‹ Le fléau maçonniqueChapitre 8 sur 8 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

L'Eglise s'est montrée encore une fois la gardienne de la civilisation en condamnant une secte qui ose proclamer n'avoir d'autre but que celui de tuer les âmes et de renverser les sociétés.

L'histoire de l'œuvre maçonnique dans tous les pays suffit pour vouer à la réprobation de tout honnête homme l'auteur des lois infâmes qui déshonorent aujourd'hui le monde, la Franc-maconnerie.

Née d'une pensée de vengeance contre le roi et l'Eglise, c'est contre la France, rempart de la monarchie et du catholicisme en Europe, que la Maçonnerie devait livrer les plus longs et les plus terribles assauts.

Rien de plus poignant que l'histoire de ce duel entre l'idée catholique et l'idée maçonnique dont la France a été et le témoin et l'enjeu depuis cent-cinquante ans.

Quand les Encyclopédistes, organes de la Maçonnerie, eurent fini de jeter sur le sol de France la semence révolutionnaire, tous les francs-maçons s'y donnèrent rendez-vous pour faire la récolte.

On s'était bien amusé avec la Francmaçonnerie au siècle du scepticisme. Il y avait des séances inofïensives pour les gens du monde. C'était devenu une mode dans les salons du temps.

En 1775 l'installation de la duchesse de Bourbon comme grande maîtresse des Loges d ^adoption de France donna lieu à des fêtes magnifiques. C'est vers cette époque que Marie-Antoinette disait dans une lettre à Mme de Lamballe: ^'J'ai lu avec grand intérêt ce qui s'est fait dans les loges franc-maçonniques que vous avez présidées, et dont vous m'avez tant amusée. Je vois qu'on n'y fait pas que de jolies chan-

sons, et qu'on y fait aussi du bien (').'' Onze ans plus tard, le Couvent maçonnique de Francfort votait la mort de Louis XVI. C'est en 178 1, à Willemsbad (dans le Hanau), que s'étaient organisées définitivement les forces de la Révolution par la fusion des Illuminés d'Allemagne avec les francs-maçons de France. Les délégués des sociétés secrètes y " étaient accourus de toutes les parties de l'Europe, d'Amérique et des confins même de l'Asie sous l'inspiration secrète de Weishaupt, le fondateur des Illuminés, et sur la convocation ofîicielle du duc de Brunswick ". Le complot de Francfort est désormais historique. Il fut dénoncé en plein congrès de Vérone par le comte de Haugwitz, ministre de Prusse. Franc-maçon dégoûté, ce dernier vint dire aux représentants de l'Europe, dans un mémoire qu'il lut au Congrès sur les sociétés secrètes,

(i) Publication Feuillet de Couches, citée dans les Souvenirs du comte de Virieu, par le marquis Costa de Beaureg"ard — V. M. Talmeyr, La Fra ne- Maçonne rie et la Révolution française, p. 13.

la stupeur qui le saisit à la lecture des documeuts lui montrant la main de la Maçonnerie dans le régicide de 93.

L'anarchie est un effet avant d'être une cause ; elle n'est jamais ^^ spontanée ".

Avez-vous réfléchi à ce qu'il y a d'inexplicable dans l'explosion de rage révolutionnaire de 1789?

La France était alors foncièrement catholique. Taine raconte qu'au passage du Saint Viatique dans les rues de Paris, à cette époque, on pouvait voir le peuple ^' accourir de toutes parts pour se jeter à genoux, tous, hommes, femmes, jeunes et vieux, se précipitant en adoration. '' On force les patrouilles, en pleine Terreur, à rendre les honneurs au Saint-Sacrement (').

La France était alors profondément royaliste. Les premiers actes de la Révolution s'accomplissent au cri de Vive le Roi / Le révolutionnaire Barnave, pendant un arrêt sur la route de Varennes à

(i) Taine, La Conq-uêtt Jacobine, II, Chap. II.

Paris, s'empresse respectueusement à servir Louis XVI comme un valet.

Bientôt de sourds grondements se font entendre aux quatre coins de la France.

