, je vous écoute. Allez, allez, allez I

M^^ VALDEN, naïvement.

C'est étonnant... je n'ai rien compris du tout à votre anecdote.

MORlSSEAU, très-monté.

Oh I c'est trop fort... eh bien, je vous déclara que s'il me fallait aujourd'hui épouser votre nièce Louise, j'aimerais mieux me donner au diable !.., Ah! comprenez-vous à présent?

jjime VALDEN, furieuse.

C'est une indignité!... me parler ainsi!... vous êtes un ingrat, un mauvais sujet!

MORlSSEAU.

Allez! allez!

M'ne VALDEN.

Vous n'êtes pas digne d'un pareil trésor... car votre femme est un ange.

MORlSSEAU, se promenant à grands pas.

Oh!

M™« VALDEN.

Une sainte... qui vaut dix fois mieux que voua, qui ne valez rien.

MORlSSEAU.

Voilà le bouquet!

ENSEMBLE

Air

M™« VALDEN.

C'est aftreux, ce propos étrange Allume mon juste courrous ; Ma pauvre nièce, un pareil ange !

Etait digne d'un autre époux.

MORlSSEAU.

Oui, c'est trop fort, et ces louanges Ne font qu'augmenter mon courroux ; Au diable soient de pareils anges, Pour le bonheur de leurs époux.

M™« VALDEN.

A vos Voeux j'eus tort de me rendre, Puisque vous faites son malheur.

MORI.'îSEAU.

Si vous tenez à la reprendre.

Je vous la rendrai de grand coeur.

KEPRISE DE L'ENSEMBLE.

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