CHAPITRE I
l'origine de la franc-maçonnerie
LES francs-maçons sont sortis des débris de l'Ordre du Temple. Le premier document authentique des loges maçonniques que nous possédons, la charte de Cologne^ publiée en 1535, nous donne la preuve que telle était l'opinion commune à l'époque de sa publication.
^' Nous, maîtres élus membres de la société vénérable consacrée à Jean ou de l'ordre des francs-maç .'.... etc.
*' Considérant que, dans ces temps malheureux, où la discorde et les dissensions des citoyens portent partout le trouble et
les calamités ('), on impute à notre société et à nous tous FF.*, admis dans l'ord.*. de Jean ou des francs-maç.'. des principes, des opinions et des machinations tant secrètes que publiques ; qu'on accuse en outre les membres de l'ordre (afin d'attirer sur nous le mépris des prof.*, et de nous vouer d'une manière plus sûre à l'exécration publique, et parce que nous sommes tous liés par un acte et des mystères inviolables religieusement gardés et observés par nous tous) d'être coupables de vouloir rétablir l'ordre des templiers ; qu'on nous désigne publiquement comme tels, et que par suite, comme si nous étions affiliés à cet ordre, nous serions unis et conjurés pour récupérer les biens et les domaines qui lui ont appartenu et pour venger la mort du dernier gr.*. maît.*. sur* les descendants des princes et des rois qui furent coupables de ce fait et qui causè-
(i) C'était au commencement du luthéranisme. — Deschanips. N. B. — Nous citerons désormais toujours ainsi Les Sociétés Secrètes, et la Société, de Deschamps,
rent l'extinction du dit ordre ; qu'à cet effet nous chercherions à introduire le schisme dans l'Eglise, des troubles et des séditions dans les empires et dans les dominations temporelles ; que la haine et l'envie nous animeraient contre le pontife suprême, l'empereur et tous les souverains ; que n'obéissant à aucune puissance du monde et soumis seulement aux supérieurs élus dans notre association répandue sur la terre entière, nous exécuterions leurs commissions occultes et leurs ordres clandestins par un commerce de lettres secrètes et par leurs mandataires chargés de missions expresses ; qu'enfin nous ne donnerions accès à nos mystères qu'à ceux qui, examinés et éprouvés par des tourments corporels, se seraient liés et consacrés à nos assemblées par un serment horrible et détestable. . . (') "
( i) L'original de la charte de Cologne se trouve dans les archives de la mère-loge d'AnivSderdam. Le lecteur trouvera la charte publiée iii extenso dans ''Les Sociétés Secrètes, et la Société'' par N. Deschamps. Edit. Claudio Jeannet — 3 vols. Oudin, Paris 1882. Tome I, p. 318 — et dans l^e problème de V heure pré-
Les maîtres-maçons ('), délégués au Conveiit de Cologne de 1535 par les loges de toutes les grandes villes de l'Europe (le document en fait foi), s'efforcent ensuite d'établir dans les 13 articles de la fameuse charte l'origine en même temps que le régime et l'esprit de leur société ; ils y font une déclaration contre l'origine templière de l'ordre maçonnique.
L'intérêt majeur qu'avait la société à écarter cette origine pour se défendre contre les légitimes suspicions des pouvoirs publics d'alors ne fait que donner plus de force aux arguments de ceux qui la rattachent aux Templiers.
C'est une question d'histoire : la tradition doit jouer dans sa solution le rôle principal.
La tradition nous apprend qu'en plein seizième siècle les francs-macons se virent
sente, par Mgr Delassus, Tome I, p. 345 — Le premier de ces deux ouvrages est une véritable Somme Antimaçonnique — Nous y avons puisé à satiété.
(i) Parmi les 19 signataires de la Charte de Cologne on relève les noms de Melanchton et de Coligny.
contraints de publier nn manifeste pour tâcher de détruire, si possible, l'opinion commune qui les regardait à cette époque comme les vrais continuateurs des Templiers.
Le fait est incontestable. C'est le point capital.
Dès ce moment le mot d'ordre est donné à tous les maçons : il faut dérouter les personnes hostiles à la société !
Les Vénérables rédacteurs de la charte donnent l'exemple : on y lit à l'article A : '^ qu'il nous est démontré, par différents monuments d'une antiquité bien constatée, que l'origine de notre association remonte jusqu'aux premiers temps, oii, fuyant les disputes des différentes sectes du Christianisme, quelques adeptes imbus. . . des secrets de la philosophie morale, se séparèrent de la multitude. . . "
Et voilà la plupart des écrivains maçons qui s'évertuent à faire remonter l'origine de leur secte aux temples de Memphis, aux mystères d'Eleusis, au culte de la bonne déesse chez les Romains, à la cons-
truction enfin du temple de Salomon. Les extravagances les plus singulières sont données comme des faits certains par ces historiens, et, chacun renchérissant à plaisir sur celui qui l'avait précédé, ils en arrivent finalement. . . à la Tour de Babel.
