‹ Le Flagrant délit, comédievaudeville en un acteChapitre 1 sur 31 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

MULDORFF. CLOTILDE.

MLLDOBFF.

Mina ! Mina!

clotii.de , entrant.

Vous appelez , mon ami ?

MCLDORFF.

Mais , certainement , j'appelle ; j’appelle depuis une heure , je m'égosille : mais c’est comme si je chaulais.

CLOTILDE

Je préparais toul ce qu’il faut pour le voyage.

MULDORFF.

Justement J’appelle pour avoir lotit ce qu’il me faut , car la voiture de Stuttgard va partir.

ci.otii.dk.

Je ne vous vis jamais si empressé de me quiuer.

lin. DO RFF.

Ne faut-il pas que je sois après-demain matin à Stuttganl pour ce fameux procès que je plaide depuis dix ans , et sur lequel la cour suprême du royaume de Wurtemberg va daigner enfin se prononcer. Vous savez toutes les avances que j’ai faites pour cette affaire , tous les voyages qu'elle m’a coûtés, pour avoir les preuves décisives, à Vienne, à Francfort, h Manliciin, il Strasbourg surtout ! Eu ai-je fait des voyages h Strasbourg ! où l’une de nos parties adverses s'était réfugiée. Après cela, je ne m'en repens pas , puisque c’est là que je vous vis , û ma Cio LKIe ! Je vous emmenai en triomphe à Bade , «t

ma patrie ; délicieux pays oit j’exerce la profession d’avocat au contentieux, et depuis, rien n’est venu troubler la paix , je dirai le bonheur de notre ménage , car jusqu’à présent vous m’avez toujours accompagné ; mais aujourd'hui , impossible de trouver plus d'une place à la diligence. Je suis forcé de vons laisser seule à Bade pendant la saison des eauv , qui réunissent l'élite de la société de toutes les nations de la terre , et , pour surcroît de malheur , jamais l'affluence ne fut plus grande que cette année. Aussi je vous en prie , Clotilde, en mon absence, ne sortez pas de chez vous.

CLOTILDE

Ah ! fort bien. Voilà où tendait ce bean préambule : Restez chez vous.

HL’LDORFF.

C'est ça même.

CLOTILDE

C’est-à-dire : Enfermez-vous!

MILDORFF.

Je ne vous fais pas l'injure de vons enfermer.

CLOTILDE

C’est que vous 11 e l’osez pas.

MULDORFF.

Je ne suis pas un tyran ! Tout ce que vous - désirez . vous l'obtenez de moi.

CLOTILDE

Oui, des colifichets, des parures, des bi- , joux ; niais vous me refusez depuis deux ans le : icul bonheur que j’envie , celui d'aller revoir ■ Strasbourg ; on aime à respirer l’air natal,

MlLDOfiFF.

Oui, il e.st frais l'air de Strasbourg, averses fossés bourbiMix et ses casernes presque aussi grandes que la ville ! Taudis que l’air de Bade, où votre mari a vu le jour, car , Madame, une femme doit adopter sans réserve le pays qui fut le berceau de celui auquel elle a juré dévouement cl fidélité. Donc , vous n'étes plus née à Strasbourg : vous êtes née à Bade ; vous n’étes plus Française , v ous êtes Badoise , et vous devez considérer les Français comme des étrangers , comme des ennemis.

CLOTILDE

Des ennemis ! ne l’espérez pas.

Mil. DORI F.

C’est votre devoir , Madame , car ils sont les " miens.

Aj* : Aux buvard, du deuxième.

Oui , ma chère et douce compagne ,

,1c tous le dis, en vérité.

Pour la vie , avec l’Allemagne,

Vous avez fait un doux traité.

Qui par nous deux doit être respecté.

.l’observerai cette sainte alliance ;

Mais ce serait vraiment m'humilier.

Si vous faisiez , sous main, avec la France, Quelque traité particulier.

CLOTILDE , piquée.

Je m’étonne qu’au moment de me quitter .

vous me teniez un pareil langage.

MULDOBFF.

J’ai tort , Clolilde , j’ai tort ! Pardonne - moi ma jalousie, veux-tu?

CLOTILDE

Je vous pardonne encore pour cette fois; mais...

1IULDOBFF.

Ah ! que tu es bonne ! Tiens , sur le gain du procès, je te promets de te. rapporter ce que tu désires depuis si long-temps , un cachemire de l’Inde; j’y mettrai 500 florins, s’il le faut.

CLOTILDE

N’allez pas faire des folies pour moi !

MULDORFF.

Ma femme , je vous dois cela à cause de voire vertu. De quelle couleur les aimes-tu ?

CLOTILDE

Bleu , ou jaune.

MtLDOAFF.

Eh bien ! il sera jaune et bleu.

CLOTILDE

Vous êtes un mari excellent. Mina ! Mina ! la valise de Monsieur.

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