ACTE TROISIÈME
PIERRE
Vous VOUS aimez !
JACQUEMIN
Grand Dieu î
MARIE-ANNE, à Janik.
Qu'as-tu-dit? Quelle faute!
PIERRE
Laissez ! Elle a raison de parler à voix haute. Entre gens comme nous, tout dire est un devoir ; Et cet amour, j'avais le droit de le savoir.
JANIK.
Mais j'ai le droit aussi de vous faire connaître Comment à cet amour s'est donné tout mon être. Et sans que votre cœur en puisse être offensé. Quand je le vis, ce fut pour moi le fiancé, L'absent, tel que l'avait rêvé ma longue attente ; Et plus je l'aimai, plus je vous étais constante.
PIERRE
Soit ! Mais lui, lui ! Souffrir qu'on l'aime sous mon nom ! Cela, je ne peux pas le lui pardonner, non I
MARIE-ANNE
C'est par mon imprudence...
JANIK.
Et d'ailleurs, tout de buile, L'erreur de notre amour, par lui j'en fus instruite.
PIERRE
Ne le défendez plus. Sa honte s'en accroît.
Ah ! c'est de vous aimer qu'il n'avait pas le droit.
Et de cela surtout, Jacquemin, je t'accuse.
Le voilà, le vrai crime, et qui n'a pas d'excuse.
Et que rien n'absout, rien, pas même ton remord.
Quoi ! Ton ami, ton vieil ami, tu le crois mort,
Et tu viens, et tu vois sa promise, et tu l'aimes.
Sans respect pour celui que roulent les flots blêmes,
Pauvre être à l'abandon souffleté par le vent !
Quoi! Tu ne t'es pas dit, même : — Et s'il est vivant
S'il rentre en sa maison, s'il voit la table mise,
S'il exige sa part!... s'il aime sa promise!
JACQUEMIN-
Mais. . .
PIERRE
Enfin, quoi ! Si nous sommes deux à l'aimer I
JACQUEMIN
Tu l'aimes ?. . ■ Pardon !
JANIK, à sa mère.
Dieu ! Que va-t-il réclamer ?
M A RIE -ANNE, la consolant.
Ma Janik
PIERRE
Que je l'aime ou non, c'est mon affaire. Qu'importe, au reste ? Car c'est toi qu'elle préfère. Mais si j'en dois souffrir, n'en prenez pas d'émoi. Le deuil de mon bonheur ne regarde que moi.