" x\u point de vue historique, il est certain qu'aucune organisation, qu'aucune secte formant corps ne s'est perpétuée depuis les temps anciens jusqu'à l'époque moderne. Tout ce fatras de fausse érudition n'est qu'une amorce pour les libertins et les sots (')."
Il est impossible de nier qu'il est peu de condamnés de l'Eglise qui aient eu autant et de si ardents apologistes parmi les francsmaçons que les célèbres Templiers.
'' Nous chercherons, a dit Condorcet, si l'on ne doit pas mettre au nombre des sociétés secrètes cet ordre célèbre contre lequel les papes et les rois conspirèrent avec tant de barbarie." (^)
(i) Deschamps. I, 252.
(2) Esquisse d'uji tableau hîstoriqiie de V esprit humain, yèm. époque, Edition de Paris, 1882, p. 134.
^'Si tant de témoins ont déposé contre les Templiers, il y eut aussi beaucoup de témoignages étrangers en faveur de l'ordre," a dit Voltaire {').
A mesure que l'on avance dans les temps modernes, la Maçonnerie devient plus forte et plus hardie. Les écrivains de l'ordre, sûrs désormais de son influence sur la société, ne s'amusent plus à la thèse de convention des Mystères d ^Eleusis ; plusieurs maçons, et non des moins intelligents, ont déjà ridiculisé ces théories de l'origine presqu'antédiluvienne de leur secte. Le temps est venu de parler clair et net.
" Les Templiers ont disparu dans l'ordre civil, dit Willaume dans son Manuel ou Tuileur maçonnique, mais ils ont laissé des successeurs dans la Franc-maçonnerie, et leurs institutions leur ont survécu. Telle nous paraît être l'histoire et la marche de la Franc-maçonnerie \^). "
'' Ragon, dans son Cours d' initiation
(i) Manuel ou Tuileur, p. lo et ii.
(2) Cité par rHncyclopidie Larousse au mot Templiers.
aux grades maçonniques^ fait aussi remonter la Franc-maçonnerie aux Templiers ; il les représente comme ayant recueilli en Orient la doctrine ancienne des gnostiques et des manichéens (')."
^' J'ose donc affirmer, disait le F.*, de Banville, ex-officier du Grand-Orient de France, dans un discours qu'il prononça le 8 avril 1839 dans la loge des chevaliers de la Croix, que l'ordre maçonnique fut établi dans le XIV^ siècle par des membres de l'ordre du Temple, de l'obédience du grand prieuré d'Ecosse, et que cette belle institution rayonna de ce point et se propagea facilement dans les contrées européennes, alors couvertes de nos prédécesseurs proscrits."
C'est le Globe ^^^ qui publie ce discours où le F.'. Banville "a parfaitement tracé l'origine de l'association maçonnique," dit le rédacteur.
Déjà au XVIII^ siècle, les membres de la
(1) Deschanips. I, p. 301.
(2) Le Globe, journal des initiations maçonniques. Paris, année 1839.
loge maçonnique du Collège de Clermont n'avaient pas craint d'affirmer publiquement qu'ils voulaient continuer l'ancien Ordre des Templiers et s'étaient affilié des personnages très distingués de la cour et de la noblesse partageant les idées déistes de cette époque (')•
Dans l'acte d'accusation sur lequel roule l'interrogatoire des Templiers, on lit que dans les aveux faits par 72 templiers des plus notables devant la commission pontificale de Paris, les papes et les cardinaux eux mêmes, il a été déclaré (3e) "que c'était la coutume de se réunir le vendredisaint ou un autre jour de la semaine sainte pour fouler ainsi aux pieds la croix, faire sur elle des outrages plus odieux encore, et en faire faire par les autres (^). "
Révoltante tradition, qui malheureusement est restée chère aux francs-maçons ! On sait que " l'une des épreuves de la
(i) Encycl. Larousse — Templiers.
(2) Collection de docinnents inédits sur V histoire de France, publiés par les soins du Ministre de V Instruction publique — première série — V. Deschamps, I,
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Franc-maçonnerie, avant la Révolution, consistait à faire opérer au dignitaire maçonnique l'exécution en effigie d'un roi de France sur un mannequin représentant Philippe le Bel, le prince même qui avait détruit l'ordre des Templiers ('). "
L'acte suprême de la Révolution ne devait-il pas être l'exécution du Roi (^)?