Le pillage des châteaux commence.

Les émeutes, les incendies éclatent en même temps sur plusieurs points du territoire. Le cri de Mort au Roi ! remplacera avant longtemps celui de Vive te Roi ! C'est l'anarchie — l'anarchie préparée et non pas ^'' spontanée. ^^

Au moment de l'ouverture des Etats-généraux, un club ou loge de propagande s'était organisé à Paris. Son but était " non seulement de consolider la révolution en France^ mais de l'introduire chez tous les autres peuples de l'Europe et de culbuter tous les gouvernements actuellement établisy Le 27 mars 1790, le club avait en caisse 1,500,000 francs. Un comité de quinze est chargé de la direction suprême ; il est présidé par l'abbé Sieyès. On relève sur la liste des membres les noms suivants : Barnave, Robespierre, Boissy-d'An-

glas ('), Hébert, Lebon, Marat, Saint-Just. (^). Ce sont les principaux affiliés de la loge des Amis réunis.

Ajoutez-y la loge des Philalèthes ou Chevaliers bienfaisants^ qui comptait Saint- Martin, le chef de l'Illuminisme français, et Cagliostro parmi ses membres, celle de la Candeur oii figurait Laf ayette à côté des députés du Grand-Orient, la loge des Neuf- Sœurs^ qui avait reçu Voltaire dans son sein, et vous aurez un peu l'idée des foyers d'infection qui rayonnaient de Paris sur toute la France en 1789.

Des délégués francs-maçons se glissaient furtivement dans toutes les assemblées électorales du pays. Disséminés dans la foule et feignant d'être inconnus les uns aux autres, ils attendaient le moment opportun pour réclamer d'une seule voix les réformes dont les loges les avaient faits les champions. Leur action concertée et leur

(i) Papiers trouvés chez le Cardinal de Bernis et publiés par Deschamps, II, 138.

(i) Lecoulteux de Couteleu, Les Sectes et les Sociétés Secrètes, p. 169.

entêtement jetaient le trouble dans l'assemblée qui finissait par se ranger à leur avis. Et le tour était joué (').

Les exploiteurs de l'opinion publique d'aujourd'hui peuvent saluer leurs maîtres dans les francs-maçons du XVIII^ siècle.

Ils se font les meneurs de la foule ahurie dont une partie se cache et l'autre se laisse conduire. Ils prétendent parler au nom de la nation.

Leur première œuvre antimonarchique, la Constituante, fit du roi le mandataire du peuple. Les chefs de l'Assemblée sont tous francs-maçons. Ils décrètent la Constitution civile du clergé. Le corps de Voltaire, l'insulteur du Christ et de ses prêtres, est déposé par leurs soins dans l'église de Sainte-Geneviève, transformée en Panthéon.

La Législative gouverne. La fameuse journée du 10 août arrive. Les Suisses défendent héroïquement les Tuileries. Un

(i) Voir l'étude de MM. Cocliin et Charpentier: La Campa^s:ne électorale de lySç eti Bourgogne, dans / ^Actio7i Française des ler et 15 novembre 1904.

ordre, signé de Louis XVI, leur arrive de cesser toute résistance.

Cet ordre, qui perdit la Monarchie, était un faux. Jamais Louis XVI ne l'a signé. Le député Choudieu, conventionnel et régicide, l'a affirmé solennellement dans ses Mémoires : ^' Le Roi n'a point dit, en entendant le premier coup de canon : J^ avais défendu de tirer ^ et je puis attester au contraire que je l'ai vu saisir le fusil d'un de nos grenadiers qui était de faction à la porte de la loge du Logographe. Il se croyait si sur de la victoire ! . . , Je venais de rentrer dans l'Assemblée, et placé près de la tribune, en face de la loge du Logographe, je puis assurer que personne ne s'est approché du Roi, et que ni M. d'Hervilly, ni qui que ce soit, n'a pu recevoir l'ordre de faire cesser le feu. . ." (')

La Maçonnerie ne perdait pas de vue l'ignoble projet qu'elle avait secrètement formé de tuer le roi de France. Il s'agissait de ne le rendre public que le jour où

(i) Victor Barrucaud, Mémoires et notes de Choudieu, p. 148 Paris, Plon-Nourrit, 1897.

la majorité serait assurée à la secte au Parlement révolutionnaire.

