‹ Le flatteur, comedie en cinq actes et en versChapitre 15 sur 86 · RUSTAN, FINETTE · texte numérisé non relu

RUSTAN, FINETTE

FINETTE

De rester avec moi faut-il que l’on vous prie ?

1 RUSTAN

Deces. yeux si malins toujours je me défie.

FINETTE

Et pourquoi donc toujours vous défier de moi ? RUSTAN.

J’ai de bonnes raisons.

FINETTE

Expliquez-vous : pourquoi Voulez-vous renoncer à l’espoir de me plaire. Croyez-vous que je sois d’une humeur trop sévère ? RUSTAN

Non y sans doute.

' FINETTE

Eh bien donc , parlez-moi franchement.

Toute femme est sensible à ce doux nom d’amant; Rien ne les flatte plus ; et , sans être coquettes ,

C’est de n’en plus avoir qu’on les voit inquiètes.

Mais avec vous, Rustau, on n’en finirait pas ,

Et je veux par un mot terminer ces débats.

Puisque sur votre sort il faut que je prononce Nous allons procéder par demande et réponse.

RUSTAN. ■ 1 - ''

Vous voulez me forcer à dire mon secret ?

Le beau secret , vraiment .' votre œil est indiscret ;

Il m’annonce, Rustau , une entière victoire,

Et vous soutiendrez mal mon interrogatoire.

Or sus , répondez-moi , franchement m’aimcz-vous ?

RUSTAN , brusquement. ^

Oui.

FINETTE

Vous voulez sans doute être un jour mon époux ?

• ACTE I , SCÈNE X. a

R U S X AM , Tivtment.

Vous ne le voudrez pas.

FINETTE , avec impatieace.

Il est insupportable.

RUS T AN

Et voilà mon malheur , je ne suis point aimable. FINETTE.

Qui vous a dit , Rustan , que vous ne l’étiez pas ?

Je n’ài vécu toujours que parmi des soldats ,

Et du rôle d’amant gauchement je m’acquitte.

Qu’apprend-on dans les camps?’

FINETTE

C’est là qu’on nous mérite.

Allons , à votre tour il faut m’interroger.

RUSTAN

Je n’oserai jamais.

FINETTE

Où donc est le danger

Quand je vous encourage et vous sers de modèle ? Allons , il faut parler.

RUSTAN

Eh bien , mademoiselle ,

Je vous aime à la rage.

FINETTE

. , -, Ah! fort bien.

RUSTAN

^ . ' ' v Voulez-vous

Que votre ami Rustan devienne votre époux ?

FINETTE

J’y consens , louche là -, j’en ferai la folie. ' Fallait-il entre nous tant de cérémonie ?

Chez les riches , l’hymen est un marché toujours. Que de peines, de soins , et que de faux discours Avant qu’on ait réglé le contrat , le douaire : Aussi l’amour parfois reste chez le notaire. * Nous pourrons éviter ce fâcheux embarras ,

Et ma dot, cher Rustan, ne te gênera pas.

Quelle dot peut valoir ces mines si jolies?

Qui pour les obtenir ne ferait des folies ?

FINETTE

A merveille! Voilà les propos d’un amant.

RUSTAN

Cela m’est donc venu tout naturellement.

Je deviendrai galant après mon mariage.

FINETTE

Les maris de nos jours suivent peu cet usage.

RUSTAN

En vérité , j’ai peine à croire mon bonheur.

I FINETTE

Il faut en dire un mot à notre gouverneur.

Venez me présenter.

RUSTAN

Je suis a vous, ma reine.

Que je viens de trouver un charmant capitaiue !

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