" Haine au roi! Haine au Pape! " telle est la devise léguée en héritage aux francsmaçons par leurs prédécesseurs.
Serait-ce sans dessein qu'au lo août l'infortuné Louis XVI fut emprisonné au Temple (^) ?
Il nous paraît moins important '' d'insister sur les points secondaires de ressemblance entre les templiers et les francsmaçons, sur leurs mots communs à^grandmaitre^ de temple^ de chevalier^ sur la loi du secret et le serment de le garder sous
(i) Maurice Talmeyr — La Franc-maçonnerie et la Révolution — Paris. Perrin & Cie. 1904.
(2) V. le même
(3) La tour du Temple fut bâtie en 1222 par Frère Hubert, trésorier des TtmpHers. Elle servait de résidence au grand-maître de l'Ordre.
peine de mort, sur les précautions identiques pour assurer ce secret contre les profanes : assemblées de nuit, sentinelles placées, d'oii, chez les maçons, le te7nple est couvert ou il pleut^ selon que la loge est gardée ou ne l'est pas (')."
La plupart des écrivains modernes sont unanimes à reconnaître que la Franc-maçonnerie a pour origine l'ordre du Temple. L'opinion d'Edouard Drumont est formelle : '^ L'origine de la maçonnerie remonte incontestablement aux Templiers, et, quand ils ont revendiqué cette origine, les Francs-Maçons ont eu raison sur ce point (^)."
'' Nous pouvons donc conclure avec le grand historien Frédéric de Schlegel (^) : Pour ce qui concerne l'origine ou la source d'où l'influence ésotérique de la Maçonnerie s'est répandue en Europe, quelque motif ou quelque intérêt qu'on ait à le nier ou à le constater, il résulte à peu près évi-
(i) Deschamps, I, 307.
(2) La Libre Parole — No du 14 décembre 1904.
(3) DevSchamps, I, 311.
demment du seul examen des faits, que l'ordre des Templiers a été le pont sur lequel tout cet ensemble de m3^stères a passé en Occident, du moins quant à la forme, qui continue aujourd'hui d'être la même qu'alors (')."
C'est en Ecosse, au XIV^ siècle, après la suppression de l'ordre du Temple qui eut lieu en 13 12, que commença à se former le noyau maçonnique l^.
Dès l'année 1155, les loges des ouvriers maçons d'Ecosse et d'Angleterre '^ furent placées sous le patronage de l'ordre du Temple C^)."
Ce fait n'a rien d'étonnant pour celui qui connaît bien l'histoire de l'Ordre. A l'apogée de leur puissance, les Templiers étaient '' les tuteurs financiers de la Chrétienté ", suivant le mot de M. Langlois
(i) Schlegel — Philosophie de l'histoire, trad. franc. iSe leçon, p. 362, 363, 365.
(2) Il n'evSt peut être pas inutiie de rappeler ici que l'ordre des Templiers existe encore en Angleterre. Le Prince de Galles en aurait été nommé grandmaître en 1873. — V. Encycl. Larousse — Templiers.
(3) D'après les auteurs maçonniques, Thory, MossdorfetKlotz — V. Descharaps I, 316.
dans la Revue des Deux-Mondes du 18 janvier 1891 : c'est dire qu'ils constituaient alors la Haute-Banque de l'Europe. " Ils avaient étendu peu à peu le champ de leur activité financière et dirigeaient, pour le compte des rois et des princes, les opérations de trésorerie les plus compliquées (')." ''Afin d'alimenter l'industrie flamande dont ils étaient commenditaires et argentiers, dit Mme Bessonet- Faure, qui a signé du pseudonyme de Francis iVndré le premier ouvrage qu'elle ait publié sur Jeanne d'Arc, ils créèrent le commerce des laines. Par suite de ce trafic, des entrepôts furent établis sur la frontière du pays de Galles et sur celle de l'Ecosse.
Là des ouvriers spéciaux, flamands pour la plupart, préparaient — pour l'exportation— des laines achetées à vil prix aux propriétaires des troupeaux C')."
Ce qu'ils faisaient pour l'industrie des
(i) La Libre-Parole — nuni. cité.
(2) La Libre Parole — num. cité.
laines, leur puissance financière leur rendait facile la tâche de le faire pour toutes les autres industries et métiers importants. L'affirmation des auteurs maçonniques que les Templiers tenaient dans leurs mains au XIP siècle les corporations de maçons d'Ecosse et d'Angleterre — nous paraît donc conforme à la vérité historique.