La Convention met aux voix la mort du roi. La guillotine accomplit le vœu du Couvent de Francfort.

Toujours le même procédé: les loges élaborent le programme ; on corrompt par la presse l'opinion publique jusqu'au degré voulu ; puis, on fait voter.

La Franc-maçonnerie ne se laisse pas déconcerter par l'autocratie de Napoléon. ^' Elle se laissa faire sujette du despotisme pour devenir souveraine (')." Elle saluait de temps à autre l'empereur du nom d'Alexandre pour lui arracher des concessions.

C'est le franc-maçon Fourcroy qui, le 6 mai 1806, apporte au Corps Législatif le projet de loi consacrant le monopole de l'enseignement. La secte craignait une résurrection de l'enseignement chrétien.

Pendant que les alliés campent aux portes de Paris, en 18 15, les francs-maçons, par deux fois, envoient une ambassade au-

(i) Code des Fra7ics- Maçons, par le F.*. Bazot, p. iS;.

près des chefs des coalisés pour demander qu'on donne le trône de France au prince d'Orange ou à Louis Philippe qu'ils réussirent à faire proclamer roi en 1830. Déçus, ils forcent Louis XVIII à accepter pour ministres un apostat et un régicide, Talleyrand et Fouclié.

Le gouvernement constitutionnel donne la main haute aux politiciens maçons, '^ Ce principe nous protège, " disait Bagot, le secrétaire du Grand-Orient.

Les meneurs de 1830 et de 1848 sont tous francs-maçors. En 1847 ^^ Couvent se tient à Strasbourg. Les délégués de France sont, en autres, Crémieux, Cavaignac, Ledru-Rollin, Louis Blanc, Proudhon, Marié, Pyat. C'est le futur gouvernement provisoire, à peu de choses près.

A l'apparition du Syllabiis^ sous le Second Empire, la Maçonnerie fait dire à Rouland, le ministre de Napoléon III, et crier aux quatre coins de la France que ^' le Syllabus vient barrer le chemin à la civilisation moderne. "

L'armée catholique était toujours debout. La Franc-maçonnerie sentait qu'elle ne parviendrait jamais à changer l'âme de la France tant qu'elle n'aurait pas les âmes de ses enfants.

Quand, après les désastres de 1870 et l'échouement de la tentative de restauration monarchique de 1873, une majorité maçonnique se vit définitivement maîtresse de la Chambre, elle n'hésita pas à se mettre de suite à l'élaboration d'un projet de loi consacrant l'école neutre en France.

La campagne en faveur de l'enseignement laïque était commencée depuis quelques années. Le succès des francs-maçons belges avait encouragé la Maçonnerie française.

"L'instruction, ce levier de l'esprit humain, est l'une des préocupations constantes de la Maçonnerie, " avait dit à la loire d'Anvers, en 1864, le Vénérable F.*. Van Humbeeck.

En 1865 ^^ Ligjie d^ eiiseig7ienient belge se formait. Par l'œuvre du débiter des êco-

les (') elle soutenait en Belgique des écoles sans Dieu et faisait dans tout le pays une propagande acharnée en leur faveur.

Quatorze ans après, le Parlement belge votait une loi qui excluait tout enseignement religieux de l'école et en enlevait la direction, non seulement aux évêques et aux curés, mais aux pères de famille euxmêmes. On permettait aux prêtres d'enseigner le cathéchisme dans un local spécial et à des heures déterminées.

C'est sur la Ligue belge que le F.*.

Jean Macé et les francs-maçons français modelèrent leur Ligue de l^ enseignement qu'il fondèrent le 15 octobre 1866.

^' L'officine de la Franc-maçonnerie ", voilà ce que devait être la Ligue de Penseigne^nent dans la pensée de son fondateur. C'est ce qu'elle a toujours été.

