‹ Le flatteur, comedie en cinq actes et en versChapitre 11 sur 86 · ACTE I, SCÈNE VI. t · texte numérisé non relu

ACTE I, SCÈNE VI. t

Fervil me dit un jour : En vérité , Madame ,

L’excès de vos vertus touche et ravit mon âme -,

J’aime à vous voir toujours auprès de vos enfons.

Que d’égards attentifs , et que de soins touchans î Mais c’est assez languir dans un état pénible ,

Et vous me paraissez à vous-même inflexible.

Quand on a votre esprit, vos talens, votre goût, Lorsqu'à vec tant de charme on s’exprime sur tout , Qu’on joint à tant de grâce une raison profonde ,

On a le plus grand tort de se cacher au monde. Finette , je rougis en répétant ces mots :

Mais il me les a dits.

« » ftM •

FINETTE

Je le crois.

M"'. ROLAND

de propos

Fut suivi d’un aveu d’une haute importance.

Votre époux , disait-il , a prouvé sa vaillance ,

Son talent pour la guerre en tous lieux est vanté ; Mais je crains entre nous son excès de bonté. N’avait-il pas raison? Excellent militaire ,

Mon époux très-souvent manque de caractère ; £

Aux importuns monsieur ne sait rien refuser :

Qui le flatte est toujours certain de l’abuser.

FINETTE

Qui chérit ces trompeurs me paraît fort à plaindre : De tous nos ennemis voilà le plus à craindre.

C’est peu de réveiller la faiblesse en nos cœurs ,

Ils savent à tel point caresser nos erreurs

Que nous ne pouvons plus , grâce à leur artifice ,

Distinguer la raison ou juger le caprice,

Et que , par leur adresse ou par nos préjugés ,

Jusques à nos défauts en vertus sont changés.

La vanité sur nous exerce tant d’empire

Que notre cœur s’y trompe. Oui , flatter c’est médire;

Mais ce masque imposteur nous séduit sans retour.

La flatterie eniin nous perd plus que l’amour.

M"'. ROLAND , rivement.

Je n’ai point ce défaut. *

FINETTE

Sans contredit , madame.

M m *. ROLAND.

Je devine toujours ce qu’on cache en son âme.

On ne m’abuse point par un air affecté ,

Et je sais avec art trouver la vérité.

Un flatteur est toujours l’homme que je redoute :

Il lie vit qu'aux dépens de celui qui l’écoute ;

La Fontaine l’a dit , il avait bien raison.

FINETTE

Et madame a bien mis à profit sa leçon.

M“*. ROLAND

Des torts de mon époux comme j’ai Craint la suite y Je me suis appliquée à juger sa conduite. 1 Je sais bien qu’à mon sexfe on interdit ces soins : Partout on en plaisante , et chacun peut au moins Blâmer avec raison ces femmes dont l’adresse Abuse du crédit que leur mari leur laisse.

On en voit à Paris assiéger les bureaux,

Recommander des fats , s’agiter pour des sots ,

Et, servant l’intrigant sans crainte et sans scrupule , Donner à leurs maris un très-grand ridicule.

Je conviens de leur tort , et j’agis autrement.

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