'' Ces corporations avaient une existence fort ancienne. Dérivées des anciens guildes gerniaitiqucs^ elles n'étaient pas seulement des associations professionnelles, mais encore des unions de défense mutuelle liées par un serment, conjiiratio. Elles différaient en outre des corps de métiers en ce qu'elles n'étaient pas bornées à une ville, mais s'étendaient à tout un pays ('). Quoiqu'elles ne reçussent que des maîtres et des ouvriers appartenant à l'art de bâtir, cependant, comme les autres guildes, elles admettaient dans leur sein, à titre de protecteurs, des seigneurs et des dignitai-
(i) Histoire des classes ouvrières e?i France jusqu'à la Révolution, Levasseur, tome I, p. loi et suiv.
res ecclésiastiques. Selon une tradition constante des loges d'Ecosse et d'x*\ngleterre, ces corporations de maçons offrirent un abri aux Templiers fugitifs. Findel lui-même, qui, poussé par son antipathie contre le système des hauts grades, veut absolument nier toute filiation entre l'ordre du Temple et la Franc-maçonnerie, est forcé de reconnaître cette tradition (')."
*' Déjà on voit, dit Clavet, en 1155, les loges de francs-maçons (^) anglais administrées par l'ordre du Temple, qui en conserva la direction jusqu'en l'année 1299, c'est-àdire jusqu'au commencement à peu près dee procédures contre lui, et, malgré les précautions prises, dès le siècle suivant on vit les deux puissances, ecclésiastique et civile, s'unir pour sévir contre les maçons ainsi transformés, et leur interdire leurs réunions chapitrales, sous peine de prison et d'amende (^)."
(i) Deschamps, I, 315.
(2) Alors des ouvriers libres de redevances.
(3) Histoire pittoresque de la Franc-maçonnerie. — p. 90-92.
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La doctrine du Temple a été conservée par ces différents groupes, et l'on y garde fidèlement, entre autres, ^ ' la tradition d'une grande vengeance à exercer contre l'Eglise et la monarchie très chrétienne (')."
'' L'on s'explique très bien que les successeurs des Templiers aient peu à peu introduit leurs doctrines secrètes dans ces corporations, " dont ils étaient déjà maîtres un siècle et demi avant la suppression de leur ordre, et '' s'en soient servi comme d'un ordre extérieur (^)" pour exécuter leurs projets de revanche contre l'autel et le trône.
Après cela, l'explication que nous donne le F.'. Brimont, Grand Inspecteur et Inquisiteur Commandeur, député aux différents couvents de la Franc-maçonnerie, de l'origine du mot ^ranc-maçon^ nous paraîtra plus intéressante.
Il ridiculise d'abord les légendes qu'avaient inventées les premiers maçons sur l'antique origine de leur société unique-
(i) Deschamps, I, 313.
(2) Le même — I, 316,
ment pour donner le change aux badauds ; il les qualifie de '^ vieilles farces." — " Disons d'abord, continue-t-il, quelle est l'étymologie du mot franc-maçon. Maçon signifiait autrefois, comme il signifie encore de nos jours : constructeur, tailleur et poseur de pierres, homme occupé à bâtir une maison, un édifice depuis et même sous le sol jusqu'à l'entablement ou le comble. Les insignes que nous avons adoptés sont les outils des maçons ouvriers : le triangle, dont les trois points ne sont qu'un signe abbréviatif représentant l'espace occupé entre les angles, le compas, le niveau, le fil à plomb, la truelle et le tablier. . . Quant au moijraiîc qui précède celui de maçon, il n'en est pas de même et il est facile de se tromper sur son étymologie.
Le mot franc en maç.'. ne signifie pas franchise, loyauté, homme franc, homme droit d'esprit . . . ( ') Franc veut dire simplement quitte de toutes charges, de toutes
i) Voilà une explication dont il sera bon de se souvenir en temps et lieu.
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redevances, qui ne paie pas . . . (^ La Maçonnerie actuelle a son origine véritable dans les nombreuses associations d'ouvriers maçons réunis en groupes immenses pour construire les édifices du moyenâge. . . Autour des édifices en construction, et comme les ouvriers étaient nombreux, il y avait plusieurs constructions grossières ou loges destinées à abriter les ouvriers, les matériaux précieux et les outils, d'où le nom de Loge qui a été donné à chacune des sociétés fraternelles de la Maçonnerie lorsqu'elle se transforma en société ouvrière morale (^). "
La citation est longue ; elle n'en est que plus instructive. Les fondateurs de la Maçonnerie se sont emparé des corporations ouvrières du moyen-âge pour les transformer graduellement en une vaste " société ouvrière morale!'^
Si l'on en croit les auteurs anglais, Preston et Anderson, ce n'est qu'au XVIIP
(i) Lisez absolument indépendant, libre de toute autorité divine ou hu?naine.