" Nous sommes heureux de constater, disait le Monde maçonniqjie d'avril 1867, que la ligue de l'enseignement du F.'.

Macé et la statue du F.*. Voltaire rencon-

(i) V. M. de Moussac, La Ligue d'enseignement pp. 14, 58 à 62 et 232.

trent dans toutes nos loges les plus vives sympathies ".

' Aux congrès de la Ligue, en 1881 et 1882, le F.'. Macé dit, en parlant de la Maçonnerie et de la Ligice^ que ce sont deux sociétés sœurs.

Jean Macé parlait moins clairement dans les commencements de sa fameuse Ligue, C'était au nom de la liberté de conscience et du patriotisme qu'on en appelait alors au peuple français. La Ligue voulait faire une œuvre patriotique et nationale. Elle faisait appel à toutes les bonnes volontés. Des cercles de la Ligue étaient créés dans tous les grands centres. On proposait aux conseils municipaux des pétitionnements. Les listes se couvraient de noms. Les délégués de la Ligue avaient présenté l'adhésion à leur association comme une manifestation républicaine nécessaire.

Les listes étaient ensuite publiées : ce qui créait comme un engagement pour le signataire.

La foule des ignorants qui se trouvèrent à donner leurs noms pour soutenir, à l'a-

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vauce, des lois contraires aux convictions de leur conscience fut considérable.

^^ La Ligue avait lancé, avant M. Jules Ferry, dans la circulation, les trois mots obligation^ gratuité^ laïcité^ elle avait préparé le terrain, disait le F.'. Jean Macé au congrès de la Ligue en 1882.

Si V opinion publique a fini par être la plus forte , une part en revient assurément à ceux qui l'ont stimulée^ harcelée^ fouettée^ passez -moi le mot, jusqu'à la victoire. "

La Ligue de V enseignement avait corrompu une partie de l'opinion publique et trompé l'autre : les élections furent favorables à la Franc-maçonnerie. Le 6 juin 1881, la Chambre française votait l'enseignement gratuit \ le 20 octobre 1886 elle laïcisait tout le personnel enseignant.

Les deux " sociétés sœurs " triomphaient. A la séance de clôture du Congrès de la Ligue tenu à Lille en 1885, le F.'. Macé entonnait cyniquement son chant de victoire: *' Oui, ce que nous faisons est une œuvre maçonnique La

MAÇONNIQUE ï6l

Ligue est une maçonnerie extérieure, je l'ai dit cent fois dans les Loges, d'un bout de la France à l'autre (').

*'I1 est impossible que de pareilles choses arrivent au Canada," me direz-vous.

Et la Ligne de V eïiseigneiyient fondée à Montréal le 9 octobre 1902, qu'en faitesvous ?

La naïveté doit avoir un terme. Assez de larmes répandues sur les pa3^s victimes de la persécution maçonnique. Nous sommes à chercher des remèdes pour la guérison des peuples affligés du fléau maçonnique et la peste est chez nous.

Le plus dangereux foyer d'infection, c'est la Loge V Emancipation^ que le Grand-Orient de Paris, le plus sectaire de tous les Rites maçonniques, a fondée à Montréal. La liste officielle des délégués des Loges du Grand-Orient au Couvent de septembre 1904 porte :

" Alontréal, — Emancipation .* X " .... Les noms de tous les autres délégués sont sur

(i) Bulletin de la Ligue, Juiu-Août 1SS5, p. 2>ô (11)

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la liste. Le Canadien-français de Montréal qui est allé conspirer à Paris contre son pa3^s et contre sa foi a eu honte de signer. Le Canada français est douloureusement surpris d'apprendre qu'il y a des traîtres parmis ses enfants.

