SCENE XV
MARIE, DELIGNY, MORISSEAU, derrière le rideau.
DELIGNY
Vous m'avez ordonné de rester, mademoiselle, je vous écoute.
HORISSEAU, à part.
D'ici, je pourrai tout entendre.
DELIGXY.
Vous hésitez, mademoiselle, vous tremblez, rassurez-vous; je ne suis pas venu ici pour vous imposer un amour que vous ne partagez pas, c'est à moi d'implorer mon pardon. Mon langage de ce matin a dû vous choquer, mais j'ai été le jouet d'une fatale illusion. Oui, mademoiselle, la jeune fille que j'ai aimée, ce n'est pas vous.
MARIE
C'est pour vous apprendre toute la vérité, monsieur, que je vous ai demandé un entretien.
MORISSKAU.
Ah! enfin!
DELIG.NY.
Parle?, mademoiselle, je suis préparé à vous entendre. Je sais déjà la moitié du secret; ôtezmoi ma dernière espérance en me le confiant tout entier. IVommez-la-moi , cette femme qui n'a maintenant à mes yeux d'autre mérite que celui de vous ressembler. Indiquez-moi sa retraite, et quelle que soit l'impression que vous ayez produite sur mon cœur, je saurai faire mon devoir. MOBissEAU, avec impatience, à part.
Bavard !
MARIE
Oui, monsieur, oui, vous êtes bien coupable, plus coupable que vous ne le pensez peut-être.
DBLIGKT.
Que dites- vous?
MARIE
Trois ans d'abandon! trois ans d'oubli ! à quoi avez-Yous exposée î
MORISSEAU, de même.
Allons, ça y est, c'est ma femme, ça y est !
DBLIGNY.
Achevez.
MARIE
Eh bien! celle que vous avez vue à Francrort chez il'"'^ Rosbach.
MORISSEAU.
Je ferais mieux de m'en aller.
DELIGNY
De grâce...
MARIE
Eh bien! c'est... {Apercevant Morisseav, à ;»«>■/.) Morisseau! Dieu!
DKLieTfT.
C'est...
C'est moi !
Vous!
Ah bah !
C'est moi!
MORISSEAU, avec joie.
Voilà le fin mot!
DgLIG:»Y.
Oh! mais non, je rêve sans doute, c'est encore
MARIE , rL'sobimcnt.
DELIGNT.
MORISSEAU.
MARIE
un jeu. Ohl qui que vous soyez, ne me trompez pas... Marie! Oh! non, non, ce matin... cette froideur... cette indifférence...
MARIE , à part.
Voilà qu'il ne me croit pas, maintenant.
DELIGXY.
Marie ne m'aurait pas fait ce chagrin.
MARIE, à pan.
Profitons des lettres que j'ai lues pour le convaincre.
DELIGNY
Marie était si bonne... elle m'aimait tant... aussi j'aurais donné ma vie pour elle.
MARIE
Elle s'en souvient. Sur un mot, sur un regard... que de fois vous êtes-vous jeté au-devant des plus grands dangers?... Oh! vous étiez bien étourdi, bien téméraire, monsieur, par exemple... une fois, à la promenade... ce jeune officier qui me suivait toujours et qui un soir osa me parler... Eh bien! pour cela seul, vous l'avez provoqué, insulté, et malgré tout, malgré mes prières, malgré me.« larmes, vous vous êtes battu... Oh ! vous avez été blessé... là... au bras droit.
DEIIGNY.
Mais il vous a fait des excuses!
MARIE
Oh! je vous en ai bien voulu d'abord... mes lettres... étaient pleines de reproche... vous savez... mais plus tard... Oh ! non, voyez-vous, ces choses-là elles vivent à jamais au fond du cœur... n'est-ce pas, Edouard?
DELIGNY
Edouard! oh! c'est elle, c'est elle.
Air : Quand ies oiseaux du foiijrj.iici^. Ce nom n'.i-t-il rien qui vous touclie, ]1 vous enivrait autrefois ; Et quand il tombait de ma Louclio Tous restiez tremblant sous ma voix !
.l'ji rii''nie ;ippris à I écrire
."^iir rtt aiLre si disrret
Où noire amour s al.rirail...
Ceduux passe qui m'inspire
Sur vous n'a donc y.lus d'empire ?
Se peut-il que tant de lionlieur Soil efface' c":e voire copur? (Ijis.)
DELIGNY, transporté.
Oh ! pardon, pardon, Marie, d'avoir tsnt Lvsilé à te reconnaître.
MARIE
Chut! si on vous entendait!
DELIGNY
Oh ! c'est que je suis ivre de joie, de bonheur... ma femme, ma chère petite femme !
MARIE, à pan.
Sa femme 1
MORISSEAU, demcme.
Est-ce qu'ils n'ont pas bientôt lini ?
DELIGNY
Je vais terminer avec 'M'^^ Val Icn. et noii< ne nous quittfrons plus.
MAaiB, l'arrêtant.
Il serait peut-être plus convenable d'attendre un peu ! ( 4 part. ) Le temps de le détromper 1
Pourquoi retarder l'accomplissement...
MARIB.
Silence! on vient*.
MORissKAO, de même.
Si je sortais on se moquerait de moi.