(2) V. L'enyiemie Sociale, Rosen. p. 2-4.
MAÇONNIQUE IÇ
siècle que cette transformation fut complète. " Malgré la ténacité anglaise pour l'observance des vieilles coutumes, la société des constructeurs tombait alors en décadence. La vieille loge de Saint-Paul, qui avait déjà ses membres honoraires non ouvriers, continuait cependant à s'assembler régulièrement. C'est en 171 7 qu'elle eut l'heureuse inspiration, pour augmenter le nombre de ses membres, de proposer, ce qui fut adopté ensuite, que les privilèges de la Maçonnerie ne seraient plus la propriété exclusive des Maçons travailleurs ( Operative Maso7is)^ mais qu'on les étendrait à des personnes de diverses professions pourvu que ces personnes fussent régulièrement accueillies au sein de Tordre C)."
Le 24 juin de cette même année 171 7
(i) Déclarations du F.-. Brimond — V. Rosen, p. 4 — On ne peut s'empêcher de constater que les francs-maçons s'insinuent de la même manière dans les associations ouvrières d'aujourd'hui, qu'ils ne lancent vers le Socialisme que pour en faire les instruments plus aveugles et plus souples de leur œuvre de destruction contre l'Eglise et la Société.
eut lieu la fusion, opérée par les Rosicrucians Anderson et Desaguliers, de la Société des Rose-Croix ou membres de la Rose-Croix avec la Franc-maçonnerie.
Cette secte des Rose-Croix, ^^ probablement sortie de la même source que celle des francs-maçons, apparaît au commencement du XVII^ siècle à la fois en Italie et en Allemagne, et y déploît une activité extraordinaire. Elle alliait les pratiques de l'alchimie aux superstitions de la cabale rabbinique et promettait à ses adeptes une vie mystérieuse dégagée des sens. On la trouvait toujours du côté des déistes ou des panthéistes et elle faisait corps avec eux pour combattre l'Eglise et le gouvernemeni civil (')."
La fusion de la Rose-Croix avec la Maçonnerie ne fut pas autre chose que la réunion des deux groupes d'une même
famille.
C'est en 1721 (^) que, ainsi rendue plus
(i) Deschamps I, 330.
(2) La première loge maçonnique de France fut fondée à Dunkerque en 1721 par Lord Dervent-Waters, alors grand-maître de la Maçonnerie anglaise.
puissante, la Franc-maçonnerie devait se jeter de Londres sur la France pour y faire son œuvre de mort en assouvissant sa soif de vengeance contre l'Eglise et la dynastie des Capétiens.
La secte n'était pas novice dans la tâche infernale qu'elle allait entreprendre au pays des Bourbons. Son rôle avait été très important dans la propagation de la Réforme (') :
'' D'après M. Lecoulteux Lecauteleu^^), appuyé sur de nombreuses autorités maçonniques, Cromwel, confondu dans les rangs de l'armée et longtemps inconnu, initie supérieur des mystères maçonniqîies^ résolut de s'en servir pour organiser sa vaste conspiration. Il divisa la société en
(i) L'histoire de la Maçonnerie nous montre que c'est en Angleterre, en Allemagne et en Suède surtout que les débns des Templiers se sont conservés et ont continué les traditions de l'Ordre. Il est à remarquer que "ce sont ces trois pays qui ont accueilli avec le plus d'empressement le cri de révolte de Luther. " V. Deschamps, I, 311.
(2) Les sextes et les Sociétés seo^tes, p. 105. V. surtout ; Les Fravcs-Maçons écrasés, p 20. ouvrage publié à Amsterdam en 1747. V. aussi : Henri Martiîi. Hist. de France. Tome XV, p. joç.
trois classes, imagina des signes et des emblèmes nouveaux, et compléta son organisation par le serment et le secret. Charles I^^ et Hamilton exécutés, toute l'Angleterre fut couverte de comités secrets composés de ses partisans qui, insensible-, ment, formèrent des corporations, dont chacun s'efforça de faire partie, les uns par cruauté, les autres par flatterie ou vanité. La Franc-Maçonnerie avait servi cette révolution et puissamment contribué à son succès ; elle en sortit toute-puissante et restaurée (') ."
Ces premiers succès ne faisaient que présager, hélas ! les triomphes plus éclatants et plus durables que la secte allait remporter, 140 ans plus tard, sur le sol de France.
(i) Deschamps, L 333-