Le 27 janvier 1905, la loge 1 ^Education coopérative de Paris avait une ^^ tenue solennelle extraordinaire ". Il s'agissait d'une conférence dont le programme était celuici :

Impressio7is de voyage en Amérique L Exposition de St-Louis

E organisation ouvrière aux Etats-Unis et au. Canada

Le Cléricalisme et la Franc-inaconnerie au Canada

L ^induence possible de la France ^^^ aux Etats- Unis et au Canada. ^^^

Parmi les noms de ceux qui devaient

(i) Lisez : de la Franc-maçonnerie.

(2) La Franc-maçonnerie démasquée. No. du 10 février 1905.

traiter ces diiîérents sujets dans la Loge nous remarquons ceux de M. A. Manoury, le chef de la délégation ouvrière française qui a visité le Canada en 1904, et de MM, Th. Beauchesne et de Marmande, rédacteurs au Courrier Européen (').

Dans son compte-rendu hebdomadaire des travaux des différentes Loges de Paris, M. Albert Monniot, dont les informations n'ont jamais été prises en défaut d'authenticité sur ce sujet, écrivait le 3 avril 1905: ^' A V Uyiité maçon^iique et aux Inséparables dit Progrés on s'est occupé de l'organisation maçonnique au Canada. La Veuve a jeté son dévolu sur ce nouveau champ d'action, si inébranlablement français ; elle espère le dénationaliser et bien mériter de l'Angleterre (').

Nous n'avons pas besoin d'aller à Paris pour apprendre que la Maçonnerie du

(i) Les journaux canadienvS-frauçais ne devraient jamais se fier aux informations du Coiirrict- Européen. C'est un journal maçonnique. Il a fait paraître récemment une étude sur le Catholicisme Romain au Canada. Le maçonnisme de l'auteur y apparaissait clairement.

(2) La Libre Parole, No du 5 avril 1905.

Grand-Orient travaille actuellement, de concert avec la Maçonnerie anglaise du Canada, à dépouiller la nation canadiennefrançaise de son plus beau titre de gloire, de sa foi catholique.

La dernière décade a vu diminuer chez nous le respect de l'autorité religieuse. Les étrangers s'en sont aperçu, peut-être mieux que nous. '' Un grand changement s'est produit chez les Canadiensfrançais de ces dernières années, disait le Journal de Minneapolis du 9 novembre 1903... Ils ne sont pas aussi soumis à l'iniluence du clergé qu'ils l'étaient anciennement ... Le Canadien-français se confie moins à son évêque et à son curé pour la direction de ses affaires politiques et sociales {seadar) . . . . " Et le Journal fait dater le premier signe de cette insoumission du peuple canadien-français de

Le Grand-Orient de France aurait-il cru apercevoir dans cette date l'aube de P émancipation qu'il souhaite tant pour nous ?

Le correspondant àM Journal de Minneapolis signalait cet esprit d'indépendance au Canada comme un bon pas fait vers l'annexion, à laquelle, disait-il, '' le clergé canadien-français a toujours été opposé.

C'est l'autorité ecclésiastique, ajoutait-il, qui a fait une nation des Canadiens-français."

Faut-il donc que des étrangers viennent nous rappeler que si nous formons aujourd'hui une race à part sur ce sol d'Amérique, c'est à nos évêques que nous le devons? qu'en nous soustrayant à l'autorité de l'Eglise, nous nous jetons dans les bras de l'étranger ?

L'apostasie religieuse du Canada français serait une apostasie nationale.

Albert Monniot avait raison : la Maçonnerie française est venue travailler au Canada pour le compte de la race anglosaxonne. Celle-ci peut se vanter d'avoir trouvé d'excellents collaborateurs — inconscients, nous voulons bien le croire — dans les députés qui ont voté, à Ottawa, l'enseignement facultatif du français et la

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demi-heure de catéchisme après la classe dans les écoles de TAlberta et de la Saskatchewan.

C'est pénible de lire dans certains journaux français du pays la panégyrique de ces messieurs de la députation d'Ottawa. La Franc-maçonnerie vaincra- t-elle ? Son idée capitale : la politique est indépendante de la 7'eligion^ triomphera-t-elle.' au Canada comme elle a triomphé ailleurs ? La période de la sômence maçonnique se terminera-t-elle chez nous au détriment des catholiques ? C'est à nous d'empêcher qu'un tel malheur n'arrive.

La secte travaille actuellement à imposer ses doctrines à notre législation. Elle compte déjà d'éclatants succès à Ottawa. La voilà maintenant à la Législature de Québec. On veut chasser les évêques du Conseil de l'Instruction Publique ; on veut chasser les prêtres de l'école.

La tâche est ingrate ; elle demande beaucoup de prudence. On travaille ici sur un terrain foncièrement catholique.

Il faut du tact et de l'hypocrisie. Les

francs-maçons canadiens-français, comme leurs frères de France, ne manquent ni de l'un ni de l'autre.

Commençons, se disent-ils, par montrer une sollicitude extrême pour la cause de l'éducation dans la Province de Québec.

N'oublions pas de dire, avant tout, que l'instruction y est absolument inférieure. Il faut crier et faire crier cela sur tout les toits. Nous trouverons toujours " quelque respectable imbécile " pour dire comme nous. Il l'écrira au besoin. Quant à le démontrer, c'est une autre affaire. Toutes les preuves sont contre nous. Crions toujours. Ils nous faut à tout prix l'âme du petit Canadien-français. Ce n'est qu'en dégoûtant le père de famille canadien de ces écoles catholiques que nous aurons la chance d'amener les reformes nécessaires pour faire passer nos projets anti-chrétiens dans les lois de la Province de Québec.

Ce n'est pas difficile d'être franc-maçon. Il suffit d'avoir l'âme basse et de savoir mentir. Le reste vient tout seul.

En vain les plus éminents de nos fonc-

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tionnaires de rinstruction publique démontrent-ils, chiffres en mains, la fausseté des accusations portées contre notre système d'écoles primaires — Réformes! En vain les Expositions Universelles de Chicago, de Paris, de Buffalo et de St-Louis accordent prix d'honneur sur prix d'honneur à l'organisation scolaire de la Province de Québec — Réformes, vous dis-je! !

Le citoyen intelligent et honnête n'a plus qu'une chose à faire : laisser braire.

Les francs-maçons se garderont bien de fatiguer le public canadien. Ils préciseront, de temps à autre, une de ces réformes qu'is veulent introduire dans notre système d'éducation. Cette réforme proposée devra toujours avoir pour but l'amoindrissement de l'influence du prêtre sur la direction de nos écoles. On proposera autre chose, si l'opinion publique n'est pas mûre pour l'adoption du projet. Dans ce cas, il faut protester de nos excellentes intentions. Nous n'en voulons pas aux prêtres. Ici, au besoin, un coup d'encensoir aux évêques. Ça fera bon effet

sur l'opinion. On vous permettra même de défendre quelquefois l'éducation religieuse. Ça désarmera les critiques. Vous pouvez ainsi continuer plus sûrement votre campagne de réformes. Il nous est impossible d'obtenir, pour le moment, un ministère de l'Instruction publique pour la Province. C'est dommage, notre candidat à ce poste de confiance est tout trouvé. Efforçons-nous aujourd'hui de faire arriver un des nôtres au Conseil de l'Instruction publique. Faisons l'impossible pour qu'il devienne l'un des deux laïques admis dans le Conseil par le dernier amendement. Il pourra, en attendant, nous rendre là de grands services. Nous compterons sur lui pour nous tenir au courant de tout ce qui s'y fera. Qui sait, si en y parlant gravement au nom du progrès, il ne parviendra pas à arracher quelques bribes de concessions aux membres du Conseil. Il faut que sa qualité de franc-maçon leur soit inconnue. Vous y veillerez.

Ne manquez jamais l'occasion de pousser vos Jrcres dans les Conseils munici-

paiix, dans les Sociétés St-Jean-Baptiste, dans les comités de rédaction des journaux.

Votre triomphe serait de vous faufiler dans les associations religieuses, confréries ou autres. Vous pourriez y semer hypocritement cette '' impatience de toute autorité " qu'on appelle libéralisme. C'est la meilleure préparation du terrain pour la culture maçonnique.

Dans les sociétés St-Jean Baptiste, en revenant tous les ans opiniâtrement à la charge aux comités de direction, vous pourriez peut-être obtenir qu'on supprime la messe du 24 juin. Ce serait un bon pas de fait.

Quant aux journaux, vous êtes assez intelligents pour comprendre que le moindre scribe qui serait à nos ordres dans la rédaction d'un grand quotidien peut nous rendre des services immenses. Il n'y a rien comme les insinuations dans les interprétations des dépêches concernant le Pape, les évêques, leurs paroles, leurs actes. Ne manquez jamais de leur faire dire ce

MAÇONNIQUE IJI

que vous voulez que le peuple entende.

Trois ou quatre bons mensonges par mois ( pour commencer ) feraient notre affaire. Tous les scandales possibles. Quand il n'y en a pas, inventez-en. Mêlez-y les prêtres de temps à autre. Littérature malsaine tout le temps. '' C'est la corruption en grand que nous avons entreprise." (^) C'est encore ce qui nous réussit le mieux. Une bonne chronique socialiste par semaine nous fera du bien. Il nous faut à tout prix les ouvriers : c'est la masse des électeurs canadiens. Nous voulons arriver au Parlement de Québec au plus tôt. La visite de Manoury et de sa délégation française en 1904 a fait du bien. Nous avons réussi à distribuer 1 ^Internationale parmi les ouvriers de Montréal. On leur recommande de la chanter dans les excursions annuelles. Il faut absolument leur faire avaler les doctrines socialistes. Quelques feuilles de France à la Jaurès, voilà ce qu'il nous faut ici. Tous les grévistes

(i) Lettre de Viudice à Nubius, du 9 août 1S38 — Papiers de la Haute- Vente.

sont des martyrs de Torganisation actuelle de la société : c'est ce qu'il faut dire et répéter aux ouvriers canadiens.

Un dernier conseil pour les œuvres de presse maçonnique : n'écrivez pas tous dans le même journal : on finirait par vous découvrir.

Tout va bien. Le bourgeois canadienfrançais est placide. " Nous sommes le peuple le plus catholique du monde, '' se plaît-il à répéter. Endormez-le avec cette idée-là. Elle est vraie aujçurd'liui. Le sera-t-elle dans 25 ans? C'est notre secret. En attendant ridiculisez dans la Dresse tous ceux qui parlent de l'existence d'un complot maçonnique au Canada. En revanche, ne manquez jamais d'applaudir ' chaque fois qu'on votera de nouveaux impôts sur les édifices des congrégations, les églises ou les cimetières. C'est autant d'enlevé à l'œuvre catholique.

Ce programme de l'action maçonnique au Canada, et dans la Province de Québec en particulier, est-il si loin de la réalité que quelques-uns semblent le croire?

Ne nous faisons pas illusion. Que le triste exemple de notre ancienne mère-patrie nous serve à autre chose qu'à verser des larmes sur son malheur. Notre présent est rempli de menaces. Sachons préparer l'avenir.

Que faut-il faire ? C'est Léon XIII qui nous le dit dans son encyclique Hianamim Geniis (20 avril 1884): "En premier lieu, arrachez à la Franc-Maçonnerie le masque dont elle se couvre et faites-la voir telle qu'elle est."

Le grand Pontife avait dépeint, quelques pages auparavant, le masque sous lequel se présentent les francs-maçons à la société d'aujourd'hui: "Ils ont toujours à la bouche les mots de ^^ libertè^^ et de ^^ prospérité publique P K les en croire, c'est l'Eglise, ce sont les souverains qui ont toujours fait obstacle à ce que les masses fussent arrachées à une servitude injuste et délivrées de la misère. Ils ont séduit le peuple par ce langage fallacieux et excitant en lui la soif des chanqfements, ils l'ont lancé à l'assaut des deux puissan-

ces ecclésiastique et civile. Toutefois, la réalité des avantages qu'on espère demeure toujours audessous de l'imagination et de ses désirs. Bien loin d'être plus heureux, le peuple, accablé par une oppression et une misère croissantes, se voit encore dépouillé des consolations qu'il eût pu trouver avec tant de facilité et d'abondance, dans les croyances et les pratiques de la religion chrétienne. Lorsque les hommes s'attaquent à l'ordre providentiel établi, par une juste punition de leur orgueil, ils trouvent souvent l'affliction et la ruine à la place de la fortune prospère sur laquelle ils avaient témérairement compté pour l'assouvissement de tous leurs désirs." {')

A l'œuvre ! si nous ne voulons pas voir notre beau pays entraîné à sa ruine par les francs-maçons, traîtres à leur foi et à leur race.

La presse peut être entre nos mains l'arme du bon combat comme elle est l'instrument du mal entre les mains des

(i) Encycl. '' Humanum Genus.^^

francs-maçons. Que toutes les bonnes volontés s'unissent pour épurer le journalisme canadien de ses scènes de crimes et de ses chroniques à teinte socialiste. Il faut que pas une idée fausse émise dans la presse ne reste'^sans réponse. La ]\Iaçonnerie a entrepris de corrompre le peuple canadien-français par la presse. Instruisons le peuple par la presse. Forçons tous les soi-disant réformateurs à s'expliquer publiquement. Que les membres de nos sociétés intellectuelles de Québec, de Montréal et des autres villes unissent leurs efforts pour soutenir, non-seulement de leurs deniers, mais surtout de leurs écrits, tous les journaux dignes de ce nom.

Nous avons des œuvres excellentes chez nous. Sachons nous en servur. Ne les abandonnons pas pour courir vers l'inconnu. Rallions-nous aux associations fondées avec l'approbation des autorités religieuses. Il est pénible de voir des Canadiens-français faire partie d'associations dont les^chefs sont des francs-maçons haut

gradés. Vous payez pour qu'on se moque de vous. Ne vous en plaignez pas.

Dénons-nons de l'esprit de parti. C'est notre grande faiblesse. Ce sera le grand cheval de bataille des francs-maçons dans la lutte qui commence.

Le remède est bien connu. Il n'est pas assez appliqué. Des intérêts graves, qui regardent la religion et la société, sont en jeu. Vous ne vous entendez pas sur la manière de les sauvegarder? Votre évêque est le guide que le Pape vous a donné pour vous aider à marcher droit dans les sentiers de la justice. Sans obéissance à l'évêque, pas d'œuvre catholique qui tienne. C'est ce que dit Sa Sainteté Pie X dans sa dernière Encyclique sur P action catholique : "Il nous reste à traiter, Vénérables Frères, un autre point de souveraine importance, et c'est la relation que toutes les œuvres de l'action catholique doivent avoir avec l'autorité ecclésiastique. Si l'on examine bien les doctrines que nous avons développées dans la première partie de cette Encyclique, on conclura

facilement que toutes les œuvres qui viennent directement en aide au ministère spirituel et pastoral de l'Eglise, et qui par suite se proposent une fin religieuse en vue du bien direct des âmes, doivent dans tous leurs détails être subordonnées à l'autorité de l'Eglise, et par suite à l'autorité des évêques, placés par l'Esprit Saint pour gouverner l'Eglise de Dieu

dans les diocèses qui leur ont été assignés. Mais même les autres œuvres qui sont principalement établies, comme nous l'avons dit, pour restaurer et promouvoir dans le Christ la vraie civilisation chrétienne et qui constituent dans le sens développé plus haut l'action catholique, ne peuvent nullement se concevoir comme indépendantes des conseils et de la haute direction de l'autorité ecclésiastique ; . . . . il est encore beaucoup moins possible de les concevoir en opposition plus ou moins ouverte avec la même autorité (')•"

Puisse le peuple canadien-français ne

(i) Encyclique aux évcques d'Italie sur \^ Action Catholique.

jamais rester sourd à ces graves paroles tombées de la Chaire de Saint-Pierre ! C'est dans son obéissance qu'il trouvera le salut de sa race.

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